Le dimanche 11 février, Jacmel a encore une fois été le théâtre de la plus belle fête de couleurs du pays, à l?occasion de la 15e édition du « carnaval national » 2007 auquel ont participé plusieurs milliers de visiteurs et fêtards venus du pays tout entier et de la diapora. Cette année, la fête s?est déroulée sous le thème : « Soley leve pou Jakmel ka pi bèl ». Les deux premiers mots du thème ont été suggérés par le comité organisateur du carnaval de Port-au-Prince, en hommage aux peintres du mouvement artistique Saint Soleil et à son fondateur, Jean Claude Garoute, dit Tiga, décédé à la mi-décembre en Floride.

Le carnaval national 2007 a accueilli douze bandes à pied sur un total de vingt-quatre inscrites. Soixante-huit groupes masqués y ont pris part, alors qu?initialement ils étaient plus d?une centaine inscrits. À côté des traditionnels groupes musicaux de Jacmel (Jouvenceaux, Les Invincibles, Sonice) animait la formation « Kreyòl la », de Ti Djo (Joseph) Zenny, originaire de Jacmel.

Vers dix heures a.m., les membres du comité organisateur composé de Michelet Divers, président, de Edo Zenny, président d?honneur, Michaëlle Craan, Raymond Pascarin, Dr Frantz Large ont donné un point de presse à la salle de lecture de la Bibliothèque municipale, annexe de la Bibliothèque nationale, laquelle porte le nom du poète Roussan Camille. Ce point de presse, pour les membres du comité et le ministre de la Culture, a été le prélude au coup d?envoi du traditionnel défilé des groupes masqués, des groupes musicaux, bref, au lancement du carnaval « Soley leve pou Jakmel ka pi bèl ». Un cocktail a été donné en l?honneur des invités, des membres du gouvernement Préval/Alexis, de quelques représentants du corps diplomatique accrédités en Haïti, des personnalités de Jacmel et de Port-au-Prince. Cinq millions de gourdes ont été décaissées par le Trésor public pour l?organisation du carnaval national du 11 février mais aussi pour les festivités des trois jours gras, soit les dimanche 18, lundi 19 et mardi 20 février. Plus de deux millions de gourdes ont été distribuées aux groupes masqués car, selon plus d?un, leur défilé constitue le moment le plus fort du carnaval national. En effet, la beauté, la créativité et les émotions qui se dégagent du carnaval de Jacmel dépendent avant tout de ces groupes et du talent de leurs artisans. À travers ce défilé, les ?uvres des artisans sont mises en valeur et l?occasion sert de vitrine à leurs créations.


Apport du secteur des affaires
Le secteur privé, tant de Jacmel que de la capitale, a contribué à hauteur d?un million deux cent dix mille gourdes à l?organisation de l?édition 2007 du carnaval national. À l?avenue Barranquilla, le théâtre principal des festivités (défilé de bandes à pied, groupes masqués et chars des formations musicales), les stands du secteur privé ont été plus nombreux par rapport à l?année précédente. Ils étaient également mieux décorés. Ceci a conféré à l?avenue une ambiance festive où les couleurs, les rythmes et les danses se sont combinés pour combler de joie un public euphorique.
Des innovations 
Les organisateurs du carnaval national ont apporté des innovations à l?édition 2007, en organisant le 4 février 2007, un pré-défilé auquel ont participé des groupes masqués et des bandes à pied. Le comité a créé deux grands concours pour les différentes catégories de bandes à pied et de groupes masqués. Pour ces derniers, trois prix portent les noms de personnalités de la ville, en signe d?hommage à leurs réalisations artisanales et à leur contribution au renouvellement du carnaval national de Jacmel. Le prix Lionel Simonise (25 000 gourdes) se veut un hommage à ce Jacmélien qui a, le premier, introduit dans l?artisanat jacmélien le papier mâché, matière très prisée dans la réalisation des masques. Le prix Pierrot Fiott (15 000 gourdes) est décerné en honneur à celui qui a révolutionné le carnaval de sa ville natale en y introduisant le déguisement. Finalement, le prix de Jean Reynold Lebrun (10 000 gourdes) reconnaît la contribution de ce dernier dans l?appellation des groupes masqués.

