Un sommet régional pour s'attaquer au narcotrafic. Dans le pays de René Préval, instigateur de l'événement, on n'en a cure. Pourtant, les voisins dominicains ont saisi ses enjeux et retombées. Ils battent la grosse caisse.
La République dominicaine accueille, le vendredi 16 mars 2007, un sommet sur la lutte contre la drogue et le renforcement de la coopération régionale en matière de sécurité. Alvaro Uribe de la Colombie et René Préval seront parmi les hôtes de Leonel Fernandez.
A sept jours de l'événemmet, à Port-au-Prince, c'est le mutisme absolu, tandis qu'à Santo Domingo, on bat la grosse caisse. Là-bas on semble avoir saisi les enjeux nationaux et régionaux de l'événement. Dans les journaux, des articles contextualisent ses probables retombées.
Mardi, le quotidien Hoy a fait écho de la signature d'un accord visant à renforcer le partenariat des gouvernements dominicain et colombien dans la lutte contre le narcotrafic. Le responsable de la Direction nationale de contrôle de la drogue (DNCD) , le Major général Rafael Radhames Ramirez Ferreira, et le général Jorge Alirio Baron Leguizamon, chef de l'Agence colombienne anti-drogue, signataires du document, se sont aussi entretenus sur les dossiers à aborder lors du sommet.
En Haïti, on ne dispose pas d'information concernant la préparation de l'évènement. Au niveau de la Commission nationale de lutte contre la drogue (CONALD), on a aucune information sur la préparation de l'agenda des discussions. Encore moins de la composition de la délégation qui se rendra à Santo Domingo.
S'agissant de la Commission Justice et sécurité du Sénat, le très remuant sénateur Youri Latortue n'a pu être joint. Ancien officier des FAD'H dissoute, M. Latortue a toujours plaidé en faveur de la création d'une armée dont l'une des tâches consiste à la protection et la sécurisation de la frontière avec la République dominicaine. 386 kilomètres dont la porosité fait aujourd'hui l'affaire des trafiquants de drogues et d'armes.
A date, on ne retient donc qu'une séance de travail, il y a quelques semaines, entre le président René Préval, le ministre de la Justice, René Magloire, et le chef de la police, Mario Andrésol, avec le Major général Rafael Radhames Ramirez Ferreira de la DNCD au Palais National.
Il était question d'élaborer une politique commune entre Haïti et la République dominicaine en matière de lutte contre la drogue.
René Préval avait proposé des actions visant à prévenir la consommation des drogues et une plus grande coordination entre les services antidrogue et d'intelligence des pays de la région.
En outre, René Préval, qui a rameuté ses homologues de l'hémisphère sur la nécessité d'organiser ce sommet, avait plaidé en faveur du durcissement des sanctions contre les narcotrafiquants.
René Préval, Alvaro Uribe, Leonel Fernandez Reyna seront sous les feux de la rampe. Leurs pays font partie d'un triangle très actif dans la production et le trafic de narcotiques.
Selon des chiffres, 60 % de la cocaïne colombienne transite par Haïti et la République dominicaine avant d'atteindre les Etats-Unis d'Amérique et l'Europe. Outre cette filière connue par la Drug Enforcement Administration (DEA) depuis un certain temps, un rapport des autorités américaines cible maintenant le Venezuela de Hugo Chavez.
En 2006, 46 vols suspects venant de ce pays ont atterri sur des pistes clandestines en Haïti, poursuit ce rapport.
Préoccupé, René Préval semble s'appuyer sur l'armée et la police dominicaines pour relever, sans orgueil trompeur, les défis à la sécurité intérieure d'Haïti que représente le narcotrafic.
Cependant, l'idéal serait qu'Haïti se dote rapidement d'une armée ayant des officiers suffisamment expérimentés pour dialoguer d'égal à égal avec ses homologues de la région,selon des experts en matière de sécurité publique.
Pour l'un d'eux, les autorités haïtiennes doivent, avant de se rendre à ce sommet élaborer un agenda avec des objectifs précis. Même si l'absence d'une armée et l'incapacité opérationnelle de la PNH qui ne peut se passer de ses béquilles (les Casques bleus), représentera un handicap majeur, a-t-il reconnu.
Rappelant que la sécurité d'un Etat dépend de la sécurisation et du contrôle des frontières terrestres, aériennes et maritimes, il a déploré le fait que notre ligne frontalière, de Lagon aux boeufs, dans le nord-est jusqu'à Anse-à-Pitres, au sud-est ne soit qu'une vulgaire passoire.
Au niveau frontalier, la sécurité est aussi et avant tout le travail des douaniers, a-t-il dit en martelant que le contrôle de la frontière repose sur trois palliers. Le travail invisible, imperceptible, réalisé par les services de renseignements et celui des douaniers.
Des douaniers qui devraient disposer d'équipes capables de réaliser des interventions primaires armées quand la situation le demande.
Les enjeux du sommet sont de taille. Ils semblent être incompris en Haïti alors que de l'autre coté de l'île, les Dominicains ont déjà posé l'équation : drogue égale crime organisé, violence.
Ils profitent de cette rencontre de haut niveau, dont la préparation intervient en marge de celle de la commémoration du 163e anniverssaire de leur indépendance nationale, pour mobiliser les universitaires, écoliers et l'ensemble de la société civile dans une campagne de lutte contre la drogue, le trafic d'armes, le crime organisé, la corruption.
Irrémédiablement tournés vers l'avenir, nos voisins se font un point d'honneur de transmettre les valeurs nationales aux jeunes générations.
Ayant compris que l'avenir des deux peuples se partageant l'ile est intimement lié, un accord portant sur un programme de recherches conjointes sur les problèmes communs dans les domaines de la santé, de l'environnement, de la biodiversité, de l'eau, sera signé à l'issue du sommet.