PRÉSIDENCE / SANTÉ / COOPÉRATION RÉGIONALE / Préval se refait une santé, le trafic de la drogue reste une obsession
De retour de Cuba, où il s'était rendu pour une visite médicale de trois jours, depuis le 18 mars dernier, quelques heures après la clôture en République dominicaine du sommet contre la drogue (16-18 mars), le président de la République, René Préval, est rentré au pays tout enchanté ce mercredi. Première bonne nouvelle : « Tout va bien. Ma santé et la coopération haitiano-cubaine », assure le chef de l'État.
L’opinion publique s’inquiétait de l’état de santé du président lors de son apparition aux côtés du président de la République bolivarienne de Venezuela, Hugo Chavez, et du vice-président de Cuba, Esteban Juan Larzo, le lundi 12 mars dernier. On disait dans son entourage et dans la presse qu’ « il avait perdu du poids ». De retour de Cuba, le chef de l’État a présenté un autre visage; il a pris du poids et sourit en réponse à certaines questions des journalistes.
Au salon diplomatique de l’aéroport international Toussaint Louverture, le chef de l’État a été accueilli par le Premier ministre Jacques Édouard Alexis et son cabinet ministériel, les présidents des deux Chambres législatives, ses fidèles amis et conseillers. Un sérieux dispositif de sécurité a été mis en place aux alentours et à l’intérieur de l’aéroport.
Un test aux résultats satisfaisants
Le dernier test antigène prostatique spécifique (PSA) – qui informe les médecins sur l’état de la prostatite – effectué à Cuba révèle un niveau 0,03. « Le même test pratiqué en décembre dernier montrait un niveau 5,6. Des indices très alarmants », a expliqué le président sans donner d’autres détails médicaux. Toutefois, le président doit se rendre une fois de plus à la république de Fidel Castro dans trois mois. Depuis son opération de la prostate en 2001 à Cuba, René Préval, 63 ans, s’y rend régulièrement.
Coopération tripartite
Il n’y a pas que la santé du président à avoir marqué des points. La coopération tripartite également semble avoir été renforcée, suite à la visite médicale du président à Cuba. René Préval a réitéré sa volonté et celle des gouvernements vénézuélien et cubain de concrétiser le projet d’implantation du bureau de gestion de cette coopération en Haïti.
Il a, en outre, abordé le problème des étudiants haïtiens à Cuba. En effet, certains étudiants ont récemment manifesté leur mécontentement en raison de la non-réception de la subvention que leur alloue l’État haïtien. Selon le président Préval, « c’est un problème simple ».
Il dit avoir rencontré une cinquantaine d’étudiants à la Havane et dans les environs de cette capitale. « Certains ne sont pas enregistrés. Pour pallier cette situation et en assurer une gestion saine, il faut faire un décompte, monter leur dossier (année d’étude, date d’arrivée, discipline…) et leur faire signer un contrat relatif à leur retour au pays pour offrir leurs services », propose Préval tout en rappelant les détournements de fonds destinés aux étudiants. Une affaire dans laquelle est impliquée le ministère des Affaires étrangères et sur laquelle enquête la Cour supérieure des Comptes.
Drogue : « Ne posons pas le problème à l’envers »
Le chef de l’État est clair là-dessus : le cartel de « la drogue a besoin d’un État faible, instable, d’une police, d’une justice et d’une douane qui soient en mesure de collaborer avec lui. Mon travail est de poser le problème comme il se doit. Ne le posons pas à l’envers (tèt anba). Je dois conscientiser l’opinion publique haïtienne et les pays de la zone sur la gravité de ce problème ».
René Préval se donne également pour tâche de promouvoir « les interrelations existant entre la Colombie, pays producteur de la drogue, Haïti, Jamaïque et la République dominicaine, pays de transit, tout en disant aux Américains d’arrêter de nous considérer comme les responsables du trafic de la drogue dans la région ». D’un sourire ironique, René Préval poursuit que « nous ne sommes pas des consommateurs de drogue, et nous n’en produisons pas. »
« Que font les Américains chez eux ? Comment vont-ils nous aider à diminuer l’influence de la drogue en Haïti ? », se demande-t-il, reconnaissant cependant que « la consommation pourrait devenir réalité dans la région – déjà en République voisine et en Colombie une augmentation a été enregistrée – puisque les passeurs de drogue ne perçoivent plus d’argent. Le paiement se fait en nature (drogue) et les frais sont remis sur place ».
Le président Préval refuse d’accepter que « chaque année, on accuse les pays de la région d’être des pays de transit ». Pour lui, « la meilleure stratégie de lutte contre le trafic des stupéfiants est la réduction de la demande (se dife a pou etenn). La drogue ne reste pas en Haïti. Elle se trouve aux États-Unis et en Europe ».
« L’Organisation des États américains (OEA), informe le chef de l’État, coordonnera l’ensemble des actions qui seront entreprises entre les différents pays de la région dans le cadre de la lutte contre la drogue.» Il rappelle que ce problème est posé aujourd’hui parce que rien n’a été fait depuis 1998.
Washington avait annoncé un nouveau plan anti-drogue pour la Caraïbe en février dernier. En visite en République dominicaine, le sous-secrétaire américain à la défense, Eric Edelman et le chef des opérations de l’Agence américaine de lutte anti-drogue (DEA), Michael Braun, ont qualifié d’alarmante l’augmentation du nombre de cargaisons de stupéfiants arrivant aux États-Unis et en Europe en provenance de la Caraïbe. « Une coopération étroite avec tous les pays de la région est indispensable », estimaient les deux responsables américains.
Un autre sommet doit se tenir en novembre prochain pour évaluer les résultats des dispositions prises par les différents États de la Caraïbe dans la lutte contre le trafic des stupéfiants.
« Les petits pays bougent. Ils ont raison. Rester inerte, c’est le désastre assuré. Il leur faut encore aller bien loin. La mobilisation doit être générale et conséquente », écrivait notre éditorialiste Sabine Manigat.
Source: Le Matin