En Haïti, Médecins du monde s'est installé dans un éternel foyer de misère 02.07.07 | 15h11
Deux heures de 4x4 sur une piste impossible et quarante-cinq minutes de marche sur une sente boueuse, les médicaments entassés sur le bât d'un âne, sont nécessaires pour atteindre, depuis la ville de Jérémie, le dispensaire de Lopino, un petit village du sud-ouest d'Haïti. Une quarantaine de personnes endimanchées attendent déjà devant le bâtiment vétuste. Certains ont fait quatre heures de marche pour venir, malgré leurs blessures ou leur maladie. Après la prière et un premier tri des urgences, les consultations commencent, qui dureront toute la journée.
Lopino n'est pas un village en guerre ou victime d'une catastrophe naturelle. Ce n'est pas un lieu d'actualité brûlante, juste un éternel foyer de misère, rongé par la malaria, la typhoïde, le paludisme, les diarrhées infantiles ou le sida. Médecins du monde (MDM) s'y est installé en novembre 2006.
TRAVAIL DE FOND
L'organisation humanitaire gère ce dispensaire, qui avait été laissé à l'abandon, en commun avec le ministère de la santé haïtien et l'Eglise locale. Elle appointe deux infirmières sur place. Son aide financière a également permis de ramener le prix de la consultation de 1,25 euro à 50 centimes. Les médicaments sont gratuits. "Avant que Médecins du monde ne s'installe, je me soignais par les plantes et la médecine traditionnelle", explique Belone Jean-François, venu chercher un remède.
MDM cogère deux dispensaires de ce type dans la seule région de Grande-Anse, l'un des lieux les plus reculés d'Haïti. L'association participe également à l'équipement en latrines de la région. A Jérémie même, le chef-lieu, l'organisation aide l'hôpital, rénove les locaux, aux côtés des praticiens cubains qui assurent les soins. "Médecins du monde est un partenaire incontournable", constate le docteur Jean-Marie Raphaël, son directeur, avant de lâcher, désabusé : "On se sent moins seuls."
Loin des urgences médiatiques, loin de toute publicité susceptible de mobiliser les donateurs, Médecins du monde et d'autres organisations s'essayent ainsi à un travail de fond en Haïti. Ce pays gangrené par la misère et l'instabilité politique émarge à cette "zone grise", à ces "crises oubliées", comme les appelle Carole Berrih, responsable de MDM sur place. Une cinquantaine d'associations internationales y oeuvrent ainsi dans l'anonymat.
VIOLENCES DOMESTIQUES
A Port-au-Prince même, Médecins du monde forme des personnels pour les dispensaires de bidonvilles comme Cité-Soleil. Elle aide, dans les quartiers difficiles de Martissant ou de Carrefour, des groupes communautaires qui s'occupent des victimes de violences domestiques. Elle soutient des associations de femmes. Elle embauche des psychologues. Au total, MDM a engagé une soixantaine de personnes et consacre près de 500 000 euros par an à ce pays oublié.
On est là assez loin du rôle traditionnel des organisations humanitaires. MDM travaille ainsi avec de nouvelles missions dans une cinquantaine de pays. Cette entreprise à long terme s'avère parfois plus efficace et satisfaisante que l'urgence : MDM a ainsi quitté le Darfour en janvier, estimant l'aide qu'elle pouvait apporter sur place relativement improductive au regard des moyens et des risques engagés.
En Haïti, un pays gangrené par la délinquance, le danger est également présent. Une humanitaire canadienne a ainsi été enlevée à Cité-Soleil. A Port-au-Prince, les personnels de MDM vivent dans une résidence surveillée et doivent rendre compte de leurs moindres déplacements.