« Il n?y aura pas de kase fèy kouvri sa », a déclaré le sénateur Joseph Lambert (Lespwa, Sud-Est), le vendredi 2 mars, une journée après la présentation du rapport de la Commission sénatoriale spéciale d?enquête (CSSE) sur les dénonciations du troisième sénateur du Sud. Le sénateur Jean Gabriel Fortuné (Union) avait accusé certains de ses collègues d?avoir été soudoyés pour voter en faveur de la résolution du Sénat concernant l?affaire Banque de la République d?Haïti (BRH) et Société caraïbéenne de banque (Socabank). Il avait également dénoncé l?usage des véhicules de certains parlementaires dans le trafic de la drogue et l?implication de certains de ses pairs dans un trafic de visas de séjour aux Etats-Unis.

La commission dans son rapport, faute de preuves palpables, n?a pas indiqué si oui ou non des sénateurs ont été soudoyés pour voter la résolution du Sénat sur l?affaire BRH/Socabank. Cependant, la CSSE a noté que les déclarations de quelques membres du grand corps laissent douter que la résolution ait été votée par tous sans quelque puissant mobile financier.
Au sujet des contacts entre parlementaires et actionnaires de la Socabank, la Commission spéciale sénatoriale d?enquête a relevé des approximations dans les réponses de certains sénateurs. Elle a signalé le cas du troisième sénateur, de l?Ouest, Rudy Hériveaux (Fanmi Lavalas) qui, dans un premier temps, n?a pas voulu admettre et a même nié qu?il ait été briefé sur la question par des actionnaires de la Socabank pour « reconnaître ensuite qu?il connaît Franck Ciné, qu?il a justement discuté avec lui de l?opportunité de corriger cette injustice dont celui-ci et d?autres actionnaires de la Socabank ont été victimes ».

Le président directeur général de la Haitel et actionnaire de la Socabank, lors de son audition par la Commission d?enquête, le 15 février, avait admis avoir rencontré des parlementaires chez des amis, au restaurant et au Parlement sur la question. « J?ai un cas d?abus qui est criant. J?ai parlé à plusieurs personnes. J?ai parlé à des sénateurs et à des députés, j?ai expliqué l?abus qui a été fait et les irrégularités ». Franck Ciné avait également reconnu que, lui et trois (3) de ses avocats, avaient « rencontré un groupe de sénateurs pour leur demander de voter et de faire voter cette résolution ».

Sur l?offre et l?acceptation d?argent, la Commission d?enquête n?a rien trouvé comme preuve palpable. Au cours de son audition, le sénateur Jean Gabriel Fortuné a maintenu ses accusations, sans donner aucun élément de preuve. Cependant, une déclaration du sénateur Féquière Mathurin (Lespwa), inscrite dans le rapport de la CSSE, prête à équivoque. Le deuxième sénateur du Sud-Est a rapporté des propos de son collègue Ultimo Compère (Lespwa, Centre) qui tentait de le convaincre de voter la résolution : « mwen menm, mwen pa nan dosye lajan an non, na vote an zanmi? ».
Une question de famille aurait également joué dans le vote de cette résolution. Le rapport a révélé que Franck Ciné a épousé la cousine du sénateur Ultimo Compère.
Rapport CSSE : les sénateurs toujours assoiffés de la vérité
En plus de la contrainte du temps, l?absence de moyens légaux est au nombre des faiblesses qui ont empêché la Commission spéciale sénatoriale d?enquête d?aller jusqu?au bout. Cependant la CSSE « croit qu?il est possible de creuser davantage et de pousser plus loin les investigations pour trouver la vérité ». Elle a, entre autres, recommandé au « Sénat de saisir les instances compétentes de l?État tels que l?Ucref et ULCC qui disposent des pouvoirs légaux pour pousser plus loin les investigations ».
Les conclusions et les recommandations du rapport de la CSSE laissent les sénateurs avec leur soif. Jean Gabriel Fortuné tient mordicus que des sénateurs ont été payés pour voter cette résolution. Sûr de dire la vérité, il a même mis en jeu son siège au Sénat. Le troisième sénateur du Sud a indiqué qu?il allait analyser, aidé de ses avocats, le rapport et présenter le mardi 6 mars sa position officielle.
Le sénateur Rudy Hériveaux, après avoir entendu le rapport, croit que le Sénat n?a pas avancé d?un pas dans le cadre de cette affaire. Il a noté, dans les dénonciations du sénateur Fortuné, l?objectif d?affaiblir le grand corps et de plonger l?institution dans un conflit pour l?empêcher de faire son travail. Le deuxième sénateur de l?Ouest reste attaché à la résolution du 25 janvier.
Le deuxième sénateur du Nord, Céméphise Gilles (Lespwa), quant à elle, ne voit dans ce dossier qu?une affaire de règlement de comptes entre sénateurs.
Le vendredi 2 mars, au cours d?une conférence de presse, le président du Sénat a annoncé que le suivi de ce rapport sera inscrit dans l?ordre du jour de la prochaine séance. Dans le cadre des suites à accorder, le sénateur Joseph Lambert a avisé que des rencontres allaient avoir lieu avec des responsables de l?ULCC et de l?Ucref. Il a promis d?épuiser toutes les procédures.
Au Sénat le jeudi 1er mars, la présidente de la Commission sénatoriale spéciale d?enquête, Edmonde Supplice Beauzile (Fusion, Centre), a informé que lors d?une rencontre de la CSSE avec l?ULCC et Ucref, ces instances ont demandé à être saisies officiellement par l?Assemblée des sénateurs. Pourtant, le directeur général de l?Unité de lutte contre la corruption, a antérieurement informé le journal que son institution avait déjà entamé la procédure que requiert la situation. « Déjà, une correspondance est envoyée à qui de droit », avait indiqué Amos Durosier.
Source: Le Matin