En dépit de son potentiel hydrique relativement élevé, Haïti figure parmi une trentaine d'autres pays qui feront face en 2025 à une pénurie d'eau absolue, où la population pourrait être affectée par un stress hydrique. C'est un constat terrifiant. C'est en ces termes que le Premier ministre Jacques-Edouard Alexis a procédé à l'inauguration du Colloque International organisé par l'Université Quisqueya sur le thème « Faire face à la pénurie d'eau ». Guidé par une riche expérience administrative et professorale, le Chef du Gouvernement promet que son équipe gouvernementale continuera de multiplier ses efforts de mise en oeuvre de Politiques, de Stratégies et de Programmes en vue de repousser le spectre de la pénurie d'eau projetée.
Madame la Ministre,
Messieurs les Représentants de l'UNESCO, de la FAO, de l'AUF,
Monsieur, Madame les Vice-Recteurs,
Monsieur le Doyen de la Faculté des Sciences, de Génie et d'Architecture, de l'Université Quisqueya,
Monsieur le Représentant du Ministère de Lyon,
Monsieur le Secrétaire Permanent de la Commission Nationale de Coopération avec l'UNESCO,
Distingués Professeurs,
Chers Etudiants, Chères Etudiantes,
Mesdames, Messieurs des Organismes Publics, des Organisations non gouvernementales oeuvrant dans le secteur de l'Eau,
Chers Amis Invités,
Mesdames, Messieurs,
Je me trouve aujourd'hui comme en proie à une double sollicitation née, vous vous en doutez bien, de l'invitation que le Comité scientifique me fait à donner la Conférence inaugurale au Colloque international « Faire face à la pénurie de l'eau ». En effet, aborder le thème en tant qu'universitaire, de surcroît ancien Recteur à cette Université Quisqueya que j'ai co-fondée et qui organise le Colloque aurait, je vous l'avoue, de quoi alimenter le libre penseur qui finalement n'a de compte à rendre qu'à la collectivité du grand large. Mais, je suis aussi Chef de Gouvernement obligé, en tant que tel, de fournir des résultats concrets à plus de 8 millions d'Haïtiennes et Haïtiens. Alors, même quand mon gouvernement a inscrit l'université au coeur de ses espaces institutionnels de renouvellement de la pensée du développement, c'est, tout compte fait, le Chef de Gouvernement qui parlera.

A l'instar des phénomènes de changements climatiques, de sécurité humaine, de lutte contre le terrorisme et la drogue, l'eau, en tant que ressource naturelle dont le cycle bouscule toutes les frontières, est devenue ce que dans la terminologie anglo-saxonne on désigne comme « global issue », une préoccupation qui, en raison de la complexité de la question, ne peut être saisie, abordée et gérée qu'à l'échelle planétaire et dans une démarche de coopération internationale et régionale. Aussi tiens-je à féliciter vivement l'université haïtienne, en particulier l'Université Quisqueya, ses communautés enseignante, étudiante et de recherche, qui se donne à voir, depuis la déclaration de l'Assemblée générale des Nations Unies instituant le 22 mars de chaque année « Journée mondiale de l'eau », et conformément aux recommandations de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement, comme un lieu où la pensée locale entre en conjugaison novatrice avec la pensée globale pour faire émerger des propositions et des pistes d'action gouvernementale.

L'Université Quisqueya est à son deuxième Colloque international sur la question de l'eau, le premier en 2002 ayant eu pour thème, on s'en souvient, la gestion intégrée de l'eau en Haïti. A ce premier Colloque organisé deux ans après l'établissement des Objectifs du Millénaire pour le Développement, et leur adoption par Haïti, l'attention du Gouvernement d'alors fut attirée sur le fait « qu'en dépit de son potentiel hydrique relativement élevé, Haïti figure parmi une trentaine d'autres pays qui feront face en 2025 à une pénurie d'eau absolue, où la population pourrait être affectée par un stress hydrique ». Cette projection, expliquaient les organisateurs du Colloque, reposait alors sur un ensemble de facteurs que nous voudrions brièvement rappeler ce matin, en vous laissant à vous-même, le soin d'en évaluer la pertinence et l'impact actuels. Ce sont le rétrécissement de la couverture végétale estimée de nos jours à moins de 3% de la superficie du pays, la croissance démographique élevée (nous sommes maintenant à plus de 8 millions d'habitants), la diminution de la qualité des ressources en eaux disponibles, et la faible capacité d'Haïti à mettre en oeuvre des politiques et des programmes de gestion intégrée des ressources hydriques. Qu'en est-il aujourd'hui, 5 ans après l'établissement de cet état des lieux on ne peut plus alarmant, et à une quinzaine d'années à l'échéance de 2025 ?

