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EN MARGE DU 20E ANNIVERSAIRE DE LA CONSTITUTION DE 1987

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Published by TiCam- 03-27-07
news EN MARGE DU 20E ANNIVERSAIRE DE LA CONSTITUTION DE 1987

Changer ou amender la Constitution de 1987 ?
Faut-il oui ou non amender la Constitution de 1987 ? La question ne se pose plus. Le débat porte plutôt sur le comment réaliser cet amendement. Faut-il s'en tenir strictement au processus recommandé par la Constitution elle-même, reportant du coup les réponses à certaines exigences de gouvernance liées à la décentralisation et autres démarches d'intérêt national ? Faut-il, dans une perspective moins conformiste au regard de la Constitution, dynamiser l'obligatoire amendement, prendre, à plus ou moins court terme, des initiatives idoines à déboucher sur l'adoption d'un texte qui réponde aux objectifs de développement à atteindre ? En marge du 20e anniversaire de la Constitution de 1987, nous ouvrons, au Matin, nos colonnes aux réflexions de nos concitoyens. Pour enrichir le débat, le sujet étant d'importance.
Je me suis réjoui de la dernière mise au point du président de la République, M. René Préval, mettant un bémol à toutes ces déclarations de responsables d'État qui présageaient d'un changement imminent et immédiat de la Constitution de 1987. Comme si l'opération pouvait se réaliser en un tour de main, comme ces interventions de pompiers destinées à résoudre quelque problème ponctuel. Pourrait-il être aussi facile de modifier voire de changer la Constitution jouissant de la plus grande légitimité dans notre histoire de peuple ?
Par contre, Vingt ans après son adoption, il est temps de commencer à appliquer cette Constitution et de le faire sur les deux années et quelques mois qui restent à la 48e législature afin que nous puissions dans la pratique et non en théorie nous rendre compte des vrais écueils posés par l'application des prescrits de la Constitution. En réalité, on met surtout l'accent sur quelques problèmes de procédures ou quelques contradictions dans les mécanismes opératoires prévus dans la Charte en occultant ce qui y est fondamental : La fin du régime séculaire d'exclusion sociale, politique et économique de la grande majorité de la population par l'exigence de son implication dans la gestion de la chose publique, des affaires de la Section communale jusqu'aux grandes décisions affectant l'avenir de la nation.
Le Président Préval l'a précisé et je suis en parfait accord avec lui, il faut initier tout de suite le processus de réflexion et de dialogue pour analyser la Constitution de 1987 (et non une autre cuvée), identifier et discuter des différentes lacunes perçues, se mettre d'accord non seulement sur ce qui fait effectivement problème mais encore plus sur les correctifs à y apporter. Un tel exercice nécessite l'organisation de forums thématiques, sectoriels et régionaux. S'il est bien mené, il prendra du temps et nous amènera facilement à la fin du mandat des députés (2009), c'est-à-dire à la fin de la 48e législature, période prévue par la Constitution pour introduire les amendements. Il est donc souhaitable que ne soit déclenchée aucune course effrénée.
Il se manifeste parfois, une certaine suffisance chez ceux qui croient que leurs points de vues sur les problèmes posés par la Constitution soient nécessairement partagés ou acceptés par le reste des citoyens. Or à chaque fois que quelqu'un pense qu'il a détecté une lacune, une contradiction ou une incohérence dans la Constitution, la première question à se poser concerne la validité même de sa perception. La seconde porte sur la pertinence des solutions qu'en général cette personne s'empresse de proposer ou parfois à imposer.
Les expériences successives de luttes pour le changement que nous avons menées ces dernières années nous ont suffisamment montré que tous ceux qui s'y mêlent ne sont pas animés des mêmes intentions pour ne pas dire que certains ont carré- ment de bien mauvais desseins soigneusement dissimulés derrière des discours démagogiques et trompeurs. Les citoyens soucieux d'une amélioration de la situation de leur pays doivent donc rester sereins et vigilants. Ce conseil s'adresse particulièrement aux Parlementaires à qui revient le lourd fardeau constitutionnel de modifier la Loi mère.
Étant particulièrement intéressé aux questions touchant la décentralisation, j'ai noté quelques arguments avancés par certains responsables pour réclamer des changements immédiats, « bride sous cou », dans la Constitution :
  1. 1. Il y a trop d'élections et ces élections coûtent cher. Solution : Changeons tout de suite la Constitution pour uniformiser le mandat des sénateurs à six ans en commençant par le mandat des sénateurs qui doivent se présenter aux prochaines élections de la fin de l'automne de cette année.
