La menace de la Chine d'utiliser son droit de veto contre le renouvellement du mandat de la MINUSTAH ne fait pas recette auprès de certains pays avec qui Haïti entretient des relations diplomatiques. D'autres comme le Burkina Faso vont plus loin en estimant qu'entretenir ou pas des liens diplomatiques avec des puissances amies relève de la volonté souveraine des Etats.
Cinq (5) ambassadeurs accrédités à Port-au-Prince ont présenté, jeudi et vendredi, au Salon jaune du Palais national à Port-au-Prince, leurs Lettres de créance au président de la République, René Préval. Il s'agit des diplomates Ian Worthington, représentant de Sa Majesté la reine d'Angleterre ; Enrico Guicciardi, Georges B. Reyes, Mme Milena Ludovic Jovanic et Salif Nebie, représentants respectivement de l'Italie des Philippines, de la Serbie et du Burkina Faso.
Suite à la présentation de leurs Lettres de créance, les nouveaux ambassadeurs se sont entretenus en tête-à-tête avec le Président de la République pour finalement faire une déclaration aux micros des représentants de la presse. Au cours de leur exposé respectif, les cinq (5) ambassadeurs ont réitéré la volonté de leurs pays de coopérer avec Haïti dans des domaines variés dont l'agriculture, le sport, la culture, l'histoire, la sécurité.
Parmi ces cinq pays amis d'Haïti, deux d'entre eux, en l'occurrence la Serbie et le Burkina Faso, viennent tout juste de nouer des relations diplomatiques avec Haïti.
Comme il est de coutume, les diplomates nouvellement accrédités à Port-au-Prince ont été invités à faire brièvement une déclaration dans la presse. En ce sens, l'ambassadeur d'Italie a promis de maintenir les liens d'amitié unissant son pays avec Haïti et de travailler à une coopération concrète entre les deux (2) pays.
Pour sa part, l'ambassadeur de la Grande-Bretagne en Haïti, Ian Worthington, a confié à la presse que son pays est favorable à la présence de la MINUSTAH en Haïti dont le mandat arrive à terme en février 2007. Il a promis que son pays va continuer à aider Haïti, non de manière bilatérale, mais multilatérale à travers l'Union Européenne et d'autres organisations internationales.
Dans sa déclaration dans la presse, l'ambassadeur itinérant extraordinaire et plénipotentiaire de la Serbie, Mme Milena Ludovic Jovanic, s'est déclarée heureuse et fière d'être en Haïti et de présenter ses Lettres de créance au président Préval avec qui il a eu un entretien « chaleureux et courtois ». Résident à La Havane, capitale de la république de Cuba, l'ambassadeur itinérant a promis qu'il va visiter assez souvent Haïti afin de renforcer les liens d'amitié qui existent entre les deux pays.
Le diplomate du pays des Balkans a précisé que la Serbie compte coopérer avec Haïti dans les domaines de l'éducation, de la santé, de l'énergie, l'histoire, avec comme priorité le transport et la sécurité.
De son côté, l'ambassadeur itinérant des Philippines dont le pays est présent en Haïti à travers la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH), avec environ deux cents (200) militaires et policiers, s'est engagé, au nom de son pays, à maintenir cette présence en Haïti, au cas où le mandat de cette mission est renouvelé par le Conseil de Sécurité de l'ONU, et de développer d'autres types de coopération avec Haïti, deux pays qui ont connu l'occupation américaine.
L'ambassadeur du Burkina Faso, le diplomate Salif Nebie, a, pour sa part, promis de travailler au renforcement des liens d'amitié entre son pays et Haïti dans les domaines de la culture, du sport, de la politique etc. de manière bilatérale et à travers les différentes organisations internationales auxquelles les deux (2) sont membres. Il s'agit de l'Organisation des Nations Unies (ONU) et le groupe des Pays Non-alignés qu'Haïti vient d'intégrer en été 2006.

Interrogé sur les menaces de la République populaire de Chine d'utiliser son droit de veto lors du renouvellement du mandat de la MINUSTAH, l'ambassadeur du Burkina Faso a estimé qu'il est « trop tôt pour l'ONU de se désengager en Haïti ». En octobre 2006, la Chine a menacé de son veto le renouvellement du mandat de la MINUSTAH suite à l'introduction d'une demande d'Haïti de relancer le débat sur la réadmission de Taiwan à l'ONU. Le président René Préval, selon des sources dignes de foi, devrait envoyer une lettre « d'explication » à la Chine dans le but de vider le contentieux ». Jusqu'à présent, les officiels haïtiens n'ont produit aucun commentaire à ce sujet.

Haïti entretient des relations diplomatiques avec Taiwan considérée par la Chine continentale comme une « province rebelle ». Et La Chine, qui entretient elle aussi des liens d'amitié avec Haïti, brandit la menace de son droit de veto au niveau du Conseil de Sécurité de l'ONU si Haïti ne renonce à Taiwan avec qui elle entretient une coopération très fructueuse. Le droit de veto est reconnu à la Chine et aux quatre (4) autres membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU : les Etats-Unis, la Grande Bretagne, la Russie et la France.
« Je ne pense pas que ce soit une bonne chose que les Nations Unies se désengagent en Haïti maintenant », a-t-il dit en réponse à cette question inattendue d'un confrère. « Comme vous le savez, mon pays et le vôtre entretiennent des liens d'amitié réciproques avec Taiwan. Et ces liens restent une question de souveraineté qui relèvent uniquement de la volonté souveraine des Etats », a-t-il ajouté.
Les Nations Unies présentes en Haïti à travers la MINUSTAH avaient toujours fait montre de sa volonté, par la voix de leurs représentants autorisés, de rester au pays pour une période supérieure ou égale à une décennie. Une velléité dénoncée par certains secteurs nationalistes en Haïti qui estiment que l'ONU devrait contribuer au renforcement des institutions et de permettre à Haïti de reconstituer ses forces armées démobilisées en 1994, conséquemment au coup d'Etat militaire du 30 septembre 1991.
Il est à signaler qu'aucun des ambassadeurs ayant présenté leurs Lettres de créance au président Préval ne réside en Haïti. Deux (2) d'entre eux ont leur résidence à Santo Domingo (République dominicaine) et trois (3) à La Havane (Cuba).
Source: Le Nouvelliste