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"Penser avec Jacques Roumain Aujourd'hui" - Colloque International Le 28-30 Novembre

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Jacques Roumain
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Published by bana2166- 08-17-07
news "Penser avec Jacques Roumain Aujourd'hui" - Colloque International Le 28-30 Novembre

Appel à contribution
Penser avec Jacques Roumain aujourd'hui
Date limite : 28 novembre 2007
Information publiée le jeudi 16 août 2007 par Bérenger Boulay (source : Faubert Bolivar).
COLLOQUE INTERNATIONAL JACQUES ROUMAIN
Université d'État d'Haïti
Port-au-Prince (Haïti)
28, 29, 30 novembre 2007
APPEL À COMMUNICATIONS
Dans le cadre du centenaire de la naissance de Jacques Roumain
L'Université d'État d'Haïti
en partenariat avec
l'Institut Interuniversitaire de Recherche
organise un Colloque International sur le thème :
« PENSER AVEC JACQUES ROUMAIN AUJOURD'HUI»
(date limite : 30 septembre 2007)
1.- Contexte.
L'Université d'État d'Haïti (UEH) a retenu parmi ses missions essentielles celles de promouvoir le respect des droits et de la démocratie, le patrimoine culturel et intellectuel de la population haitienne, le renforcement de la quête identitaire, le retour critique au passé.
Jacques Roumain est l'une des figures qui, au delà de toutes les considérations, répond à cet idéal de prise en charge de soi à travers sa vie, son oeuvre, ses actions politiques, son travail d'homme de science. En effet, l'année 2007 marque le centenaire de la naissance de Jacques Roumain. Pour célébrer ce centenaire, l'UEH a pris l'initiative d'organiser un Colloque international sur Jacques Roumain. A ce colloque prendront part des specialistes de Jacques Roumain venant de plusieurs grandes universites du monde entier.
Ce colloque international qui sera organisé à Port-au-Prince du 28 au 30 novembre2007 sur le thème : « PENSER AVEC JACQUES ROUMAIN AUJOURD'HUI» rassemblera donc les meilleurs spécialistes haïtiens et étrangers sur Jacques Roumain.
Réalisé en partenariat avec l'Institut Interuniversitaire de Recherche, il intégrera tous les centres universitaires, de recherche et d'expression culturelle ou artistique de la région affiliés à cette institution, ainsi que ceux impliqués dans des perspectives d'échanges avec l'UEH.
2.- Objectifs du Colloque.
Le Colloque International Jacques Roumain vise à favoriser une rencontre entre les chercheurs pour présenter l'actualité de Jacques Roumain. Il doit contribuer à une meilleure connaissance de Jacques Roumain, de ses écrits et de ses pratiques et ainsi, donner l'occasion aux chercheurs et à tous les intéressés de déchiffrer le parcours bref et pourtant riche de cet homme. Par ailleurs, il vise également à identifier les questions, les thèmes et les axes de recherches porteurs de nouveauté autour de cet auteur. Cet événement vise finalement à identifier les besoins en matière de recherche et de formation dans les domaines touchés par Jacques Roumain et à concevoir des actions susceptibles d'y répondre.
3.- Argument général.
1907-2007 : le centenaire de la naissance de Jacques Roumain fait aujourd'hui événement. Non seulement parce qu'il a fourni ses lettres de « noblesse » à une littérature haïtienne foisonnante et désormais universelle mais aussi et surtout : Jacques Roumain est un patrimoine qui porte un nom d'homme.
Une oeuvre éclatée en littérature (roman, poésie, essais), anthropologie (le vodou, sa défense contre les persécutions, les objets de culte), politique (création du premier parti communiste haïtien), mais dont l'unité se laisse découvrir à travers la passion de l'homme pour son pays et pour l'humanité universelle. Jacques Roumain est penseur de la modernité haïtienne et porteur d'un humanisme dont on ne cesse de scruter ses apports dans le monde entier,-l'oeuvre principale, Gouverneurs de la rosée, est traduite en plusieurs langues. On tâchera de dégager dans ce colloque les aspects qui concernent les pistes de relèvement de la nation haïtienne au plan culturel, social et politique, et les aspects qui ressortissent à l'humanité universelle. On devra découvrir chez Jacques Roumain la production d'un idéal pour la jeunesse haïtienne dans les villes comme dans les campagnes rurales, l'incitation au combat pour la liberté et la dignité nationale, et plus encore le sens de ce combat. A un moment où le pays connaît une véritable anomie et parfois un véritable désespoir vis-à-vis du politique, la méditation de l'oeuvre multiforme et pionnière de Jacques Roumain est susceptible d'ouvrir à nouveau le chemin d'une renaissance de la littérature, des arts et de la vie culturelle autant que de la vie politique. Commémorer le centenaire de la naissance de Jacques Roumain, c'est restituer à Haïti, à la Caraïbe, à l'identité post-coloniale l'idéal d'émancipation qu'elles portent.
Ainsi est-il plus qu'opportun de revenir sur l'oeuvre, la vie, le message, l'engagement de Roumain et la signification que tout cela peut avoir pour nous aujourd'hui. Tel est le sens de ce colloque lancé à l'occasion de la commémoration du centenaire de naissance de cette figure historique, héraut de l'univers culturel et social d'Haïti.
4.- Thématiques et questions à débattre.
Roumain, l'époque, l'être et lettre : Parcours et héritage.
