Les maires élus de Cité Soleil ont été installés. Une page semble être tournée dans l'histoire de ce bidonville, symbole de la violence générée par la misère et le mal-être. Pourtant, le mercredi 28 mars 2007, ses habitants se sont surpris à espérer...
A l'entrée de Cité Soleil, ce midi, des individus en costard font le guet. Appuyés par des Casques bleus, ils contrôlent les allées et venues. Il faut montrer patte blanche pour assister à l'installation des premiers maires élus de ce bidonville élevé au rang de commune en 2002.
On ne lésine pas avec la sécurité, car, outre le délégué départemental de l'Ouest, Me Michel Bernardin, le ministre de l'Intérieur et des collectivités territoriales, Paul-Antoine Bien-Aimé, y est attendu.
L'impressionnant dispositif de sécurité ne semble pourtant pas déranger. Les coeurs sont à la fête. Sur les visages se lit l'espoir. Ceux qui ne sont pas tirés à quatre épingles esquissent des sourires qui disent tout.
«Avec ces nouveaux magistrats, j'espère que les choses vont changer à Cité Soleil », lâche une femme de 53 ans, debout devant son commerce de friture, non loin de la place qui doit accueillir la cérémonie officielle.
Happée par la bonne humeur des uns et des autres, heureuse de revoir des voisins qui avaient fui la Cité depuis quelques mois à cause de la violence, elle tourne subitement la tête.
Elle a confondu une salve d'applaudissements à des déflagrations d'armes. Difficile de se défaire des réflexes qui l'ont gardée en vie au temps fort des accrochages opposant Casques bleus et bandits armés dans ce bidonville dont les murs ressemblent à ceux de Bagdad, de Gaza...
Cette fois cependant, des jeunes de la Cité, après des notes exécutées par une fanfare locale, applaudissaient la montée sur le kiosque de la place, en face des locaux de la Mairie, des Maires élus Wilson Louis, Gustave Benoît et Jean Robert Charles.
A la vue de quelques femmes apportant des fruits aux maires et d'hommes remettant des pelles et des pioches, elle secoue la tête. Cette marchande de friture partage l'idée de rappeler aux élus les promesses faites durant la campagne.
Piquée à vif et sifflant généreusement les ratées de la sonorisation, elle semble attentionnée lorsque Me Michel Bernardin parle de la nécessité de renforcer la production agricole, la sculpture, la peinture et l'artisanat afin de créer des activités génératrices d'argent à la Cité.
Jeune fille, elle se rappelle avoir appris la sculpture sur bois, le « Mahoganie ». « Lorsqu'il y avait des touristes, je travaillais beaucoup afin d'aider mes parents », explique-t-elle avec une pointe de fierté.
Sans transition, elle pointe du doigt une banderole sur laquelle est inscrit un message : " Il n'y a pas de paix sans travail. Il n'y a pas de bien-être sans paix".
Elle n'est pas la seule à avoir vu, compris et aussi percé le sens profond de ces mots. Le ministre de l'intérieur Paul Antoine Bien-Aimé s'en est inspiré lors de son allocution.
Martelant que le gouvernement ne reconnaît dorénavant que les maires élus comme représentants de la Cité Soleil, histoire de rompre avec l'esprit de clan ayant alimenté des conflits meurtriers entre quartiers du bidonville, M. Bien-Aimé a annoncé la réalisation rapide d'un certain nombre de projets.
M. Bien-Aimé, à l'instar de M.Bernadin, a appelé les maires à s'unir afin de relever les défis qui les attendent.
Des défis que les nouveaux maires disent vouloir relever en « travaillant avec bon sens ». Wilson Louis, le maire titulaire, conscient que sa commune est un baromètre permettant d'analyser la crise socioéconomique de la capitale et même d'Haïti, veut avoir de bons résultats. Ce fils de Cité-Soleil, dans son discours digne d'une politique générale, a promis de s'attaquer à la misère, à l'analphabétisme. Engagement social, protection sociale, accès aux services de base, sont quelques-uns parmi les thèmes qui ont marqué une intervention fleuve.
Suspendu à ses lèvres, des jeunes des deux sexes buvaient littéralement ses paroles. Comme il l'a dit, il est dans l'obligation de donner des résultats.
Dans la recherche de l'efficacité, Wilson Louis a prôné une grande coopération avec les ONG afin d'articuler les différentes interventions.
Rongée par la violence, la population de Cité Soleil tourne une nouvelle page en se dotant d'institutions pour défendre ses intérêts.
Le temps d'une journée, on dirait que toutes les blessures se sont cicatrisées grâce à l'espoir d'un lendemain meilleur. Un sentiment lu dans les yeux de cette marchande de friture et d'autres habitants de ce bidonville.
Source: Le Nouvelliste