Pour la deuxième année de son mandat, le gouvernement Préval/Alexis fait de la corruption sa priorité. À part « la chasse aux entrepreneurs corrompus », une commission multisectorielle serait mise en place bientôt pour accompagner l'État.
Suite à une importante réunion tenue le vendredi 24 août au Palais national, le président René Préval envisage de créer une commission multisectorielle (secteurs privé et public) pour accompagner l'État dans la lutte contre la corruption et les réformes envisagées. Une décision juste pour certains « vu l'ampleur de ce phénomène qui continue de gangréner l'administration publique », « inutile » pour d'autres.
Quatre ou cinq personnalités, dont les noms seront communiqués à l'Exécutif dans moins de deux semaines, représenteront le secteur privé.
Détermination du gouvernement
Saluant la décision du chef de l'État, le président de la Chambre de commerce haïtiano-américaine pense que « cette initiative est un signal clair donné par le gouvernement qui réitère sa volonté de changer les choses ». Philippe Armand a rappelé que le président Préval déclarait qu' « avant la fin de son mandat en 2011, les recettes fiscales, qui représentent actuellement 9% du produit national brut (PIB), doivent pouvoir augmenter pour atteindre les 15 % ».
Selon ce que rapporte M. Armand, un entrepreneur participant à la réunion du vendredi, a avancé que « cela fait 20 ans que nous nageons dans l'informalité. Le fait d'essayer de rentrer dans une situation formelle gêne plus d'un ». Il voulait faire remarquer au président de la République que le procédé appelé « anba tab », l'une des formes de corruption les plus répétées, ne peut être écartée d'un revers de main.
Présent au Palais national, le président de la Chambre basse, Pierre-Eric Jean-Jacques, croit que les choses vont changer. « Pour sortir du marasme dans lequel nous nous trouvons, la corruption ne doit plus être cette plaie qui ronge notre société. Le contexte exige une solution [création de la commission] de ce genre».

Aux entrepreneurs inquiets des actes posés jusqu'ici par l'Exécutif, Pierre-Eric Jean-Jacques estime qu'il n'y a aucune raison de l'être. « Tout se fait dans la transparence. Peut-être que nous n'avons pas cette coutume de respecter nos lois. Mais, je pense que c'est tout à fait normal. Si quelqu'un à peur, qu'il se rende à la Direction générale des impôts (DGI) pour se mettre en règle », conclut le député. La Chambre de Commerce et d'Industrie d'Haïti (CCIH) et les organisations patronales réclamaient depuis un certain temps des actions concrètes, visibles et mesurables. Dans une note soumise au journal il y quelques semaines, la CCIH indiquait que « le moment est venu pour que tous les points d'entrée (maritimes, aériens et terrestres) d'Haïti soient strictement et scrupuleusement contrôlés par une Administration générale des douanes (AGD) renforcée, soutenue et disposant finalement des moyens humains, logistiques et financiers qui lui sont nécessaires.

« Les représentants de l'État haïtien ont à leur disposition les outils légaux nécessaires pour éradiquer à jamais la corruption et la contrebande, ces deux fléaux qui minent notre société et détruisent toute possibilité d'établir une concurrence commerciale saine et loyale », estimait le président de la CCIH, Jean-Robert Argant.
Une commission inutile Me Fritzo Canton juge « inutile » cette commission qui aura tendance à coiffer voire boycotter les deux entités de l'État - Unité de lutte contre la corruption (ULCC) et l'Unité centrale de renseignements financiers (Ucref) -, chargées de mener constitutionnellement la lutte contre la corruption.

« On n'a pas besoin d'une commission pour lutter contre la corruption. Il incombe à l'État de prendre des décisions drastiques, de manière équitable, proportionnée et respectueuse, surtout de la dignité de l'homme. Les décisions de l'État ne doivent pas être perçues comme empreintes de partialité », a expliqué l'avocat, ajoutant que l'exemple doit venir d'en haut, à l'intérieur du Palais national et des ministères. Récemment, le président Préval se positionnait pour la restauration de l'autorité de l'État. Rappelant cette velléité dans le cadre de l'émission Pi Lwen Pi Fon sur les ondes de Vision 2000 le week-end écoulé, Me Carlos Hercule a avancé que la restauration tant souhaitée par le chef de l'État « n'est pas possible en dehors du renforcement institutionnel. Cela suppose le respect de la loi et des principes, s'agissant des décisions à prendre ».

Le gouvernement souhaite augmenter les recettes de l'État et veiller notamment à une allocation optimale de ses ressources financières. Dans le cadre de la lutte contre la corruption, au lieu de créer une quelconque commission, opinait Me Fritzo Canton, il fallait plutôt penser à l'implication et le renforcement de l'ULCC et de l'Ucref.
Notons que dans son rapport sur la gouvernance et la corruption en Haïti, basé sur des données provenant d'une enquête diagnostique effectuée auprès des ménages, de fonctionnaires du secteur public, d'Organisation non gouvernementale (ONG) et d'entreprises privées, l'ULCC a découvert qu'un grand désir de lutte contre la corruption coexistait avec une insatisfaction générale quant aux efforts entrepris pour en venir à bout. La connaissance des procédures anticorruption élémentaires était faible et la majorité de ceux qui avaient été témoins de corruption, ou en avaient souffert, avaient décidé de ne pas la dénoncer.
Source: Le Matin