Témoignage et pédagogie de la vie de Jacques Roumain. Roumain, homme de lettres, homme politique et homme de science : richesse d'une oeuvre, passion d'une vie. Cet axe vise à donner l'occasion aux chercheurs de déchiffrer le parcours bref et pourtant riche de Jacques Roumain. Sa naissance dans une famille bourgeoise haïtienne, son adolescence en Europe, ses voyages, ses productions, ses prises de position et sa mort font-ils l'objet d'une biographie d'exception ? Comment Roumain intègre-t-il et comprend-il son époque ?
Le rapport de Roumain avec l'intelligentsia internationale de son époque. Tenant compte des nombreux séjours de Roumain hors d'Haïti, ne peut-on poser la question à savoir s'il fut un homme de voyage ou d'enracinement ? De la même manière, les séjours de Roumain en prison et ses postes dans l'administration publique nous permettent-ils de nous demander si sa vie fut celle d'un homme de combat ou d'un fonctionnaire ? Roumain a-t-il laissé une trace de pensée au monde, une trace à Haïti ?
Fixations : de l'action à la fiction.
Cet axe consacré à l'étude de Gouverneurs de la rosée et des autres récits romanesques de Roumain devra favoriser l'étude de son oeuvre. Il s'incrit dans une conception de la littérature comme arme de combat et d'émancipation. Comment donc, en partant de Roumain, articuler idéal esthétique et nécessité de l'engagement aujourd'hui ? En faveur et à la lumière des concepts que sont l'indigénisme, la négritude, la créolité ou le post-colonialisme de Roumain…
Par rapport aux Gouverneurs de la Rosée par exemple : d'abord et avant tout, on peut se demander pourquoi ce livre est devenu un chef d'oeuvre ? Les procédés littéraires qui y sont mis en oeuvre, la transgression des langues créole et française, le cadre paysan, la grandeur du message d'espoir, font-ils de ce roman le texte fondateur de la littérature moderne haïtienne ? S'agit-il d'un roman subversif et révolutionnaire ou carrément conservateur et bourgeois ? Le livre reste-t-il une oeuvre singulière dans la littérature mondiale, comme le pensait Alexis, à défaut dans la littérature haïtienne ? D'ailleurs comment envisager ses rapports avec d'autres récits majeurs de la tradition littéraire haïtienne d'une part et avec l'ensemble de l'oeuvre littéraire de Roumain d'autre part ?
Ethnologie et Vaudou.
Roumain a été le fondateur du Bureau National d'Ethnologie et auteur de monographies diverses concernant le vaudou pour faire le débat sur les deux institutions citées. Le respect de la culture populaire, de l'identité linguistique et du vaudou : la question de la lutte pour la reconnaissance à partir de Roumain. Un retour sur le bureau national d'ethnologie : le bureau national d'ethnologie a-t-il, au cours de ses années d'existence, aidé à mieux comprendre la société haïtienne ?
La Position de Roumain sur le vaudou, système religieux ou superstition, libérateur ou aliénant ? Le Parti communiste haïtien et le fait religieux, notamment le vaudou ? Faut-il défendre le vaudou aujourd'hui et contre quoi ? Y a t-il à craindre dans l'Haïti d'aujourd'hui une nouvelle campagne anti-superstitieuse (venant des protestants) contre le vaudou ou une campagne du vaudou contre les autres secteurs religieux ? Haïti ou le profil d'une société à risque d'affrontement religieux ? Y a-t-il un lien à faire, comme le pensent plus d'un, entre les campagnes anti-superstitieuses et la dégradation de l'environnement en Haïti ?
Analyse schématique et Parti communiste haïtien.
q L'analyse schématique, texte fondateur et indiscuté du Parti communiste haïtien ? Questions aux thèses fondamentales de l'Analyse schématique. Histoire et idéologie(s) du PCH, échecs et conquêtes. La dictature des Duvalier a-t-elle vaincu le communiste en Haïti ? Les questions de couleur et de classe sociale en Haïti ont-elles été bien abordées et comprises par les Partis communistes haïtiens ? Marxisme et communisme en Haïti, textes, contextes et prétextes. Des ancêtres du Communisme haïtien, avant Roumain.
q Communisme de Roumain, cultures et pratiques de gauche en Haïti. Que signifie, Haïtien ou non, se réclamer de Jacques Roumain aujourd'hui ? Comment lire le communisme et la culture de gauche en Haïti ?
Autres thèmes d'intervention grand public : débats avec des intervenants invités (Auditorium des Lycées, des Facultés et autres Centres Culturels)
I- Littérature
- Littératures, identités et mondialisation.
- « La couleur n'est rien, la classe est tout »
- « L'homme est le boulanger de la vie »
- La rupture introduite dans la littérature haïtienne chez Jacques Roumain
- Les traductions de l'oeuvre
- L'oeuvre et ses critiques
II- Anthropologie
- L'ethnographie du vodou
- La création du bureau d'ethnologie comme dispositif de recherche scientifique
- La théorie des rapports sociaux dans l'oeuvre ethnographique de Roumain
- L'Afrique dans l'oeuvre de Jacques Roumain
- L'anthropologie mexicaine dans la formation de Jacques Roumain
III.- Politique
- Jacques Roumain et les luttes contre l'occupation américaine
- Rationalité et politique chez Jacques Roumain
- Etre communiste haïtien en 2007.
- Approche comparative de l'oeuvre politique de Jacques Roumain : Fanon, Césaire, Léon Gontran Damas….
- Jacques Roumain et les mouvements sociaux en Amérique latine
- Jacques Roumain, penseur de la modernité
5.- Langues officielles.