Pour honorer le travail des bandes à pied, des prix portent les noms de Émile Frérot (40 000 gourdes offertes par le comité), de Roger Zenny (25 000 gourdes, en hommage au père du maire élu Edo Zenny et de Émile Ladouceur (10 000).
Une seconde innovation consiste en la présence d?unités de logistique chargées de sécuriser le parcours et d?éviter les amalgames entre le défilé des bandes masquées et l?immense foule de spectateurs. Celle-ci s?est en effet limitée à jouir du spectacle sans s?ingérer dans le défilé. Finalement, grâce à l?appui du maire sortant Nicolas Greffin et de ses assesseurs, un Bureau national du carnaval de Jacmel a été institué. Il dispose de son propre local où deux cadres, rémunérés par l?édilité de la ville, travaillent en permanence.
La presse et le monde artistique haïtiens vus à travers les masques
Le défilé des groupes masqués a été marqué par des innovations pleines de créativité. La presse et les milieux musical et théâtral ont été mis en scène à travers ce vaste théâtre populaire. Sur des masques, on pouvait remarquer les noms de Jean Dominique, Jacques Roche, deux journalistes assassinés dans des conditions jusque-là inexpliquées. On a pu également lire, sur l?un des masques, le nom du journaliste disparu Félix Lamy. Ce défilé de masques a été suivi d?un convoi funéraire : un cercueil était porté par des masqués brandissant des pancartes sur lesquelles étaient inscrits ces mots : « Liberté de la presse, l?Union fait la force ».
Espace publicitaire :les artisans en parlent
De nombreux groupes masqués ont servi d?espaces publicitaires à des entreprises commerciales ou des compagnies de téléphonie mobile. Ainsi, la Unibank, les compagnies Voila/Comcel et Digicel étaient représentées par des bandes masquées. La Digicel a organisé un défilé rendant hommage aux musiciens des groupes de tendance compas direct. N?importe quel spectateur avisé pouvait reconnaître des stars à travers leurs bustes en papier mâché. La Unibank a, quant à elle, réalisé un défilé de masques à l?effigie de comédiens et humoristes tels que Tonton Bicha, Théodore Beaubrun (dit Languichatte), Papa Pyè et Jessifra. Les musiques des feuilletons ou pièces de théâtre de ces trois derniers ont été interprétées tout le long du parcours.

Les groupes, symbolisant les diables ou « sociétés secrètes », réputées douées d?esprits maléfiques, étaient nombreux dans le défilé et se faisaient remarquer par une certaine tentative de théâtralisation. Tout concourait à faire vivre, à raconter l?univers merveilleux du peuple haïtien et à présenter des aspects de la culture populaire vaudou.
La flore, la faune d?ici et d?ailleurs ont marqué le défilé. Sous forme de masques, des animaux terrestres, aquatiques, des dinosaures, des volailles ont contribué au charme du carnaval national 2007, même à travers leur cote de déjà vu.
Une couverture internationale
Des représentants de la presse internationale étaient sur place pour couvrir le carnaval de Jacmel : CNN, RFO, Island TV, Miami Herald et Télé Martinique. L?on a également remarqué la présence de quelques journalistes canadiens.
Les activités carnavalesques n?ont pas semblé avoir profité aux propriétaires d?hôtels, de bar et de restaurants car ils étaient à moitié vides pour la plupart. L?administrateur d?un établissent de Jacmel s?est plaint d?être en saison de vaches maigres, alors qu?il y a cinq ans, le carnaval de Jacmel était considéré comme une activité très rentable pour le secteur hôtelier.
Correctifs à apporter
Le carnaval de Jacmel prend de plus en plus d?ampleur. Les visiteurs sont de plus en plus nombreux. Toutefois, peu de touristes étrangers ont participé à cette belle fête populaire. L?espace du déroulement de ce théâtre (l?avenue Barranquilla) devient trop étroit, ne cesse-t-on de répéter. Seul le stand officiel construit par le ministère du Tourisme arrivait à accueillir quelques centaines de personnes. Les marchands, les barmen et les restaurateurs du secteur informel à qui profite bien le carnaval, doivent avoir un espace bien à eux pour ne pas provoquer les embouteillages dans lesquels les visiteurs ont pataugé pendant des heures. Et il faut aussi un meilleur contrôle de la foule lors du passage des chars des groupes musicaux et des DJ.
Il importe en résumé de prévoir une aire plus appropriée pour la pleine réussite du carnaval national de Jacmel.
Source: Le Matin