  2. 2. Il y a trop d'instances au niveau des Collectivités territoriales; le pays n'est pas près pour la Décentralisation. Solution : Changeons tout de suite la Constitution pour éliminer les Assemblées municipales et départe- mentales, les Conseils Départementaux et le Conseil Interdépartemental.
  3. 3. Le nombre de Départements géographiques (10) est différent du nombre de membres du Conseil Électoral Permanent (9) prévu par la Constitution de 1987. Solution : changeons la Constitution avant de former le Conseil Électoral Permanent.
Des attitudes de chefs
Avant d'analyser le bien fondé de ces observations/arguments/solutions, nous notons que ce qui est vraiment grave, c'est la tendance de certains de ces responsables à anticiper les changements qu'ils croient nécessaires et à agir comme s'ils avaient déjà obtenu gain de cause. L'exemple flagrant est leur volonté de plus en plus manifeste de bloquer le processus de réalisation des élections du second tour. Un ami à moi qui fait partie du cabinet ministériel vient de me la confirmer tout de go. Est-ce l'opinion de tous les membres du gouvernement ? Une telle attitude démontrerait simplement que nous avons encore affaire à des hommes et des femmes d'État qui croient que leurs positions de chef (d'autorité) leur donne automatiquement raison ou leur permet d'évoquer une raison d'État qui prévaut sur la loi. Ce faisant, ils continuent la tradition de l'État de non droit qui nous a amené à la catastrophe que nous vivons aujourd'hui. Quelle est dans tout cela la responsabilité du Conseil Électoral Provisoire, organisme réputé indépendant chargé d'organiser les élections ? Cette institution serait-elle en collusion avec ces responsables de l'Exécutif dans la réalisation de ce qui serait un coup d'état de plus contre la nation ?
Voyons maintenant de plus près les problèmes soulevés mais surtout les solutions envisagées.
Sur la dispersion et la répétition des élections
Supposons qu'on se mette d'accord sur l'idée de réduire la fréquence des élections et les concentrer sur une seule année électorale, il faudrait uniformiser les mandats de tous les élus, les mettre à 5, 6 ou 7 ans pour tous les postes et programmer toutes les élections sur une période d'une année. Uniformiser uniquement le mandat des Sénateurs ne résout pas le problème avec des élections locales chaque 4 ans et des présidentielles chaque 5 ans. Il suffit de faire un repère chronologique en portant les années et la séquence des élections pour s'en rendre compte.
Maintenant la grande question est celle-ci : peut on prolonger après coup le mandat d'un élu, qu'il soit maire, député, sénateur ou président ? Dans un régime démocratique, la réponse est NON. Au cas ou une modification constitutionnelle consacrerait un change- ment de la durée des mandats, il faudrait organiser des élections anticipées pour tous les élus concernés. Dans le cas particulier qui nous intéresse, les sénateurs élus pour 4 et 6 ans devraient aller avant terme à des élections. Pourtant ces aspects qui sont des enjeux politiques importants ne sont jamais posés. Pour ce qui concerne le coût des élections, il faut étudier d'autres modalités de réalisation qui puissent permettre d'adresser ce problème. La décentralisation des opérations est une piste à prendre en grande considération.
Sur l'opportunité d'avoir les trois niveaux de Collectivités
Supposons qu'un consensus ait été réalisé sur l'idée que l'on devrait réduire le nombre de Collectivités territoriales, éliminer le Départe- ment, par exemple. Faudrait-il pour autant boycotter la réalisation des élections indirectes actuelles, bloquer la mise en place du Conseil Électoral Permanent, la constitution du Conseil de Conciliation et les réformes nécessaires dans l'appareil ? N'est-il pas plus judicieux d'accorder un début d'exécution à ces instances aux- quelles la classe politique n'a jamais donné la chance d'exister avant de crier à leur inutilité ou de brandir auprès des membres de la communauté internationale des risques de chambardement dont on se garde d'informer la population ? S'il fallait éliminer tout ce qui dans la pratique ne produit pas les résultats escomptés, il y a plusieurs ministères, secrétaireries et d'État et autres boites publiques ou parapubliques qu'on devrait depuis longtemps supprimer. En poussant le raisonnement à la limite, on pourrait avaliser des velléités de mainmise de la communauté internationale sur notre souveraineté par le constat de l'inefficacité ou de la faiblesse de l'État dans son ensemble. Les problèmes d'efficience et d'efficacité des instances incontournables, c'est-à-dire prévues par la Constitution, ne se résolvent pas par leur élimination mais par leur renforcement institutionnel, comme c'est le cas pour l'administration centrale elle-même.