Les interventions se feront dans l'une ou l'autre des quatre langues suivantes : Créole haïtien et Français principalement, Anglais ou Espagnol.
6.- Participation au Colloque International Jacques Roumain et proposition de contribution.
Les personnes désirant participer au Colloque ainsi que présenter ou animer une contribution concernant un sujet ou un thème de cette manifestation doivent envoyer un e-mail avec leurs propositions aux adresses suivantes :
colloque.jacques.roumain@ueh.edu.ht
jacques.roumain@ueh.edu.ht
Les interventions ne devront pas dépasser vingt cinq (25) minutes.
Le texte final (à présenter pour les actes du colloque) ne doit pas dépasser les vingt (20) pages. Le texte se présente en interligne simple avec la taille de police 12.
7.- Calendrier.
La date limite pour l'envoi des propositions est le 30 septembre 2007.
Toute correspondance concernant le Colloque International est à adresser à : colloque.jacques.roumain@ueh.edu.ht
Responsable : L' Université d'Etat d'Haïti en partenariat avec l'Institut Interuniversitaire de Recherche
Adresse : 21, Rue Rivière, Port-au-Prince, Haïti .
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By bana2166 on 08-17-07, 08:34 AM
news Biographie de Jacques Roumain (2003)

Biographie de Jacques Roumain (2003)
« île en île » - page d'accueil
par Léon-François Hoffmann
«Jacques Roumain réunissait en lui presque toutes les faveurs de la nature: un physique avantageux, un port élégant, un beau visage allongé au teint café au lait, un front ample et un tempérament nerveux abritant un talent bien équilibré et un esprit aux dons variés, apte aux sciences autant qu'aux lettres». (R. Piquion, Manuel de négritude, 1965, p.198)
1907
Jacques Roumain, enfant4 juin. Naissance à Port-au-Prince de Jacques Roumain, premier des onze enfants d'Auguste Roumain, grand propriétaire terrien, et d'Émilie Auguste, dont le père, Tancrède Auguste, avait occupé la présidence de la république en 1912-1913. Il appartenait donc à la meilleure aristocratie haïtienne:
«Je suis fier, en tant qu'individu et que citoyen d'Haïti, de ce qu'un de mes ancêtres, le général André Rigaud, combattit à Savannah en 1799 [sic pour 1779] pour l'indépendance de l'Amérique du Nord. Il fut l'un des huit cents hommes de couleur libres qui s'embarquèrent en Haïti sous les ordres du comte d'Estaing». (J. Roumain, Discours au YMCA, 15 novembre 1939)
famille Roumain, enfants
1915
Débarquement des marines états-uniens. Haïti est mise sous tutelle, et le restera jusqu'en 1934.
1921 ou 1922
Jacques Roumain avait commencé ses études chez les Frères, au prestigieux collège Saint-Louis de Gonzague:
«Il fut un enfant terrible à Saint-Louis de Gonzague: volontaire, aimant discuter avec le professeur, batailleur, brave jusqu'à la témérité». (L. Garoute, Instantanés, 1942, p.33)
Quittant la maison familiale du Bois-Verna, quartier aristocratique de la capitale, Jacques Roumain est envoyé en pension en Suisse
«[...] le pays le plus vulgaire qui soit et le plus artificiel: pays d'agence Cook pour touristes confortables». (J. Roumain, Mon Carnet XVIII, 1929)
À l'Institut Grünau, à Berne, puis à l'école polytechnique de Zurich (où il devient champion universitaire de boxe dans sa catégorie, et réussit à courir les 100 mètres en 11 secondes), Jacques Roumain poursuivra ses études:
«La seule chose que je fasse avec passion est la lecture de Schopenhauer, Nietzsche, Darwin et les vers de Heine et de Lenau». (J. Roumain, Lettre de pension citée par Fowler, A Knot in the Thread, 1980, p.3)
1926
Roumain quitte la Suisse pour l'Espagne, afin d'entreprendre des études d'agronomie, mais:
«En fait de zootechnie, je m'intéressais surtout aux courses de taureaux». (J. Roumain, Entre nous..., p.105)
Il abandonne les études, s'enthousiasme pour Les Bestiaires d'Henry de Montherlant, et suit des cours de tauromachie. Son poème en prose Corrida, daté Madrid, mai 1926, sera publié dans la Revue indigène de septembre 1927.
Ce sont ses frères Pierre, Jean et Raymond qui deviendront agronomes et veilleront sur les terres de la famille.
1927
Jacques RoumainRetour de Jacques Roumain en Haïti. Il a vingt ans.
«[...] il se reconnaissait enfin, [...] écoutant fondre en lui la glace amassée en Europe, disparaître de son cœur ce qu'il nommait avec amertume «le grand silence blanc» [...] Maintenant il était parmi ses frères et son peuple». (J. Roumain, «Préface à la vie d'un bureaucrate», La Proie et l'ombre, p.59)
1er juillet. Premier numéro de La Trouée. Premier numéro de La Revue indigène le même mois. Entre le 27 juillet 1927 et le 14 septembre 1929, vingt-deux poèmes de Jacques Roumain paraîtront dans ces périodiques ou dans La Presse.
«Ce qui caractérise les poèmes de jeunesse, [...] c'est, pour la forme, un certain modernisme et une maîtrise déjà remarquable du vers libre, et pour le fond, l'individualisme et le pessimisme...» (P. Laraque, «La rosée de l'espoir», Rencontre, Port-au-Prince, n° 4, 1er trim. 1993, p.21)
Décembre. Fondation du Petit Impartial, qui va attaquer le gouvernement du président Louis Borno, accusé de «collaborer» avec l'occupant.
