Le sérum antitétanique (SAT) tue. Aux Gonaïves, les pharmacies « Même Amour Bric-à-Brac », « Star Pharma » et « Soleil » sont pointées du doigt. Une enquête révèle que les médicaments qui ont causé la mort de trois personnes ont été achetés dans ces pharmacies.
Le Département sanitaire des Gonaïves a informé le ministère de la Santé publique que trois personnes sont mortes à la suite d'injection de sérum antitétanique (SAT) d'origine douteuse. Au cours d'un point de presse, vendredi après-midi, le ministre de la Santé, le Dr Robert Auguste, a signalé que le MSPP va prendre des mesures drastiques afin de retirer les SAT dans les pharmacies établies sur tout le territoire de la République. « Moun pa achte SAT nan famasi », a-t-il martelé à maintes reprises.
Le ministre a indiqué par ailleurs que sauf les SAT distribués par le MSPP conservés dans les pharmacies des hôpitaux sont pour le moment garantis. La Direction de la pharmacie, du médicament et de la médecine traditionnelle et la Direction de l'épidémiologique du ministère de la Santé publique se sont rendues sur place pour mener conjointement une enquête.
Les résultats de l'enquête
« Les premiers éléments de l'enquête prouvent que ces médicaments sont contrefaits », a observé la directrice de la Direction de la pharmacie, du médicament et de la médecine traditionnelle, Mme Magalie Rosemond. Dépêchée sur les lieux pour enquêter, elle rapporte que Francilia Colas, une jeune fille de dix-huit ans, a été mordue par un chien. Aussitôt qu'elle eut reçu une injection de SAT acheté à « Star Pharma » des Gonaïves, elle ressentit quelques choses comme un noeud à la gorge. Evanouie, en moins de trente minutes, la jeune fille passa de vie à trépas.

Blessée par une bouteille de Coca, le 19 mars 2007, Ghislaine Limage, une femme de 54 ans, reçut une injection de SAT acheté à « Même Amour Bric-à-Brac ». Tout de suite après l'injection, elle fut privée momentanément de la vue. Arrivée à l'hôpital, elle rendit l'âme 25 minutes plus tard. Dans la même journée, Emerson Delva, un enfant de 5 ans, fut atteint d'un coup de pierre à la tête. Une infirmière retraitée du voisinage administra diligemment à l'enfant, pour prévenir le tétanos, le médicament procuré à « Soleil » pharmacie. L'enfant connu le même sort que les précédentes victimes.
Cette infirmière, a informé Mme Rosemond, fait l'objet de menaces. Les parents de l'enfant lui ont fait injonction de verser 150 000 dollars pour dommage et réparation. Sous pression, elle a déjà versé aux parents de la victime 50 000 dollars. On la contraint de payer la balance au moyen de trois versements.
Les médicaments contrefaits que l'infirmière avait gardés comme preuve ont été remis à l'Organisation mondiale de la Santé pour être analysés, a encore expliqué Mme Rosemond. Elle a profité de l'occasion pour montrer à la presse plusieurs médicaments qu'elle a qualifiés de « tueurs silencieux ».
Des saisies de médicaments ont été effectuées aux Gonaïves. Un médicament comme le pentazocine, produit narcotique administré aux patients cancéreux pour tempérer leur douleur, fait partie des contrefaçons.
Des mesures en perspective
Le ministre de la Santé, Dr Robert Auguste, a indiqué qu'il s'est réuni avec les représentants de plusieurs entités de l'Etat en vue de prendre des mesures drastiques au cours de cette semaine pour freiner cette dérive.
Pour aller vite en besogne, bientôt, la liste des agences et des dépôts autorisés à fonctionner sera publiée dans la presse, a indiqué Mme Rosemond. Elle a précisé qu'il y a des normes qui sont établies pour commander, prescrire et vendre des médicaments. « Chaque année, le MSPP publie la liste des pharmacies autorisées à fonctionner », a-t-elle rappelé.
Où se situe la responsabilité de l'Etat ? « La direction de la pharmacie est normative», s'empresse de répondre Mme Rosemond. Et d'ajouter : « La responsabilité doit être multisectorielle. »
Mais comment ces pharmacies non autorisées qui n'ont pas suivi le circuit formel de distribution des médicaments peuvent-elles avoir pignon sur rue? Et dire que ces pharmacies sont légion à travers le pays. L'alerte sanitaire est au rouge. Un dossier à suivre.
Source: Le Nouvelliste