Sur le fait que le pays n'est pas prêt pour la décentralisation
De 1872 à 1915, le pays avait des communes qui jouissaient pratiquement de tous les attributs d'une collectivité territoriale. Elles étaient autonomes, avaient des compétences clairement établies, prenaient des arrêtés, collectaient des taxes, avaient leurs budgets et reversaient même des excédents budgétaires au pouvoir central. En 2007, certains responsables jugent impensables de rétablir cette situation au point de vouloir modifier tout de suite la Constitution.
Sur l'effectif du Conseil Électoral Permanent
La Constitution a prévu un Conseil Électoral Permanent de neuf membres, à raison d'un membre par Département géographique. Pendant ce temps, nos hommes politiques, sans réfléchir sur les implications de leurs actes ont prématurément subdivisé un Département en deux. Faut-il alors s'empresser de modifier la Constitution pour corriger cette inconséquence ? Pourquoi ne pas penser à prendre des dispositions transitoires demandant à ces deux Départements de s'entendre pour proposer les noms des trois personnalités à soumettre à l'Exécutif? S'ils n'arrivent pas à s'entendre que l'on fasse un tirage au sort soit sur les noms soumis dans les deux listes soit pour choisir l'un des deux Départements. En réalité, un Conseiller ne va pas défendre les intérêts de son Département au CEP. Il va travailler sur un agenda national. Son vécu dans sa zone d'origine apporte peut-être au groupe une connaissance des réalités locales dont il faut parfois tenir compte. Mais à la limite, qui nous dit que le consensus ne sera pas fait pour trouver une autre formule dans notre Constitution amendée ?
En conclusion
En tant que citoyen soucieux de la résolution de la crise dans laquelle nous sommes embourbée et non de son aggravation, je demande aux autorités constituées, chacune en ce qui la concerne de rester dans les limites de ses attributions constitutionnelles et d'observer la loi, c'est-à-dire de conduire le processus d'amendement de la Constitution de 1987 en la respectant scrupuleusement. C'est la meilleure leçon que nos décideurs pourraient donner à une jeunesse déjà suffisamment déboussolée. À la limite, tout le monde peut trouver un prétexte voire une bonne raison pour ne pas respecter une loi. Comment prétendre sanctionner les citoyens qui violent la loi quand les grands décideurs s'y adonnent allègrement.
Source: Le Matin
  #1  
By TiCam on 03-28-07, 03:32 PM
news EN MARGE DU 20e ANNIVERSAIRE DE LA CONSTITUTION DE 1987

La Commission citoyenne pour l’application de la justice (CCAJ), sollicitée de donner son avis sur une éventuelle révision de la Constitution de la République d’Haïti du 29 mars 1987 dont nous fêtons cette année le vingtième anniversaire, tient à rappeler, avant toute remise en cause, les points suivants.
1.-La CCAJ pense qu’il faut au départ, s’attacher sans faiblir, au processus prévu dans la Constitution dans ses articles 282 à 284-4 qui disent, entre autres:
Article 282 : Le Pouvoir législatif, sur la proposition de l’une des deux (2) Chambres ou du Pouvoir exécutif, a le droit de déclarer qu’il y a lieu d’amender la Constitution, avec motifs à l’appui.
Article 283 : À la première session de la Législature suivante, les Chambres se réunissent en Assemblée nationale et statuent sur l’amendement proposé.
Article 284.2 : L’amendement obtenu ne peut entrer en vigueur qu’après l’installation du prochain président élu.
2.- La CCAJ estime qu’il faut prendre le temps d’arriver, au moyen de débats organisés dans tout le pays avec toutes les organisations qui le désirent, à une entente sur l’identification et l’ampleur des amendements nécessaires, ainsi qu’à une formulation des changements qui seraient proposés aux Chambres.
