Les menaces qui pèsent sur la ressource en eau en Haïti sont-elles d'origine naturelle ou anthropique ? Peut-on esquisser des solutions pour faire face à la pénurie d'eau ? Comment porter les partenaires du développement à élaborer des projets en faveur notamment des populations pauvres ? Autant de questions parmi bien d'autres qui ont apparu lors de la dernière journée du colloque organisé par l'Université Quisqueya (UNIQ). Et dont le discours de clôture a été prononcé par le ministre de l'Environnement, l'ingénieur Jean-Marie Claude Germain.

« Je vous assure que le Ministère de l'Environnement, sous ma direction, maintient le constant souci d'améliorer la gestion des ressources en eau et s'évertue continuellement à favoriser la coopération interinstitutionnelle et intersectorielle, pour mieux faire face aux grands défis qui menacent les écosystèmes aquifères du pays. » De l'Hôtel Montana où il procédait le vendredi 23 mars 2007 à la clôture du colloque international organisé par l'UNIQ sur la pénurie de l'eau, l'ingénieur Jean-Marie Claude Germain apprécie que cette initiative ait vu défiler les meilleures figures des différents milieux concernés par le phénomène.

Le titulaire du MDE s'enthousiasme qu'il s'est agi pour les spécialistes participant d'identifier les diverses composantes de la problématique, d'évaluer les écarts entre l'élément factuel, les postulats et hypothèses de travail, d'avancer des propositions de solutions devant étoffer les recommandations de circonstance. «Il me plaît de les en féliciter et de les signaler à l'admiration publique», indique M. Germain s'adressant aux organisateurs du colloque qui a réuni des représentants des grands corps de l'Etat, d'institutions locales spécialisées et d'agences internationales en vue d'agiter l'élément «eau» dans toute la magnitude de son importance pour la santé publique. Et le développement du pays. «Il ne vous a pas échappé, ajoute-t-il, le taux élevé d'incidence des maladies liées à l'absence d'une eau de bonne qualité, épouvantable conséquence des errances et erreurs accumulées dans la gestion, j'allais dire non gestion de la ressource.»

Vers le bilan hydrique de la Plaine du Cul-de-Sac

Jean-Marie Claude Germain dit saluer le pragmatisme de la lecture de la problématique par l'UNIQ, d'autant que la criante inadéquation entre la démographie galopante du pays et la disponibilité de la ressource en eau constitue l'une des grandes préoccupations du gouvernement en place. «La récente création, par nos soins, de la Direction de la Gestion des Ressources en Eau (DGRE), organe qui se veut un pur produit du Plan d'Action pour l'Environnement dont l'ambition affirmée est d'assurer aux générations présentes et futures un environnement sain et sûr, ainsi qu'une économie solide et prospère, en témoigne, s'il en est besoin», fait remarquer le numéro un du MDE qui fait état d'un certain nombre de mécanismes mis en train par son ministère et devant dans un premier temps conduire au bilan hydrique de la plaine du Cul-de-Sac dont les systèmes aquifères alluviaux sont reconnus absolument vulnérables, au double point quantitatif et qualitatif.

«Bien légitimement inquiet de la détérioration de l'environnement, le grand public, de plus en plus conscientisé à la problématique, est habité par la peur grandissante de consommer l'eau fournie par les Agences de l'Etat, avoue le ministre qui estime que cette peur, au niveau de la communauté urbaine de Port-au-Prince , frise ce que les maîtres du sérail ont baptisé : «le stress hydrique» produit au constat de l'utilisation de nos lits de rivière comme dépotoirs sauvages et la profusion des latrines dans le périmètre des sources de captage.

Attirant l'attention sur l'actuel déploiement des trente (30) premiers Agents de Surveillance Environnementale appelés à faciliter une meilleure gestion de nos écosystèmes, au niveau des différents bassins versants du pays, pour une pleine application de la trilogie : «Eau-Assainissement-Environnement», Jean-Marie Claude Germain croit que ce colloque, réalisé avec le plus admirable brio, tombe à point nommé pour raviver la détermination de l'Etat haïtien à conjuguer les efforts, dans le cadre d'un authentique partenariat public/privé qui fasse une large part à la réflexion scientifique à travers l'université, dans le sens des objectifs du Plan d'Action pour l'Environnement : freiner le déséquilibre écologique de notre pays et arrêter la déshumanisation de l'eau, fluide vital de l'environnement.
Le Professeur Evens Emmanuel, satisfait...
Le doyen de la Faculté des Sciences, de Génie et d'Architecture (FSGA) de l'UNIQ et responsable du Laboratoire de la Qualité de l'Eau et de l'Environnement (LAQUE), le docteur Evens Emmanuel, s'est dit satisfait d'avoir réussi le pari de réaliser ce colloque favorisant la réflexion pour une meilleure répartition et préservation de l'eau. Réflexion essentielle quand il s'agit de traiter du développement durable des sociétés.

