PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE / L'immigration haïtienne au centre du vote des électeurs de la Guadeloupe et de la Guyane
Par Abel Descollines
Comme l'ont fait les électeurs français de la métropole, les départements français d'outre-mer ont placé en tête le candidat de la droite à l'issue du premier tour de la présidentielle du 22 avril dernier.
À l'exception de la Martinique, Nicolas Sarkozy devance largement sa rivale socialiste en Guadeloupe et en Guyane française. L'ancien ministre de l'Intérieur a obtenu en Guadeloupe 42,63 % des voix contre 38,27 % pour la candidate du PS. En Guyane, plus de 14 000 électeurs se sont exprimés en faveur de Nicolas Sarkozy contre 11 000 pour Ségolène Royal.
« ... un revirement de l'électorat antillais. »
Les résultats ne sont pas différents dans les territoires français de l'Océan Indien où Nicolas Sarkozy a obtenu le meilleur résultat par rapport à ses principaux concurrents du premier tour.
Quant à la Guadeloupe et la Guyane, signalons que le vote du 22 avril 2007 en faveur du candidat de la droite marque un revirement de l'électorat antillais. Cet électorat dont le vote s'attribue le plus souvent à la gauche a, cette fois, dévié tous les pronostics.
Par ailleurs, ce revirement démontre la divergence de vues entre les électeurs des départements d'outre-mer et celles de leurs compatriotes vivant en métropole sur la personnalité de Nicolas Sarkozy.
En effet, les résultats du premier tour de la présidentielle en métropole confirment une nette avance de Ségolène Royal chez les originaires d'outre-mer par rapport à son rival de droite Nicolas Sarkozy.
Selon les analystes politiques, ce décalage s'explique peut-être par la mauvaise perception qu'a une bonne partie des ressortissants antillais de l'ancien ministre de l'Intérieur.
Il semblerait que certains représentants de la communauté antillaise en métropole reprochent à M. Sarkozy d'avoir proféré des mots négatifs à l'encontre des jeunes des banlieues.
Alors que, selon les statistiques, il y a une forte concentration de la population antillaise en métropole dans les banlieues.
Secrétaire nationale de l'UMP et porte-parole de Nicolas Sarkozy, Marie-Dominique Aesclimann attribue le vote des Français d'outre-mer au bilan positif de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur. C'est aussi, selon elle, l'adhésion des ultramarins au projet présidentiel du candidat à la présidence.
Concernant la perception supposée des ultramarins de la métropole au sujet de Nicolas Sarkozy, elle dénonce un processus de diabolisation orchestré, selon elle, par des dirigeants politiques irresponsables.
Sarkozy : « discrimination positive », maîtrise de l'imigration clandestine »
Adjointe au maire de la ville Asnières (banlieue nord de Paris), Mme Aesclimann déclare que le projet présidentiel de M. Sarkozy répondra aux aspirations et à la valeur de dignité des habitants d'outre-mer. Ce programme, dit-elle, contribuera au développement réel des populations antillaises et celles de l'Océan Indien entre autres.
Il s'agit notamment de la Nouvelle Calédonie, Mayotte, Saint-Pierre et Miquelon et la Polynésie française.
Le programme s'articule en priorité autour de la « valeur travail », la « discrimination positive », la « maîtrise de l'immigration clandestine »… D'après Mme Aesclimann, s'il est élu président de la République, Nicolas Sarkozy entend placer l'homme et le travail au centre de toute chose.
La porte-parole explique que le candidat veut faire de la « discrimination positive » un mécanisme d'intégration et de développement territorial. Elle consiste en ce que l'Etat octroie davantage de moyens à ceux qui sont en difficulté. Selon la Secrétaire nationale de l'UMP, cette politique concerne à la fois les hommes et les femmes, mais aussi les départements et territoires français d'outre-mer.
S'agissant des départements d'outre-mer, la discrimination positive se traduira notamment par le renforcement des moyens des collectivités locales, dans le but d'encourager la performance et la compétitivité de leur entreprise, a-t-elle précisé.
La responsable tient cependant à souligner que la politique de discrimination positive du candidat de l'UMP n'avait rien à voir avec le système de quota tel que pratiqué aux États-Unis.
En cas d'élection, Nicolas Sarkozy entend également favoriser l'intégration régionale des départements d'outre-mer dans le cadre des accords de libre échange et les zones franches au niveau du continent américain.
En matière de coopération bilatérale, Mme Aesclimann fait savoir qu'en cas de victoire le 6 mai prochain, M Sarkozy compte impliquer ces départements dans la politique de co-développement avec les pays latino-américains.
Elle a mentionné particulièrement la République d'Haïti.
En tout cas, à propos de la Guadeloupe et la Guyane, les analystes ont noté que l'immigration haïtienne a été au centre du vote des électeurs en faveur de Nicolas Sarkozy.
Certains responsables socialistes ont fait le même constat. Avocate parisienne d'origine guadeloupéenne, Angèle Louviers se plaint de la haine qui s'installe de plus en plus entre Guadeloupéens et Haïtiens aux antilles.
Cette proche de Victorin Lurel, Président socialiste de la région Guadeloupe, explique qu'une bonne partie de la population antillaise ne souhaite plus voir les Haïtiens débarquer sur leur territoire.
C'est pourquoi, explique-t-elle, les électeurs ont voté pour Nicolas Sarkozy espérant que ce dernier va les débarrasser des illégaux haïtiens avec sa politique d'immigration choisie.
Une analyse que récuse Marie-Dominique Aesclimann. Néanmoins, la porte-parole réaffirme la volonté de Nicolas Sarkozy de contrôler l'immigration clandestine vers les territoires français. « Qu'y aurait-il de pire que d'accueillir des personnes qui fuient une détresse économique et la misère dans leurs pays et ne pas être en mesure de leur proposer des conditions de vie digne », se défend Mme Aesclimann.
C‘est pour cela, a-t-elle expliqué, que Nicolas Sarkozy souhaite modifier la politique de l'immigration française.
À en croire la représentante de l'UMP, cette nouvelle politique française en matière d'immigration n'aura pas d'incidence sur le fait que la France reste un pays d'accueil.
Adjointe au maire d'une ville où séjourne une importante communauté d'haïtiens, Mme Aesclimann évoque son amour du créole haïtien.