«Y eut-il jamais dans ce pays, excepté à la belle époque de l'Épopée révolutionnaire, un plus grand épanouissement de crânerie tel qu'en montrent un Jolibois fils, un Élie Guérin, un Jacques Roumain, un Georges J. Petit?» (J. Price-Mars, Une étape..., 1929, p.87)
1928
22 février. Jacques Roumain est nommé Gérant Responsable du Petit Impartial, dont Georges J. Petit est le Directeur.
«Monsieur Roumain est un jeune dont la flamme patriotique brûle d'un feu ardent. [...] Nous lui souhaitons du succès en lui recommandant du calme et de la pondération». (Le Nouvelliste, 24 février 1928)
Comme Jacques Roumain était encore mineur, c'est sur ses parents que retombe la responsabilité légale. À partir du numéro du 7 mars, il devient donc Rédacteur en chef, et ce n'est qu'à sa majorité qu'il reprend le titre de Gérant Responsable avec le numéro du 13 juin.
Avril. Fondation de la Ligue de la Jeunesse Patriote Haïtienne sous la présidence de Jacques Roumain.
26 mai. Le Nouvelliste annonce les fiançailles de Mademoiselle Marie-Henriette Roy avec Monsieur Jacques Roumain.
13 décembre. Arrestation de Jacques Roumain, Georges Petit et Élie Guérin pour délit de presse.
«Hier à la tombée de la nuit, nos confrères Élie Guérin, G. Petit et Jacques Roumain ont été arrêtés et déposés en prison.
Pourquoi? Serait-ce pour leur campagne anticléricale ou leur campagne antigouvernementale?
Dans un et l'autre cas c'est une maladresse et une grande faute que leur arrestation». (Le Nouvelliste, 14 décembre 1928)
1929
22 janvier. Le Petit Impartial publie un article injurieux pour Louis Roy, dont la fille Marie-Henriette était fiancée à Jacques Roumain. Réélu président du très sélect Cercle Port-au-princien, Louis Roy se voit traité de traître et de «triste valet de Louis Borno». Le détenu Jacques Roumain ayant refusé de désavouer l'article de son journal, les fiançailles sont rompues.
1er avril. Ouverture du procès de Jacques Roumain et ses camarades pour délit de presse et outrages à l'adresse de M. Borno. La conduite du juge Léon Lahens ayant exaspéré l'assistance,
«le tumulte fut si formidable qu'on dut tout simplement renvoyer le jugement à une date ultérieure». (Le Nouvelliste, 2 avril 1929)
21 avril. À la suspension de l'audience, Jacques Roumain ayant, semble-t-il, cru qu'un membre des forces de l'ordre bousculait sa sœur qui voulait s'approcher de lui, se précipita à sa défense. Il reçut un coup à la tête et fut emporté tout ensanglanté.
«Quand l'audience vit couler le sang de ce jeune homme, des cris partirent de toutes parts et se répercutèrent dans la rue où des femmes des quartiers avoisinants se précipitèrent, en protestant, en criant. Ce fut une scène indescriptible de douleur, de tristesse et d'indignation». (Le Nouvelliste, 22 avril 1929)
Rapporté par toute la presse, l'incident fit un bruit considérable.
29 avril. Jacques Roumain et Georges Petit sont condamnés à un an de prison et une amende de 5.000 gourdes chacun.
19 juin. La condamnation est ramenée en appel à six mois de prison et 2.500 gourdes en tout d'amende. Les condamnés ayant déjà purgé leur peine en préventive auraient dû être libérés. Ils sont néanmoins retenus en prison, sous inculpation d'un autre délit de presse. Jacques Roumain, ayant protesté contre cette mesure, passe deux jours au cachot disciplinaire au pain et à l'eau.
1er août. Jacques Roumain et Georges Petit sont renvoyés hors de cause par le tribunal correctionnel, et libérés le lendemain.
17 août. Quinze jours après sa mise en liberté, Jacques Roumain fait paraître la première de quarante-cinq chroniques intitulées «Mon Carnet», publiées d'abord dans La Presse puis dans Le Nouvelliste. La publication est définitivement interrompue par son arrestation le 19 octobre.
19 octobre. Jacques Roumain, Victor Cauvin et Antoine Pierre-Paul sont arrêtés pour avoir enfreint la «loi sur les associations de vingt personnes ou plus», et pour avoir lancé «un appel séditieux».
Les associations de jeunes à tendances politiques foisonnent après le déclenchement de la grève des étudiants de l'école d'agronomie de Damiens le 4 novembre. Union nationale des jeunes, Ligue de la jeunesse patriote haïtienne, Collaboration patriotique des jeunes...se fédèrent et choisissent Jacques Roumain comme président d'honneur et Justin D. Sam comme président.
17 décembre. Suite à l'amnistie de tous les prisonniers politiques, Jacques Roumain est libéré.
29 décembre. Le Nouvelliste annonce le mariage de Jacques Roumain avec Nicole Hibbert, descendante d'une vénérable famille israélite de Miragoâne, et fille du romancier Fernand Hibbert. (L'oncle paternel de Nicole Hibbert avait, lors d'un séjour à Santiago de Cuba, tenu Fidel Castro sur les fonts baptismaux). La cérémonie se déroula à Pétionville, dans les salons de M. et Mme André Vieux, beau-frère et sœur de la mariée.
