Le créole n'est pas suffisamment armé pour traduire des oeuvres scientifiques, disent les détracteurs de la langue du peuple haïtien. Le secrétaire d'Etat à l'Alphabétisation prend le contre-pied de cette assertion et brandit le nouvel outil de vulgarisation sur les propositions pour une politique de gestion de la migration de la main-d'oeuvre en Haïti traduit en créole par la direction d'aménagement linguistique à la Secrétairerie d'Etat à l'Alphabétisation.


Le Premier ministre Jacques-Edouard Alexis en septembre de l'année dernière avait formulé le voeu de voir se matérialiser dans un court délai, une version créole du rapport préparé par le groupe interministériel et intersectoriel pour le renforcement des capacités de gestion de la migration de main-d'oeuvre paru sous le titre « Propositions pour une politique de gestion de la migration de main-d'oeuvre en Haïti ». Ce voeu s'est concrétisé. A la salle de conférence du ministère des Affaires étrangères (MAE), dans la matinée du vendredi 27 juillet, le chef de mission de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), Maureen Achieng, a remis, lors d'une cérémonie officielle, le document au secrétaire d'Etat à l'Alphabétisation, Carol Joseph. Ce rapport qui touche la vie nationale existe désormais sous le titre : « Kèk pwoposition pou yon politik sou jesyon migrasyon fòs travay peyi D Ayiti a ».

« Je suis heureux de recevoir ce document qui va servir pour la post-alphabétisation. C'est l'occasion de dire que l'Etat s'est doté d'un instrument qui est en mesure de mettre tous les documents français en créole. Nous avons une direction d'aménagement linguistique à la Secrétairerie d'Etat à l'Alphabétisation (SEA). Nous sommes à la disposition de toutes les institutions de l'Etat », a déclaré le titulaire de la Secrétairerie d'Etat à l'Alphabétisation.
Le créole répond à un voeu de la Constitution
Le défi de traduire ce rapport étant relevé, Carol Joseph annonce que, bientôt, des documents ayant rapport au droit feront l'objet de traduction en créole en vue de répondre au souhait formulé à l'article 40 par la Constitution de 1987 dans la section "droit à l'information".
Contrairement à cette idée tenace qui veut qu'on ne puisse pas mettre une oeuvre scientifique en créole, la SEA vient de prouver le contraire. Cet outil de recherche servira aussi de support aux post-alphabétisés : « Lè nou fin alfabetize yo, fòk yo gen dokiman yo kapab li », s'est-il réjoui.
Le directeur général du ministère des Affaires étrangères, Jacques Nixon Myrthil, a fait remarquer que « c'est pour la première fois que l'Etat haïtien a réuni des techniciens de toutes sortes pour élaborer un tel document ». Document de référence pour le gouvernement, cet ouvrage étudie la migration de la main-d'oeuvre haïtienne en trois parties : la migration de la main-d'oeuvre, le fait migratoire haïtien, et une politique de gestion efficace de la migration de main-d'oeuvre.
« Je vous garantis que ce document sera vulgarisé dans nos 39 missions diplomatiques et là où il existe des communautés haïtiennes », a promis le directeur général du MAE.
Le chef de mission de l'OIM trouve un motif de satisfaction pour avoir permis à « ce document porteur de connaissances, d'informations et de recommandations sur le dossier migratoire », de voir le jour. « C'est un troisième motif de satisfaction, d'autant plus vif que précisément ce texte créole est le produit, autour de la question de la migration, d'un autre moment de collaboration entre l'OIM et un organe de l'Etat haïtien », a-t-il ajouté.
Le coordonnateur adjoint de l'Office national de la migration (ONM), Gérard Morency, espère que cet instrument de politique migratoire nationale servira de cadre d'articulation des actions de participation d'Haïti dans les mouvements d'intégration régionaux.
L'ONM, a-t-il mentionné, « se trouve limité au niveau de ses actions concrètes tant l'instrument de politique migratoire nationale est inexistant et que l'autorité de gestion migratoire est disséminée dans des structures disparates. » Aussi, attend-il que le Parlement et le gouvernement haïtiens se mettent au travail tout de suite pour la mise en place d'une législation de politique nationale de gestion de la migration.
Le député de l'île de la Tortue, Marc-Antoine François, a salué le tandem OIM et ONM ainsi que les entités de l'Etat qui ont permis à la Constitution de 1987 de se manifester à travers ce document de référence écrit en créole. Il a profité de l'occasion pour rappeler que la journée de sensibilisation contre le voyage clandestin organisée sur l'île de la Tortue, en juin dernier, fait son chemin. Au mois d'août prochain, un colloque sur le rapatriement de fonds et de transfert de compétences se tiendra à Nassau, Bahamas et à Miami.
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Le document qui est soumis aujourd'hui aux autorités haïtiennes et à la mission de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) en Haïti est le produit du travail d'un groupe intersectoriel, constitué le 10 janvier 2006 sur l'initiative conjointe de l'OIM et de l'Office national de la migration (ONM), et formé de représentants de la Primature, des ministères des Affaires étrangères, des Affaires sociales, de la Justice, des Haïtiens vivant à l'étranger, et de délégués d'institutions de la société civile comme la Commission épiscopale nationale pour la pastorale des migrants et des réfugiés (CNPMR), le Barreau de l'ordre des avocats de Port-au-Prince, et le Groupe d'appui aux rapatriés et aux réfugiés (GARR).
Source: Le Nouvelliste