Cela veut dire que, pendant les trois ans qui nous séparent de la dernière session normale de cette présente législature, il doit s’opérer un va-et-vient d’idées, de propositions et de résolutions pouvant constituer une Réflexion nationale afin de trouver, dans la fidélité à la Constitution de 1987, des mesures et formes pratiques de résoudre les difficultés d’application de la Charte.
Ce travail de réflexion est supposé se faire à la lumière de cette Constitution elle-même qui a reçu l’appui massif du peuple haïtien et qui exprime notre idéal de démocratie. . Pour cela il s’agira, tout au cours des recherches et des débats, de créer un esprit, un langage, un climat qui permette à tous et à toutes de s’exprimer comme citoyens et citoyennes à part entière, héritiers d’un passé où se mêlent la tragédie et la grandeur..
3.- On affirme que, durant ces vingt ans, la Constitution a été maintes fois violée. C’est vrai. Mais il faudrait plutôt préciser qu’il existait une volonté caractérisée de ne pas l’appliquer. Les ennemis de la démocratie étaient activement présents. Et pourtant, cette Constitution est là, en tout Honneur et Respect. Personne n’a pu la mettre de côté et c’est sous son égide que la lutte pour éviter le retour à l’arbitraire a su trouver cohérence et légitimité.
C’est ce que fait observer un des membres du Comité d’initiative de la CCAJ qui déclarait:
«Les lois d’application n’ont jamais été promulguées. Et beaucoup d’institutions prévues pour sa concrétisation n’ont jamais vu le jour. La CCAJ, dans la conjoncture actuelle, se doit d’attirer l’attention sur la fragilité de la situation politique actuelle et le risque de déchirement de la société qui en a trop souffert. Il s’agit pour nous de construire notre jeune démocratie, d’en consolider les acquis, d’apaiser les tensions sociales et politiques dans cette période de relative accalmie…:
Comme le fait remarquer aussi un des juristes de la CCAJ
«Il n’est (…) pas évident que les divers gouvernements qui se sont succédé depuis «l’adoption de cette Constitution aient eu le souci de mettre en application les dispositions de la loi-mère «dans sa filiation avec la philosophie des droits de l’homme, les dispositions de la Charte de «l’OEA, et, d’une manière générale, les contraintes de l’ordre démocratique et de l’Etat de droit.
«Ces aspirations et constatations fondamentales demeurent identiques aujourd’hui comme hier. L’ordre démocratique préconisé par la Charte de l’OEA signée le 27 février 1967, modifiée par le «Protocole de Cartagena de Indias» adopté le 5 décembre 1985, le «Protocole de Washington» adopté le 14 décembre 1992, le «Protocole de Managua » adopté le 10 juin 1993, la Charte démocratique Interaméricaine adoptée à la séance plénière du 11 septembre 2001 représentent un ensemble de dispositions qui lient l’Etat d’Haïti.
«Est-ce que ces différents gouvernements successifs, environ une dizaine, ont eu à cœur de respecter et de mettre en pratique les dispositions constitutionnelles? Est-ce que ces gouvernements successifs n’ont pas tiré parti des vides et des incohérences de la Constitution en vigueur?»
« Tenons-nous-en, conclut ce juriste de la CCAJ, à la sagesse d’un Montesquieu qui disait qu’il ne faut toucher aux lois que d’une main tremblante».
4.- En conclusion, la CCAJ voudrait souligner, avec force, que le projet d’amender ne doit pas répondre à des soucis de conjoncture, se rappelant que, depuis Pétion en 1806, tous les chefs d’Etat ont voulu établir une Constitution à la mesure de leurs rêves personnels et des besoins de leur politique. Dans ce sens, la Commission citoyenne (CCAJ) accueille avec intérêt les termes de l’annonce faite par le secrétaire général de la Présidence, Mr Fritz Longchamp, de la création d’une commission qui aurait pour fonction de recueillir dans un rapport données et recommandations, « sans que cela constitue, conclut la note de presse du 14 mars 2007, un quelconque processus d’amendement de la Constitution». Cela peut être la vocation historique de ce gouvernement de réaliser enfin la tâche de donner vie et substance aux institutions et procédures prévues par la Constitution. Cette entreprise, développée résolument dans la transparence et selon une saine méthodologie, ne manquerait pas de recevoir l’appui de l’ensemble de la nation.
Commission citoyenne pour l’application de la justice (CCAJ) (S) : Jean-Claude Bajeux, Coordonateur
Source: Le Matin
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