1930
Jacques Roumain28 février. Une commission d'enquête envoyée par le président américain Herbert Hoover débarque à Port-au-Prince. Dès le 20 février, les associations politiques et patriotiques s'étaient constituées en «Comité fédératif des Groupements patriotiques d'Haïti», convenant que dans chaque chef-lieu d'arrondissement serait choisi un délégué d'arrondissement qui se joindrait aux autres délégués. Le président devait être élu par l'assemblée des Délégués et par le Conseil d'État.
20 mars. Les trente-quatre délégués se réunirent et forment un bureau présidé par le poète Etzer Vilaire, assisté du Dr Jean Price-Mars et de Jacques Roumain, respectivement premier et deuxième secrétaires.
1er juin. Après la chute du président Borno, Jacques Roumain est nommé Chef de Division du Ministère de l'intérieur par le président par intérim Eugène Roy.
«Le pouvoir, en faisant de Roumain un fonctionnaire, veut se donner bonne figure. Roumain, qui ne se trompe pas sur ses intentions, démissionne après quelques mois». (R. Dorsinville, Jacques Roumain, 1981, p.66)
Fin août. Parution de La Proie et l'ombre:
«La Proie et l'ombre est une peinture de la misère intime de notre jeunesse meurtrie et retenue dans son évolution par une imbécillité bourgeoise alliée à des préjugés stupides. Roumain nous exhibe les bassesses de notre milieu, sa laideur». (E. Brutus, «Jacques Roumain», La Relève, Port-au-Prince,1er octobre 1933).
«Témoin, accusateur, juge, Roumain est sans pitié pour les fils de bourgeois et intellectuels de sa classe qui ne méritent que le mépris d'eux-mêmes et des autres». (P. Laraque, «La Rosée de l'espoir», Rencontre, Port-au-Prince, n° 4, 1er trim. 1993, p.22).
24 septembre. Jacques Roumain démissionne du Ministère de l'intérieur afin de pouvoir faire campagne pour la candidature de Sténio Vincent à la présidence. Son candidat est élu le 8 novembre.
Naissance de son fils Daniel.
1931
Février. Jacques Roumain est renommé à son ancien poste au Ministère de l'intérieur par le nouveau président Sténio Vincent.
Parution du recueil de nouvelles La Proie et l'ombre.
21 décembre. Le Nouvelliste annonce avoir reçu Les Fantoches:
«L'écrivain a campé, avec le sourire désabusé du philosophe, tous ces hommes ballons, véritables fantoches, esprits mutinés qui s'acharnent à se concevoir autres qu'ils ne sont dans une société inexistante». (F. Duvalier, «Les Fantoches», Médaillons (Souvenirs d'autrefois), 1968, p.166)
La Montagne ensorcelée paraît en même temps:
«Sa «Montagne ensorcelée» n'est pas seulement un échantillon de son talent d'écrivain, c'est la vision certaine d'un psychologue qui sait pénétrer de par là notre démarche habituelle le ressort caché de nos actions secrètes». (J. Price-Mars, Préface, p.13)
Rencontre avec le poète Noir américain Langston Hughes, en visite à Port-au-Prince. Les deux hommes font amitié et se reverront à Paris, puis à New York:
«Langston Hughes est le plus grand poète noir de l'Amérique et il n'est point, à mon sens, d'écrivain de sa race qui l'égale comme romancier». (J. Roumain, «Présentation de Langston Hughes», Haïti-Journal, 8 août 1931)
1932
Début de l'année. Voyage à New York et Washington en compagnie de Christian Beaulieu, pour étudier la traction animale (d'après R. Gaillard), pour prendre contact avec les communistes américains (d'après C. Fowler).
17 juillet. Jacques Roumain écrit du Dewey Square Hotel de New York à Alain Locke (Professeur à Howard University) pour le remercier de son accueil à Washington.
24 décembre. Retour en Haïti. Jacques Roumain, bien que toujours Chef de Division du Ministère de l'intérieur, est convoqué par le Procureur de la république, qui enquête sur de possibles activités subversives.
Fin décembre. Craignant d'être arrêté pour conspiration communiste, Jacques Roumain entre dans la clandestinité.
1933
2 ou 3 janvier. Pour éviter des représailles à ses parents et ses camarades, Jacques Roumain se présente à la police. Il est arrêté et écroué au Pénitencier national.
«Je suis communiste. Aucune puissance au monde ne peut m'enlever ce droit...» (J. Roumain, Lettre [à Léon Laleau], 5 janvier 1933)
9 février. Jacques Roumain et Max Hudicourt, également accusé de conspiration, font la grève de la faim pour protester contre les lenteurs de l'instruction. Ils sont libérés deux jours plus tard.
1934
Juin. La publication de l'Analyse schématique 1932-1934, à laquelle Christian Beaulieu et Étienne Charlier ont collaboré avec Jacques Roumain, marque la fondation du Parti Communiste Haïtien. Roumain, Secrétaire général du parti, siège à son Comité Central.
«Le Parti communiste haïtien appliquant son mot d'ordre: «La couleur n'est rien, la classe est tout», appelle les masses à la lutte sous sa bannière». (J. Roumain, Analyse schématique 1932-1934, p.VI)
Début août. Arrestation de Jacques Roumain.
15, 16 et 17 octobre. Jugement de Jacques Roumain devant la cour militaire ou prévôtale. On l'accuse de comploter avec l'étranger, d'en recevoir des tracts et des armes, de préparer des attentats. Il est condamné à trois ans de prison le 23 octobre.