Je me garderai de fournir moi-même une réponse à ces questions et d'autres, laissant aux intervenants spécifiques du Gouvernement, en particulier ceux des Ministères de l'Environnement et des Travaux publics le soin de le faire. Mais, puisque mon Gouvernement a l'obligation d'accélérer la venue des conditions pour le développement durable des Haïtiennes et des Haïtiens, je me contenterai de signaler qu'au niveau de tous les secteurs de la ressource eau, qu'il s'agisse de l'eau potable et pour les usages domestiques, de l'eau pour la production agricole au sens large, de l'eau pour la production industrielle, touristique, et pour la génération d'énergie électrique, les besoins iront en s'accroissant. Je vous fais grâce des chiffres. Ce Gouvernement continuera donc de multiplier ses efforts de mise en oeuvre de politiques, de stratégies et de programmes en vue de repousser le spectre de la pénurie d'eau projetée. Dans ce domaine, comme dans bien d'autres, il vaut mieux prévenir que guérir.

Cependant, Mesdames et Messieurs, ce Colloque me donne aussi l'occasion de m'étendre quelque peu sur deux aspects de la ressource eau. Une opportunité que je saisis afin d'éclairer pour vous ce qui est au centre des grandes préoccupations de mon Gouvernement. Il s'agit des niveaux d'accès à l'eau potable de nos populations rurales, et des niveaux d'irrigation de l'agriculture haïtienne. Continuer >

Le gouvernement est d'autant plus soucieux quand on sait qu'Haïti, à l'instar de tous les pays du monde, vise à diminuer de moitié, d'ici à 2015, le nombre de ses habitants n'ayant pas accès à l'eau potable, en même temps qu'elle entend éliminer l'extrême pauvreté et la faim en abaissant dans la même proportion le nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar américain par jour. Il apparaît clairement, à la lumière des données disponibles, que la pauvreté de revenu et la pauvreté sociale en termes d'accès à l'eau potable sont des phénomènes ruraux. Voilà pourquoi « faire face à la pénurie d'eau » s'inscrit pour nous et avant tout dans une perspective de développement durable du monde rural.

Comme vous le savez, réduire les inégalités sociales, relancer la production nationale, réactiver la production agricole, comme fer de lance de la production nationale, produire de la richesse et améliorer la vie rurale, sont les objectifs qu'entend poursuivre le Gouvernement. La réduction des inégalités sociales est affaire d'équité et de justice sociale. Il faut, non seulement éliminer les privations absolues en milieu rural, telles que celles relatives à l'eau potable, et aux autres services de base, en particulier l'éducation, l'assainissement et la santé, mais encore offrir des chances égales au milieu rural pour que son potentiel productif soit pleinement réalisé, et pour élever son niveau de participation à la croissance économique.
En ce qui a trait au sous-secteur de l'eau potable et à l'assainissement, Mesdames et Messieurs, les principaux goulots d'étranglement peuvent être brièvement résumés comme suit :
• Un cadre institutionnel inadapté, voire conflictuel, et opérant à l'intérieur d'un dispositif légal et réglementaire qui s'adapte mal aux circonstances actuelles ;
• Des contraintes opérationnelles difficiles à surmonter, dues principalement à la mauvaise gestion des ressources humaines, matérielles et financières ;
• Une demande supérieure à l'offre, en raison de l'explosion démographique (plus de 2% l'an au cours des dernières années) ;
• Un déficit aggravé par des services d'entretien tantôt inadéquats, tantôt inexistants ;
• Finalement, un financement loin d'être à la hauteur des défis à relever.
Une telle situation ne peut qu'avoir des conséquences négatives, en particulier dans les zones reculées du monde rural où le problème est moins une question de pénurie que de qualité de l'eau de boisson. Celle-ci, provenant surtout des rivières non traitée, dégrade l'état de santé des populations et par conséquent abaisse sérieusement leurs capacités de travail productif.
Entre temps, une vision stratégique pour la réforme du secteur de l'eau potable et de l'assainissement a été récemment élaborée. Inscrite dans le cadre de la vision stratégique gouvernementale, elle véhicule un ensemble d'objectifs :
• Sociaux, dans la perspective de construire une société haïtienne plus juste et plus solidaire avec option pour les populations démunies des bidonvilles et du monde rural ;
• Techniques, dans le cadre de partenariats entre les différents acteurs de l'eau dans une démarche de service public ;
• Economiques, dans le souci de favoriser l'accès des pauvres aux services d'eau potable et d'assainissement, et de rentabilité financière.
Un projet de loi-cadre portant sur l'organisation du secteur de l'eau potable et de l'assainissement vient d'être élaboré, en vue de la concrétisation de cette vision.
Mesdames et Messieurs,

