dimanche 8 avril 2007, 19h31
Le prix élevé de la mort à Haïti
PORT-AU-PRINCE (AP) - La vie a toujours été une lutte pour les pauvres à Haïti. La mort en ces jours n'est pas beaucoup plus douce.
La déforestation, véritable plaie de ce pays des Grandes Antilles parmi les plus pauvres de la planète, a entraîné une hausse du prix du bois utilisé pour fabriquer les cercueils. Et les centaines, peut-être des milliers, de décès dus à la violence dans les rues, font monter le coût des obsèques. Des pilleurs de tombes dérobent des cercueils à des fins de revente, un commerce sinistre que tentent d'empêcher des familles endeuillées en brisant le cercueil avant qu'il ne soit recouvert de terre.
A Port-au-Prince, la principale morgue insuffisamment réfrigérée est remplie de cadavres que personne ne vient réclamer et ses employés, faute de fonds suffisants, n'ont pas de masques en papier pour échapper à la puanteur des corps en décomposition.
La mort est chère à Haïti: certaines familles sont contraintes de contracter des prêts à taux élevé, qui les conduisent à s'endetter lourdement, pour réserver à leurs proches des funérailles empreintes de dignité, dont beaucoup ont été privés ont au cours de la vie.
D'autres doivent abandonner leurs morts sur un terrain poussiéreux du faubourg de Titanyen, un mot créole qui veut dire "moins que rien".
Les obsèques coûtent désormais à Haïti environ 20.000 gourdes haïtiennes (405 euros), soit bien plus que ce que gagnent la plupart des habitants en un an. Et l'incinération est pour les nantis.
La plus grande morgue publique d'Haïti, construite pour recevoir 390 cadavres, en a fréquemment près de 500, nombre gisant à même le sol de ciment, faute d'espace. Parmi les défunts, des victimes de fusillades, des malades du SIDA et des enfants qui n'ont pas atteint leur premier anniversaire.
Si un corps a été déposé à la morgue, il en coûtera 1.000 gourdes (20 euros) à ses proches pour venir le chercher et 1.750 gourdes (35 euros) si la morgue a dû l'évacuer d'une rue. Résultat: peu de corps sont réclamés. Ils finissent dans une fosse commune en dehors de la capitale, avec ceux qui ont été abandonnés à Titanyen. "Si les familles n'ont pas d'argent pour réclamer les corps, elles ne viennent jamais", souligne le directeur de la morgue Sergo Castor.
Le fils de Marie Nicola a été retrouvé mort dans une rue, le crâne défoncé par des inconnus dans le taxi qu'il conduisait. Sa mère de 62 ans, sans emploi, dit ne pas savoir si elle aura les moyens de lui offrir un enterrement décent.
Devant la morgue, des croque-morts indépendants avec de vieux corbillards se tiennent prêts à marchander le prix des funérailles: c'est un marché totalement incontrôlé. "Parfois, vous pouvez négocier un prix plus bas au vu de la situation économique de la personne", affirme l'un d'eux, Carl Fanfan.
Certaines initiatives rendent le tableau moins sombre. Rick Frechette est un prêtre catholique travaillant avec l'organisation caritative Friends of the Orphans, qui dirige un orphelinat et un hôpital pour enfants à Haïti. Le groupe fabrique des cercueils en papier mâché, plutôt qu'en bois, et offre des enterrements gratuits pour une quarantaine de personnes chaque mois, selon Rick Frechette.
Marie Nicola dit qu'elle va demander à des proches une contribution financière pour l'inhumation de son fils.
"Si ce n'est pas suffisant, alors nous vendrons ce que nous pouvons", explique-t-elle doucement. "Je lui offrirai de bonnes funérailles si je le peux". AP
Sur le Net:
http://www.friendsoftheorphans.org