De décembre 1934 à juin 1936. Jacques Roumain est en prison. Il y commence probablement son roman inachevé Le Champ du potier.
1935
Jacques RoumainÀ la nouvelle de la condamnation de Jacques Roumain et à l'initiative de Langston Hughes, un «Committee for the Release of Jacques Roumain» ( «Comité pour la libération de Jacques Roumain») est formé aux États-Unis:
«As a fellow writer of color, I call upon all writers and artists of whatever race who believe in the freedom of words and of the human spirit, to immediately protest to the President of Haiti and to the nearest Haitian Consulate the uncalled for and unmerited sentence to prison of Jacques Roumain, one of the few, and by far the most talented of the literary men of Haiti».
(En tant qu'écrivain de couleur moi aussi, j'appelle tous les écrivains et artistes sans distinction de race qui tiennent à la liberté de l'homme et de la parole, à protester immédiatement auprès du président d'Haïti et du consulat haïtien le plus proche contre la condamnation et l'emprisonnement injustes et immérités de Jacques Roumain, un des rares hommes de lettres d'Haïti, et de loin le plus talentueux). (L. Hughes, «Free Jacques Roumain», Dynamo, New York, mai-juin 1935, p.1)
L'appel de Hughes a également été publié en France dans plusieurs périodiques de gauche, dont Commune.
1936
8 juin. Jacques Roumain est libéré, mais reste étroitement surveillé par la police du président Sténio Vincent. Sa santé restera ébranlée des suites de sa détention: il y a contracté un paludisme dont il souffrira désormais de crises récurrentes.
15 août. Jacques Roumain quitte Haïti pour Bruxelles, où il rejoint son frère Michel et s'installe au 1, avenue de la Floride, en compagnie de Nicole et de leur fils Daniel.
«À ma libération, j'ai été placé sous la plus stricte surveillance de la police. Cette vigilance [...] signifie être réduit à l'impuissance. [...] C'est ainsi que je me suis vu forcé de prendre, avec l'assentiment du C.C. la décision de m'exiler momentanément d'Haïti». (J. Roumain, Lettre au Committee to Free Jacques Roumain, 16 août 1936)
Il semble en fait que Roumain ait tout simplement fait l'objet d'une mesure d'expulsion.
19 novembre. Le Parti Communiste Haïtien est interdit.
Entre décembre 1928 et juin 1936. Jacques Roumain aura fait quatre séjours sous les verrous, pour un total d'environ trente-deux mois.
1937
4 avril. Naissance à Bruxelles de sa fille Carine.
16 et 17 juillet. Jacques Roumain, aux côtés de ses congénères les poètes cubain Nicolas Guillén et américain Langston Hughes, assiste à Paris au Congrès des écrivains pour la défense de la culture, et y prend la parole. Une crise d'hépatite l'empêchera d'assister à celles des séances du Congrès qui se dérouleront à Madrid.
Septembre. La famille quitte la Belgique pour s'installer à Paris. Le 20 janvier, Jacques Roumain, en rapide visite à Paris, avait écrit à Nicole:
«Je regrette Bruxelles, cette ville qui ne m'est rien et qui pourtant m'est devenue chère, puisque nous y vivons, que nous essayons d'y être heureux».
1938
10 mars. Ouverture à la Préfecture de Police de Paris du dossier d'étranger de Jacques Roumain sous le numéro 943 912.
«Cependant [...] il ne subsiste dans mes services qu'une fiche de référence [...] M. Roumain été muni d'une carte d'étranger valable jusqu'au 10 juin 1938. Il demeurait alors 14, parc de Montsouris, à Paris 14e». (Lettre de la Préfecture de Police du 3 novembre 1999)
À Paris, Roumain collabore à des revues de gauche: Regards, Commune et Les Volontaires. Il s'inscrit à l'Institut d'ethnologie, et devient l'un des assistants de Paul Rivet au Musée de l'Homme.
«Sentía, me dijo en 1944, la necesidad de una preparación más amplia que lo habilitara a mejor comprender la sociedad haitiana [...]. [En París fué] alumno del Dr. Paul Rivet, de Marcel Mauss y del abate Breuil «sus viejos maestros» como decía años más tarde con cariño».
(Il me disait en 1944 avoir senti le besoin d'une préparation plus profonde, qui le mette à même de mieux comprendre la société haïtienne [...]. [À Paris, il fut] l'élève du Dr Paul Rivet, de Marcel Mauss et de l'abbé Breuil «ses vieux maîtres» comme il disait affectueusement des années plus tard). (Rémy Bastien, «Jacques Roumain», Cuadernos americanos, México, juillet-août 1954, p.247)
Mi-avril. À la demande du Quai d'Orsay, sur plainte de la légation de la République dominicaine, Jacques Roumain et Pierre Saint-Dizier, gérant de la revue Regards, sont arrêtés et inculpés d'outrages à un chef d'état étranger. Était mis en cause l'article de Roumain «La Tragédie haïtienne», paru dans le numéro du 18 novembre 1937 de la revue (c'est-à-dire cinq mois plus tôt), qui accuse de génocide le dictateur dominicain et de complicité le président Sténio Vincent. C'est la première fois qu'un journal français est poursuivi pour «outrage à chef d'état étranger».
