Haïti : le parrainage, bouffée d'oxygène des parents
30/03/2007 ( Haïti )
(Haïti) Des dizaines de milliers de jeunes Haïtiens vont à l'école grâce à la générosité de donateurs qu'ils ne connaîtront jamais. Cette solidarité agissante, qui s'exprime via les programmes de parrainage médiatisés d'ONG étrangères, est une planche de salut pour tous.
"Sans l'aide du parrainage, aucun de mes enfants n'aurait pu fréquenter l'école", avoue tout de go Marie, une mère sans le sou qui se félicite de ce que ses trois enfants aient pu bénéficier de l'aide d'une organisation internationale. Âgé de 21 ans, son aîné - parrainé depuis l'âge de trois ans - fréquente aujourd'hui un collège, un exploit quand on vient d'un milieu modeste en Haïti. "C'est vraiment grâce aux programmes de parrainage que beaucoup de parents arrivent à envoyer leurs enfants à l'école, dit Marie. Sans cela, mes enfants seraient aujourd'hui analphabètes."

Dans ce pays où plus de 500 000 jeunes en âge d'être scolarisés ne le sont pas, enseignants et directeurs d'écoles - à 80 % privées - ne peuvent que confirmer ses dires. "L'État ne peut prendre en charge à lui seul l'éducation de tous les enfants démunis", soupire Désir Smail, directeur d'un collège à Port-au-Prince. Même son de cloche chez Marcelin, enseignant dans une école élémentaire située dans une zone déshéritée près de l'aéroport international de Port-au-Prince : "Sans de tels programmes de parrainage, beaucoup d'enfants se retrouveraient dans les rues en train de vagabonder."

Personne ne peut dire avec précision combien d'écoliers ont la chance d'intégrer l'un des nombreux programmes de parrainage scolaire, qui représentent un volet important du système éducatif haïtien. Chose certaine, des dizaines de milliers de jeunes Haïtiens en profitent. Pour l'année en cours, le Plan de parrainage, une fondation haïtienne d'aide à l'éducation, dit octroyer près de 40 000 bourses d'études à des enfants nécessiteux. Vision mondiale finance quant à elle les études de quelque 50 000 enfants, Compassion international plus de 2500… Des milliers d'autres profitent de la générosité de la Fondation PGL, une institution québécoise, d'EPI Suisse, de Parrainage France, etc.

Certaines ONG ou groupes missionnaires qui ont fait du parrainage leur spécialité sont présents sur le terrain depuis deux générations ! Ces dernières années, l'augmentation générale de la misère a donné de l'ampleur à cette forme de solidarité. "Malheureusement, toutes n'agissent pas en faveur des enfants, dénonce un responsable d'une institution scolaire sous le couvert de l'anonymat. Sinon les rues de Port-au-Prince ne seraient pas bondées d'enfants aux heures de classe.''
Pire. Certains, complices de directeurs d'école véreux, créent des ONG bidons pour se faire de l'argent sur le dos des enfants démunis. "J'ai l'habitude de recevoir des demandes de parrainage pour des enfants qui n'existent pas", déplore un responsable d'une ONG internationale.

La majorité des ONG versent les montants alloués aux élèves directement à leur établissement scolaire pour s'assurer qu'ils arrivent à destination. Les montants varient d'une organisation à l'autre. "Nous accordons des bourses d'étude annuelles de 3 000 gourdes chacune (environ 80 $ US) aux enfants sur tout le territoire national", se félicite Christelle D. Delva, directrice du marketing du Plan de parrainage, financé par la coopération américaine (USAID) et le secteur privé haïtien. Des montants modestes qui, pour les parents, font cependant une grosse différence. "Chaque année, 60 % des frais scolaires de mes enfants sont payés par Vision mondiale", dit la mère d'un élève de 7e année d'une section communale de Hinche, dans le Plateau central. Certains sont plus chanceux encore. Ainsi, les écoliers parrainés par l'ONG américaine Compassion international ont droit à 80 % du coût de leur scolarité et à la totalité des frais une fois rendus à l'université...


Une seule condition : être pauvre
"Être dans le besoin est l'unique condition pour qu'un enfant soit parrainé", explique Guilbaud Saint-Cyr, directeur de Compassion international, en lien direct avec les Églises protestantes. "Nous laissons le soin aux Églises faisant partie du programme de nous proposer les enfants nécessiteux à prendre en charge. N'allez pas croire que ceux qui financent l'écolage des écoliers haïtiens sont des gens riches. Dans certains pays, des enfants se cotisent même pour payer l'écolage d'un jeune Haïtien."

Généralement, ces derniers n'ont pas de contact direct avec leur parrain. "Pour dire merci à mon parrain, je dois remettre ma lettre à un responsable pour la faire arriver à destination", regrette Cardichon, 17 ans, élève d'une école congréganiste du Plateau central. Mais certains parrains ne se contentent pas de photos et de lettres. "Certains viennent même en Haïti pour voir l'enfant dont ils financent les études", dit Charles, enseignant dans une école privée parrainée par des Allemands, située près de Cité Soleil, le plus grand bidonville du pays.

À leur tour, les jeunes parrainés... parrainent d'autres jeunes, une fois leurs études complétées. "Je garde un bon souvenir de mon parrain, un Américain, qui, après la mort de mon père en 1994, a financé les quatre dernières années de mes études classiques, confie un rédacteur d'un grand journal de Port-au-Prince. En retour, j'ai fondé un programme de parrainage ayant permis à des dizaines d'enfants démunis de Léogane d'aller à l'école. J'ai reçu, aujourd'hui je donne."