Jeudi 16 août, 3 heures 30. Plusieurs centaines de passagers quittent le wharf Jérémie, situé à Cité Soleil, à bord du bateau Estime, surnommé « Gwo Wouj ». Avec femmes, hommes, enfants et provisions à bord, cette embarcation, à destination d'Anse-d'Ainault, fera escale à Jérémie vendredi dans la matinée pour atteindre sa destination samedi ou dimanche, dépendamment des conditions météorologiques.
« C'est le seul bateau qui fonctionne en raison du mauvais état des autres qui ne pourront pas affronter les vents annoncés par les autorités maritimes », ont laissé entendre, l'air insouciant, des personnes se trouvant à bord. Ils avancent cette raison pour expliquer la quantité des passagers à bord de Gwo Wouj.
En dépit de l'ordre formel des autorités du Service maritime et de Navigation d'Haïti (SEMANAH) de surseoir sur les opérations de cabotage dans tout le pays en raison de la menace de la tempête tropicale Dean, Gwo Wouj n'entend pas se laisser faire, à quelques mètres du bureau de l'Administration portuaire nationale (APN).
Sur fond de tapage et de coup d'injures les passagers montent et attendent d'être débarqués à destination faisant fi de tout interdit d'Etat, et sous les yeux des agents préposés à la surveillance de ces activités.
« A 10 heures AM ce jeudi 16 août 2007, l'ouragan Dean est localisé à 13.7 degré de Latitude nord et 54.3 degré de longitude ouest soit à environ 730 km à l'est de la Martinique », signale le SEMANAH dans un avis distribué aux médias.
« Dean, poursuit cette note, se déplace rapidement vers l'ouest à 37 km/h avec un vent soutenu de 150 km/h et des rafales supérieures. »
Entre-temps, Gwo Wouj vogue en pleine mer, défiant vents et marées avec des membres d'équipage sûrs on ne peut plus d'eux.
« Je n'ai pas peur, dit l'un d'entre eux, âgé d'une quarantaine d'années. Il énumère trois éléments qui aiguillonnent ainsi la confiance de ses camarades : « le Ciel, c'est notre premier capitaine, tout le monde ici maîtrise parfaitement son travail et il n'y a pas meilleur que le moteur de ce navire qui se démène dans les plus mauvaises mers. »
Jérémie, Abricot, Dame-Marie et Anse-d'Ainault sont les différents endroits où Gwo Wouj doivent débarquer ses passagers qui payent 500 gourdes pour le voyage.
Le mauvais état des routes et le temps mis pour faire le voyage à Jérémie et ses villes y attenantes sont les raisons avancées par les Grand'Anselais de leur préférence de la mer à la route.
« On a plus de chance d'arriver à destination à une heure fixée auparavant. Tandis que par la route, on ne peut rien fixer. Elle peut être bloquée par un camion tombé en panne ou tout simplement on peut bloquer dans la boue », lâche une jeune femme dans la vingtaine.
A souligner que le trafic maritime s'est poursuivi pendant toute la journée sur le wharf de Carriès donnant sur l'Ile de Gônave.
Après les catastrophes d'avril 2006 où un nombre de personnes jusqu'ici inconnu a trouvé la mort dans la rade de Jérémie suite au naufrage du navire de charge Lazarus, on était jusque-là en droit d'espérer des contrôles plus ou moins sérieux des opérations de cabotage à travers le pays. Les responsables de Gwo wouj, à l'instar de ceux de Lazarus, prennent leur chance, en pleine période d'interdiction. Et puis... on attend.
Source: Le Nouvelliste