L'audience a lieu le 5 décembre devant la 12e Chambre correctionnelle. Les écrivains Romain Rolland, Jean Cassou et Charles Vildrac et de nombreuses autres personnalités protestèrent contre les poursuites.
13 décembre. Après plusieurs ajournements, Jacques Roumain et Pierre Saint-Dizier sont jugés et condamnés à quinze jours de prison avec sursis et 300 francs d'amende.
«Quant au chef d'état outragé, c'est un nommé Léonidas y Trujillo [sic], dictateur de Saint-Domingue, ce pays où, en octobre 1937, on massacra des centaines de chômeurs venus de la république voisine (Haïti). C'est tout». (Le Canard enchaîné, 21 décembre 1938)
Raphaël Léonidas Trujillo, lui, obtient un franc symbolique de dommages intérêt.
1939
Devant les menaces de guerre, Roumain renvoie sa famille en Haïti. Après des difficultés pour trouver un passage, il finira, le 27 mai, par s'embarquer à Rouen sur un petit cargo bananier, le «Maurienne», avec deux autres passagers. Il débarque à la Guadeloupe le 8 juin, et passe tout de suite en Martinique pour attendre que ses amis lui obtiennent un visa américain, puisqu'il a été interdit de séjour par le gouvernement de Sténio Vincent. À Fort-de-France, il descend à l'hôtel Gallia, 3, rue de la Liberté.
«Fort-de-France est une ville où [...] je souffre dans une atmosphère saturée de préjugé de couleur». (Lettre à Nicole, 19 juillet 1939)
10 août. Jacques Roumain débarque à Miami et s'envole immédiatement pour New York; il y est accueilli par ses amis le Professeur L. Bradley et sa femme Francine (à qui il dédiera Bois d'ébène, le plus célèbre de ses poèmes), qui l'hébergent, d'abord dans leur maison de campagne, puis chez eux au 74 Macdougal Street, avant qu'il ne s'installe à Saint Nicholas Avenue à Harlem. Il s'inscrit à Columbia University, mais abandonne les études quelques mois après.
Nicole lui rendra visite «quelques brèves semaines» à l'automne.
15 novembre. Une réception en l'honneur de Jacques Roumain est organisée au YMCA de Harlem. Il fréquente des syndicalistes comme Lucas Prémice (lui-même d'origine haïtienne), le journaliste Ernest Tisch et retrouve son ami le poète noir américain Langston Hughes.
Sa vie matérielle est cependant difficile; il donne des leçons de français, mal rétribuées; Nicole ayant ouvert une boutique de mode à Port-au-Prince, il lui envoie régulièrement de la marchandise. Néanmoins:
«Je préfère cette dure existence au partage d'un ignoble bonheur, fait de la souffrance des autres». (Lettre à Nicole, 8 décembre 1939)
1940
13 novembre. Jacques Roumain participe à un symposium sur le thème «The Frustrated Harlem Renaissance» au Newspaper Guild Club de New York. Son intervention sera publiée, sous le titre «Is Poetry Dead?» dans New Masses en janvier 1941.
À la fin décembre 1940, soi-disant sur les conseils de son médecin, Jacques Roumain quitte les États-Unis pour La Havane.
«Je croyais que je n'aimais pas beaucoup cette ville [New York] mais je me trompais. Il y a des rues, des endroits que je n'oublierai pas». (Lettre à Nicole, 20 décembre 1940)
À La Havane, Jacques Roumain est reçu par son ami Nicolas Guillén:
«Les amis de Cuba, ainsi que bon nombre d'écrivains, d'artistes m'ont fait un accueil des plus cordial [sic]». (Lettre à Nicole, 22 janvier 1941)
1941
Mai. Élie Lescot ayant été élu à la présidence, Jacques Roumain va pouvoir retourner en Haïti. Il débarque à Port-au-Prince, après presque six ans d'exil, le 18 mai, surlendemain de la prise de pouvoir du nouveau président.
«Quand je retournerai en Haïti, je serai entouré de visages étrangers. Une génération naît et une autre a grandi depuis mon dernier emprisonnement et ces jours d'exil». (Lettre à Nicole, 21 mars 1941)
Peut-être l'autorisation de revenir au pays ne lui avait-elle été accordée qu'à la condition de s'abstenir d'activités politiques. En tout cas, c'est aux travaux scientifiques qu'il va consacrer son temps à Port-au-Prince.
17 juillet. Première rencontre avec l'anthropologue Alfred Métraux.
«Dans ma vie d'homme de science, je n'ai connu que très peu de collègues capables d'apporter à leurs recherches une passion aussi jeune et aussi forte». (A. Métraux, «Jacques Roumain, archéologue et ethnographe», Cahier d'Haïti 4 novembre 1944, p.25)
Le Nouvelliste du 23 juillet 1941 annonce une conférence de Jacques Roumain à l'Institut Haïtiano-Américain sur Le Culte de l'assotôr, avec la collaboration de Mme Fussman-Mathon.
26 juillet-6 août 1941. Voyage à l'île de la Tortue avec Alfred et Rhoda Métraux. Il procède également à des fouilles dans la région de Fort-Liberté pour retrouver des vestiges des Indiens Ciboneys.
31 octobre. Décret-loi fondant le Bureau d'Ethnologie de la République d'Haïti, sous la direction de Jacques Roumain, qui va également enseigner l'archéologie précolombienne et l'anthropologie préhistorique à l'Institut d'Ethnologie fondé par le Dr Jean Price-Mars.