Remerciant le MDE, les élus locaux, le fonds des Nations Unies pour l'Enfance (UNICEF), l'Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), le Programme Hydrologique International de l'UNESCO (PHI), l'Institut National des Sciences Appliquées (INSA) de Lyon, le Programme des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO), l'Institut Panos Caraïbe et la Fondation Haïtienne de l'Environnement (FHE) d'avoir, à un niveau ou à un autre, adhéré à l'idée de la tenue de cet enrichissant colloque, Dr Emmanuel indique que ce dernier aura permis la sensibilisation du public sur la pénurie de l'eau. Pénurie dont l'envergure fait appel au besoin d'intégration et de coopération renforcées. En vue d'assurer une gestion durable, efficace et équitable des ressources en eau au niveau local. «Ce colloque témoigne de l'efficacité de la coopération internationale», note Dr Emmanuel qui précise, et à raison, que l'université n'étant pas encore installée dans la conscience des gens, la présence des élus locaux était déterminante pour la réussite des actions à entreprendre tant pour faire face à la pénurie de l'eau que pour la protection de l'environnement.

Réformer la gouvernance de l'eau, selon le président de la FHE, Tanguy Armand
«L'UNIQ vient de faire un pas et passe le flambeau à la Fondation Haïtienne de l'Environnement (FHE) qui continuera à avancer jusqu'à porter les décideurs, les acteurs et les consommateurs de la ressource eau à se mettre d'accord pour la gérer efficacement pour le bien-être de tous», déclare, pour sa part, Tanguy Armand de la FHE. Il invite tous les acteurs à se joindre à la FHE du 2 au 4 avril 2007 au club Indigo (ancien club MED) sur la Côte des Arcadins où vont se poursuivre les débats sur la problématique de la non gestion des ressources en eau à travers le pays. «Il est venu le temps de réformer la gouvernance d'eau (Kabrit anpil mèt mouri nan solèy), de reconnaître l'eau comme un patrimoine collectif des Haïtiens», lance M. Tanguy qui plaide pour la protection de la qualité de l'eau et des écosystèmes aquatiques.
La Coopération internationale motivée...

De Nicolas Frelot (Service de Coopération et d'Action Culturelle de l'Ambassade de France) à Emile Tanawa (représentant de l'Agence Universitaire de la Francophonie pour la Caraïbe) qui a fait la synthèse du colloque en passant par Rony Bayard (UNICEF), Sarah Mathieussent Romain (BID), Denis Desille (Programme Solidarité Eau, France), Emmanuel Mgnikam (ENS de Yaounde), Christian Shoog (UNICEF), Amadou Moustapha Kamara (FAO), les représentants d'organisations et agences internationales oeuvrant en Haïti dans le secteur sont tous préoccupés par la problématique de la pénurie d'eau. Sans être exhaustif, le volume des actions de la coopération internationale est considérable. Par exemple, la BID met en place des programmes en province et aide au renforcement des moyens d'intervention des pouvoirs locaux, notamment dans l'Artibonite, en collaboration avec la Centrale Métropolitaine d'Eau Potable (CAMEP) et le SNEP (Service National d'Eau Potable). «Le PS-Eau fait un travail d'appui auprès de la coopération décentralisée, des ONG et des acteurs du secteur de l'eau avec une approche finalisée», indique Mme Mathieussent Romain de la BID.

De plus, la stratégie de l'UNICEF dans le secteur consiste à ouvrir des secteurs Eau, dans l'Ouest, l'Artibonite et Port-au-Prince à partir de 2008. «Le programme de coopération sur 5 ans comprendra la construction de latrines et la réforme du secteur eau», fait savoir M. Shoog plutôt confiant quant aux approches qui restent à définir.
«La mission du chercheur ne doit pas se limiter à un travail de laboratoire et de prospection analytique sur le terrain», fait remarquer, circonspect, un chercheur qui croit que l'expertise scientifique apportée par la recherche doit aller au-delà des diagnostics et de l'analyse des conséquences des défaillances des services publics. Favorables à une recherche haïtienne militante basée sur des approches écosystémiques, d'aucuns plaident pour une nécessaire articulation entre universités, collectivités territoriales de manière générale.
Les enseignements tirés de ce colloque pourraient permettre de se dessiner une gestion rationnelle de la ressource en eau, voire une évolution prometteuse du secteur.
Source: Le Nouvelliste