En ce qui concerne le secteur irrigation, le potentiel irrigable du pays est estimé à quelques 180.000 hectares. Cependant, le Groupe de travail mis en opération par le Ministère de l'Agriculture en vue de produire une vision de développement agricole et rural, a dressé un état des lieux préoccupant : Un tiers seulement du potentiel d'irrigation est valorisé, tandis que les systèmes d'irrigation font face à d'énormes problèmes d'entretien et de gestion. Il va de soi que le secteur agricole ne pourra pleinement se diversifier et profiter des opportunités de marchés et de produits qui s'offrent à lui, si sa production continue de se réaliser sous une pluviométrie, tantôt insuffisante, tantôt mal répartie dans le temps et l'espace. Quand le Gouvernement déclare rentabiliser les politiques visant la promotion de l'investissement dans l'irrigation, il veut surtout mettre en oeuvre des programmes de développement de l'irrigation dans une démarche intégrée de gestion des bassins versants, ce en vue d'harmoniser la production agricole dans les plaines et dans les mornes, et de protéger et restaurer des sols. C'est à cette condition que les efforts pour créer la richesse rurale et ceux pour protéger l'environnement pourront se renforcer mutuellement et assurer le développement durable.

Au niveau de l'eau comme ressource, il existe bien une crise de gouvernance à l'échelle planétaire. En Haïti, les problématiques soulevées lors du Colloque international sur la gestion intégrée de l'eau en 2002 restent pertinentes et appellent à multiplier les expériences et à consolider les avancées des ingénieries sociales et communautaires qui sont mises en oeuvre aux fins d'atteindre les objectifs de sécurité des approvisionnements en eau, en prenant en compte les facteurs politiques, financiers et sociologiques qui s'y rattachent. Plus que jamais, les priorités locales en matière de gouvernance de l'eau restent les financements, les partenariats entre les acteurs de l'eau, l'assainissement, le suivi et l'évaluation des politiques, et la gestion des risques liés à l'eau.

Je me félicite, Mesdames et Messieurs, de la richesse thématique de ce Colloque international, en même temps que de la diversité des horizons de provenance des intervenants. Au nom du peuple haïtien dont la grande majorité, les laissés-pour-compte, attend, dans la glaise du concret, les résultats de ce Colloque, je donne la plus cordiale bienvenue aux partenaires amis d'Haïti qui sont venus s'associer à la réflexion haïtienne sur les questions de l'eau dans ses relations avec le développement humain durable. Quelques-uns d'entre eux sont d'ailleurs à leur seconde ou à leu énième visite à Haïti.
Mesdames et Messieurs, c'est aussi au nom de Son Excellence le Président de la République, René Préval, au non du gouvernement tout entier, au nom du Peuple haïtien que je souhaite le plus vif succès à ce Colloque et à tous les intervenants et participants, Haïtiens et étrangers.
Fructueux débats !
Merci !