Un vrai pactole aurait poussé le Sénat de la République à adopter à la va-vite une résolution annulant une décision de la Banque centrale sur des transactions douteuses de la Socabank. Un sale coup dénoncé par Gabriel Fortuné, sénateur lui aussi !
La révélation récente du sénateur Jean Gabriel Fortuné sur certaines pratiques douteuses de ses collègues a l'effet d'une bombe. Le sénateur, gueule de feu, installé au bureau du président du Sénat, a révélé samedi dernier que certains de ses collègues ont été soudoyés pour voter une résolution qui pourrait aider la Socabank à sortir la tête de l'eau. Quinze voix, a dénoncé le troisième sénateur du Sud, étaient favorables à cette résolution qui recommande une solution négociée dans le conflit opposant la Banque de la République d'Haïti (BRH) aux actionnaires de la Société Caribéenne de Banque S.A. (SOCABANK). La veille de cette résolution, l'Etat haïtien avait décidé des poursuites pour insolvabilité contre ladite banque privée.

Le sénateur Kelly Bastien, voix favorable à la résolution, se démène comme un diable dans un bénitier. «J'ai voté sur la base des connaissances que j'avais du dossier. Avant la résolution, nous avions rencontré les responsables de la BRH qui ont fait état de détournements de fonds au sein de la SOCABANK. Nous avions également rencontré le conseil de ladite banque ». La Banque centrale, a confié le parlementaire, membre de la Plateforme Lespwa, se trouvait dans une situation difficile comme étant juge et partie et le Sénat a prôné une solution négociée. La justice, entre-temps, a suggéré le sénateur Kelly Bastien, doit identifier et punir les coupables du détournement de fonds à la SOCABANK.

« Je n'ai reçu de l'argent de quiconque », a clamé le sénateur Bastien qui exige des preuves de son collègue Gabriel Fortuné. « Ils (NDLR : les sénateurs) savent que je sais, de nos jours, que les transactions financières, surtout quand elles concernent de fortes sommes, ne peuvent être effectuées secrètement », a argumenté M. Fortuné qui promet de revenir à la charge. Elu sous la bannière de l'Union aux élections de février et avril 2006, Jean Gabriel Fortuné a expliqué sa démarche par la nécessité de faire savoir au public qu'il y a des sénateurs, dont lui-même, qui ont refusé d'être mêlés à cette « sale affaire ».
La décision de dénoncer le « sale coup des sénateurs » n'aurait pas été prise sur un coup de tête. « J'ai convenu de la nécessité d'informer le président du Sénat, Joseph Lambert, a expliqué l'ex-député devenu sénateur de la République. Un haut responsable, en relation avec ce dossier, s'est retiré du pays vendredi dernier. »
« C'est extrêmement grave que des sénateurs se soient engagés dans une entreprise de consolidation d'une véritable mafia financière en Haïti, contre de justes mesures de la BRH et de l'Etat haïtien visant la préservation et la sauvegarde de certains intérêts », souligne le sénateur Fortuné qui n'a pas toujours eu sa langue dans sa poche. En décembre dernier, il avait dénoncé certains de ses collègues qui avaient téléphoné à des chefs de gangs pour obtenir la libération du sénateur Andris Riché enlevé pas trop loin de Cité Soleil.
La résolution du Sénat relative à l'acquisition de la SOCABANK par la BRH risque de fragiliser davantage les relations entre l'Exécutif et le Parlement. Un arrêté présidentiel pris le 19 janvier 2007 appuie une décision de la Direction Générale des Impôts (DGI) d'engager 3 avocats chargés d'assister et de représenter l'Etat haïtien dans les poursuites nécessitées par l'état d'insolvabilité de la SOCABANK.



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Le bénéfice de l'urgence !
« Ceux qui ont voté la résolution sont ceux-là mêmes qui ont fait la sourde oreille à d'importants rapports sur la corruption rendus publics respectivement par l'Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF) et la Commission d'Enquête Administrative (CEA) créée par le gouvernement de transition pour faire le jour sur des cas de malversations sous Aristide », a argumenté le sénateur Jean Gabriel Fortuné pour cracher sur la résolution pris à la va-vite dans la saga BRH/SOCABANK. Il était entendu, dit-il, qu'il n'y aurait pas de séance avant les funérailles de notre collègue Noël Emmanuel Limage. Tué dans un accident de véhicule, près des Gonaïves, les funérailles du parlementaire sont fixées au 2 février prochain. C'est dans cette conjoncture que la résolution a été votée.
Le dossier, a expliqué Kelly Bastien, a été introduit directement en séance avec le bénéfice de l'urgence.
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Source: Le Nouvelliste