Avec toutes les limites que nous imposent la pesanteur sociopolitique et les réticences, parfois compréhensibles, jamais légitimées et acceptées, à signer le pacte de développement durable, nous avons tenu le difficile pari de nous tourner résolument vers les questions fondamentales du pays. Celles qui concernent l'environnement, la valorisation de notre patrimoine historique et culturel, la bonne gouvernance, le renforcement de l'autorité de l'Etat à travers le respect de ses engagements, la fournitures des services de base à la population, l'application des normes, des règles en toute matière.
Question pour nous de bien marquer notre ancrage social, de rechercher continuellement cette proximité avec la population entière, de faire du neuf avec du vieux, de transformer cette société enfin appelée à être solidaire, responsable, forgeuse de son destin et orientée vers le développement.
Sans pédanterie, sans fanfaronnade et sans grande illusion, nous avons senti qu'un sang neuf - impulsé par nos choix éditoriaux, nos partis pris évidents pour certains champs, axes, ou domaines de développement durable - nous rapproche de certains courants universitaires, de certains responsables conscients, eux aussi, des pesanteurs sociopolitiques, soucieux d'aborder les problèmes fondamentaux du pays, se sentant dans l'obligation ou la nécessité morale, intellectuelle de réparer la faute (ou le péché) originelle, de remplir leur devoir, de prendre leur engagement, d'assumer pleinement leurs responsabilités citoyennes.

Nous sommes encore loin de la réalisation de notre rêve de voir les élites de ce pays investir l'espace politique et surtout médiatique en vue de refaire les mentalités, de dicter ou d'implanter les grandes orientations, d'alimenter les débats et réflexions, de monopoliser cette structure cognitive dispensatrice, par excellence, de connaissances, de savoir-faire, de manière d'être ... Investir les médias qui, par leur caractère pluriel, sont capables, dans la diversité, de travailler à l'unité sur des stratégies nationales en matière de politique environnementale, communicationnelle, culturelle, sociale, économique et autres.

De la Baie de Mancenille, avec son chapelet d'îlots, jusqu'à Anse-à-Pitres, en passant par Ouanaminthe, Belladère et Malpasse, il y a un système de sécurité nationale dont la mise en place - parallèlement à des programmes économiques et sociaux - doit restaurer notre pays dans sa dignité historique et le replacer dans la ligne de son destin originel ou de son projet initial. L'absence de politique en matière d'aménagement du territoire, de communication, l'inexistence d'un programme d'assainissement de base nous éloignent de plus en plus d'une éventuelle relance du secteur économique voire touristique ...

Pour ses 109 ans, Le Nouvelliste renouvelle son engagement à «faire de la politique ... De la bonne politique, celle qui consiste à poser (pour porter à les résoudre) les problèmes d'Haïti» qui ne concernent pas seulement celles de la République de Port-au-Prince, de certaines couches ou catégories sociales privilégiées. Nous avons choisi de présenter l'autre image d'Haïti à travers ses sites historiques, ses potentialités touristiques, sa richesse culturelle. Des choix conscients, délibérés, qui s'expriment ou s'articulent à travers des reportages froids ou des commentaires, critiques, analyses sans réticence.
Pour cela, il fallait cet apport de sang neuf d'une équipe rédactionnelle qui pousse l'exercice de la profession jusque dans les limites sacerdotales. Comme ce liquide visqueux de couleur rouge, elle joue, dans l'accomplissement de cette tâche, les rôles essentiels et multiples et consent des sacrifices pour le moins énormes.

Nous avons parallèlement tenu des promesses formelles qui vont en droite ligne avec notre engagement d'élargir notre électorat tout en le fidélisant par la satisfaction de ses besoins d'informations diverses et variées. Les témoignages, les courriers des internautes attestent de la nécessité de la lecture du "www.lenouvelliste.com", qui intègre désormais la panoplie des réflexes quotidiens. La reprise de notre publication jeunesse, Le P' tit Nouvelliste, depuis tantôt cinq mois, nous réconcilie avec cette grande ambition de créer le besoin et/ou l'habitude de lecture et d'écriture chez nos jeunes enfants, de les porter vers l'excellence, de les éduquer à la citoyenneté, de leur inculquer cette foi inébranlable en ce pays et en eux-mêmes. Des choix conscients et délibérés sur l'opportunité de faire du neuf avec du vieux et de l'apport de sang neuf, généreux, ardent ... de l'apport d'éléments nouveaux, d'un capital humain jeune à l'oeuvre de reconstruction nationale.

Pour nos 109 ans, des collaborateurs, des annonceurs, des responsables d'institutions privées et publiques nous ont encore formé des voeux qui nous encouragent à décupler nos forces pour travailler à la reconstruction d'une Haïti régénérée, digne et honorable.
Le Nouvelliste