«Quand je revins en Haïti, en 1944, le Bureau d'Ethnologie, fondé par Jacques Roumain, avait sauvé des flammes d'importantes collections, et entrepris diverses enquêtes sur des aspects peu connus du vaudou». (A. Métraux, Itinéraires I, 1978, p.124)
Le romancier de Gouverneurs de la rosée profitera des connaissances accumulées par l'homme de terrain:
«Mais ce n'est pas seulement la manière de l'écrivain qui, dans Gouverneurs de la rosée, est à son zénith. C'est aussi le talent de l'ethnologue qui y atteint son acmé. [...] observations ethnographiques et ses réflexions ethnologiques, dans leur substance, et sous une forme adéquate, passent dans son roman et l'enrichissent de cette matière qui en fait un admirable document sociologique». (Claude Souffrant, "Actualité de Jacques Roumain", Europe 54.569 (septembre 1976): 73).
1942
Mars. Jacques Roumain prend une part active à la lutte contre la «Campagne anti-superstitieuse» menée par le clergé catholique, avec l'appui du président Lescot. En mars il publie «Sur les superstitions», (plus tard publié en volume sous le titre À propos de la campagne anti-superstitieuse), et «Réplique au Révérend Père Foisset» suivis en juin par «Réplique finale au R. p. Foisset».
«[...] on voulut salir l'Église, le Clergé d'Haïti [...]. Cette attaque partit d'un ennemi acharné de l'Église et du Christ-Jésus, d'un homme professant ouvertement un communisme athée [...]. Il s'agit de Monsieur Jacques Roumain et de son opuscule «À propos de la campagne Anti-Superstitieuse» [qui] obtint une grande vogue et fit un mal considérable...» (C.E. Peters, La Croix contre l'asson, 1960, p.149)
24 septembre. Le Nouvelliste annonce la nomination de Jacques Roumain comme Chargé d'affaires d'Haïti à Mexico.
«Le directeur du Bureau d'Information à la Presse et Madame Raoul Rouzier ont offert hier soir, en leur résidence de l'avenue du Travail, une très belle réception en l'honneur de notre collaborateur Jacques Roumain, nommé chargé d'affaires au Mexique.
[...] Après avoir remercié M. Raoul Rouzier, Jacques Roumain rendit hommage à la politique résolument antifasciste du président Ávila Camacho». (Le Nouvelliste, 9 oct.).
Jacques Roumain avait déclaré en 1933: «Je ne serai plus jamais fonctionnaire d'aucun gouvernement» («Je ne suis pas un arriviste», Haïti-Journal, 9 novembre). Il est possible qu'il ait néanmoins été forcé d'accepter cette nomination, peut-être exil doré imposé par un pouvoir soupçonneux; ou encore Roumain a pu estimer que son devoir était de collaborer avec un gouvernement qui, quoique autoritaire, avait pris parti contre les puissances de l'Axe.
«J'ai accepté ce poste comme un grand sacrifice, un service à rendre à la cause de mon pays». (Lettre à Nicole, 29 mars 1943)
De passage à La Havane en allant rejoindre son poste, Jacques Roumain est interviewé par le quotidien Hoy. Arrivé à son poste le 28 octobre, il s'installe dans le quartier de Coyahuacán. Il participe à la fondation de l'Institut international d'études afro-américaines, et travaille à Gouverneurs de la rosée.
28 octobre. Formation de la Société haïtiano-cubaine de relations culturelles. («telle était la mission de Nicolas Guillen, collaborateur de Jacques Roumain»).
Novembre. Il installe la légation au 204 Luz Saviñon.
1943
1-2 août. Le Matin annonce le retour à Port-au-Prince de Madame Roumain mère et de son fils Michel qui, avec Nicole, s'étaient rendus à Mexico au chevet de Jacques, tombé gravement malade:
«Jacques Roumain est maintenant en pleine convalescence. Mme Jacques Roumain est restée auprès de son mari. Ils rentreront bientôt en Haïti, où Jacques Roumain achèvera de rétablir complètement sa santé».
16 août. Jacques Roumain et Nicole débarquent à Port-au-Prince:
«[...] il y passera environ un mois, pour se remettre de sa grave maladie». (Le Matin)
22-23 août. Le Matin annonce:
Nous avons eu le grand plaisir de recevoir en nos bureaux la visite de Mr. Jacques Roumain [...] qui passera un mois parmi nous [...] complètement remis de la grave maladie qui avait mis ses jours en danger et inquiété ses nombreux amis».
23 septembre. Le même journal annonce que Jacques Roumain présidera la délégation haïtienne au Congrès démographique international qui s'ouvrira à Mexico le 11 octobre.
2 octobre. Accompagné de sa femme, Jacques Roumain prend l'avion de la Panam pour regagner son poste à Mexico.
1944
7 juillet. Roumain termine et date de Mexico Gouverneurs de la rosée.
24 juillet. Roumain écrit à Guillen qu'il pense arriver à La Havane le 3 août, et y rester une journée.
6 août. Jacques Roumain et sa femme rentrent en Haïti après une brève escale à La Havane où Jacques revoit Nicolas Guillen.statue Jacques Roumain
Samedi 18 août. Mort de Jacques Roumain à dix heures du matin, par empoisonnement selon certains, de paludisme selon d'autres, ou encore d'un ulcère au duodénum ou d'anémie pernicieuse...Il est enterré sous une pluie diluvienne.
«[...] son médecin m'a affirmé que Roumain est mort d'une cirrhose du foie...» (G. Gouraige, La Technique de Jacques Roumain..., 1971, p.218)