Christopher Toto Castor, cinq mois, a été kidnappé, étranglé et balancé dans le canal Orphelin. Son cadavre a été emporté par les eaux. Consternée, la famille entame un deuil pour le moins difficile même si les auteurs de cet acte odieux sont sous les verrous.
Christopher Toto Castor est un nourrisson de 5 mois. Blotti contre sa mère, Mulouse Germain, il dort à poings fermés, en début de soirée du mardi 20 mars 2007. Rien ne présage que son destin allait basculer dans l'horreur. Entrés sur la pointe des pieds au domicile de la famille, à la rue Péan, Delmas 18, tandis que sa mère dormait profondément, des ravisseurs enlèvent le nourrisson.
Choquée, angoissée, la maman informe son compagnon Ysmaille Castor du drame. Ce dernier rentre en catastrophe à Port-au-Prince le lendemain en provenance des Etats-Unis.
Silencieux, les ravisseurs qui planquent l'enfant quelque part dans le voisinage ne donnent aucun signe de vie. Outre les craintes pour la vie du petit Christopher, on s'inquiète pour la mère. « Li gen yon lèt ti gason sous lestomak li », se dit-on.
Jeudi, les ravisseurs établissent finalement le contact à partir du téléphone de la mère, volé au moment du rapt. Ils exigent une rançon de plusieurs milliers de dollars américains.
Le père de l'enfant alerte aussitôt la cellule contre enlèvement de la DCPJ (Direction Centrale de la Police Judiciaire). Les investigateurs l'assistent et respectent son choix de négocier la libération de son enfant.
Conseillé par les enquêteurs, le père réclame une preuve que le petit est en vie. Une preuve que les kidnappeurs n'arrivent pas à fournir.
Dans la foulée, une remise de rançon fixée au dimanche 25 mars n'a pas été effectuée. Lundi, les enquêteurs qui ont flairé un coup fourré manigancé par les kidnappeurs, organisent une nouvelle remise de rançon.
Cette fois, le rendez-vous est pris sur la place publique de Clercine, zone de Tabarre en plaine. Là, Francklin Ginès alias "blanc" et Stanley Michel, deux kinapppeurs venus récupérer la rançon, tombent dans les mailles du filet de la police.
L'un d'eux, un récidiviste recherché pour l'enlèvement d'un gamin à Lilavois, avait, en sa possession, le téléphone portable de la mère du petit Christopher Toto Castor, volé lors du rapt.
Cuisinés par les enquêteurs, les kidnappeurs avouent avoir ettoufé le petit enfant avec un oreiller avant de balancer, samedi soir, son cadavre dans le canal Orphelin. Ils donnent aussi des renseignements qui permettent d'appréhender deux autres complices : Réginald Chéry et Isnard Stéril.
En dépit des recherches dans le canal Orphelin qui traverse des quartiers tels que Solino, Delmas 2, 4, 18, et Tokyo, le cadavre du petit, emporté par les eaux des averses de ce soir-là, n'a pu être retrouvé.
Considérant la proximité du lieu de l'enlèvement avec celui où le cadavre a été jeté, l'un des enquêteurs a déduit que ces kidnappeurs connaissaient bien leurs victimes.
Poursuivant les négociations même après avoir tué l'enfant par strangulation, ces bandits ont démontré qu'ils n'ont ni foi ni loi, déplore ce policier.
« Lorsqu'un proche, voisin, ami ou membre de la famille est impliqué dans un enlèvement, la probabilité de décès du kidnappé est plus élevée », souligne-t-il.
Se répétant à dessein, cet enquêteur de la Cellule contre enlèvement a, une nouvelle fois, appelé à une " plus grande collaboration des compagnies de téléphonie mobile disposant de moyens permettant de localiser les appels dans la recherche de pistes".
Il a également rappelé aux familles la nécessité d'être plus vigilantes.
Consternés, les parents du petit Christopher Toto Castor entament un deuil plus que douloureux. Un processus plus délicat pour le père Ysmaille Castor qui se culpabilise. "Je reconnais certains de ces kidnappeurs. Ils habitent le quartier. Lorsque je suis en Haïti, pour mes vacances, je savais leur donner de l'argent quand ils me le demandaient. C'est peut-être à cause de cette générosité qu'ils ont cru que j'étais riche", se lamente-il.
Source: Le Nouvelliste