Les jeunes constituent, en Haïti, la tranche majoritaire de la population, à la lumière du dernier recensement, qui indique que plus de la moitié de la population a moins de 21 ans. Ceci constitue un atout selon nombre d'économistes. A l'occasion de la Journée Internationale de la Jeunesse, le 12 août, les jeunes haïtiens témoignent de leurs conditions. Mais entre autres maux auxquels ils sont confrontés figure, en pôle position, le chômage.
Maxime est âgé de seize ans. Il n'est pas scolarisé et est sans emploi. Ses journées, il les passe à errer dans les rues de Canapé-Vert, quartier de Port-au-Prince qui l'a vu naître. Maxime est issu d'une famille modeste ; sa scolarité, débutée tardivement, s'est arrêtée suite à la maladie de sa mère. « Je vis d'expédients. Je sollicite l'aide des anciens employeurs de ma mère quand je n'ai vraiment rien à manger. Je ne sais rien faire et je ne trouve aucun emploi. Je n'ai pas de chance », témoigne Maxime.
L'exemple de Maxime est caractéristique de la situation des jeunes en Haïti, où le tiers de la population active de 15 ans et plus est au chômage. Le chômage constitue par conséquent une des principales préoccupations des jeunes du pays.
Lundi 13 août, dans les locaux du « Volontariat pour le Développement d'Haïti » (VDH), une organisation travaillant avec les jeunes, Mireille, 24 ans, étudiante en troisième année de sciences informatiques, réfléchit avec des amis sur un projet commun.
Pour Mireille et ses camarades, plusieurs années d'études supérieures n'offrent pas la garantie d'un travail. « C'est une question de chance. On n'est pas sûr de travailler après avoir étudié », opine-t-elle. Cet avis est partagé par son ami Duhamel, également étudiant. « Mon plus grand souci, c'est de trouver un emploi après avoir étudié. En Haïti, les jeunes qui n'ont pas de parrain (ami qui use de son influence pour faire embaucher quelqu'un) n'ont pas de travail », se plaint-il.

En effet, le manque de travail et, par conséquent, l'absence d'autonomie financière a des conséquences multiples sur les jeunes. Rendus vulnérables, ils se laissent entraîner dans la drogue ou s'adonnent à la prostitution. « Plus les moyens économiques sont faibles, plus les jeunes deviennent fragiles », explique Carl-Henri Petit-Frère, conseiller au VDH. « J'ai eu à travailler avec un jeune homme, sans emploi qui a affirmé être prêt à s'adonner à la prostitution pour subvenir à ses besoins », témoigne M. Petit-Frère, faisant remarquer que « cette attitude est courante ».

Pour le vice-président de la Fondation pour la Santé Reproductive et l'Education Familiale, (FOSREF), Docteur Harry Beauvais, les problèmes économiques graves auxquels sont confrontés les jeunes nuisent de manière particulière aux jeunes filles. « Ces problèmes favorisent la prostitution juvénile. En outre, ils affaiblissent la capacité de décision d'une jeune femme dans ses rapports sexuels. Il est très difficile pour une jeune, dépendant financièrement d'un homme, d'exiger l'usage du préservatif par exemple », explique-t-il.

De nombreuses institutions interviennent dans le pays pour apporter un appui aux jeunes. Au niveau étatique, le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l'Education Civique est en charge de cette responsabilité. « Il y a une carence de statistiques relatives aux jeunes. Par conséquent, il nous est difficile de bien appréhender leur vécu. De plus, nous déplorons l'absence d'un budget significatif pour la Division Jeunesse du Ministère », informe Mesguerre Saint-Pierre, directeur de ladite division.
Conscient des importants besoins en santé, éducation et loisirs de la jeunesse, l'Etat haïtien promet d'y remédier. Aussi, le directeur de la Division Jeunesse informe-t-il qu'« une de nos actions prioritaires sera la mise en place d'un cadre stratégique des interventions de l'Etat et de la Société civile en faveur des jeunes. Les jeunes ne sont pas des freins au développement. Bien au contraire, ils doivent être impliqués dans les actions visant le développement durable d'Haïti ».