Comme annoncé, le ministre de la Justice était hier au Parlement pour une session d'informations avec la commission Justice et Sécurité du Sénat sur le rapport du juge instructeur des Côteaux, Jacques Saint-Jean, incriminant le président du Sénat dans le cadre de l'affaire du bateau naufragé, le 2 septembre dans la localité de Bompart, commune de Tiburon (Sud) et qui transporterait de la drogue. Une dizaine de suspects avaient alors été arrêtés. Me René Magloire était accompagné du ministre de l'Intérieur et des Collectivités territoriales, Paul Antoine Bien-Aimé, de celui chargé des Relations avec le Parlement, Joseph Jasmin, et du Secrétaire d'État à la Sécurité publique, Luc Eucher Joseph.

Au salon diplomatique du Sénat, journalistes, parlementaires et curieux étaient présents pour assister à cette rencontre qui, somme toute, s'est déroulée sans trop grande surprise. Le président du Sénat, Joseph Lambert, s'est défendu avec force arguments, d'une quelconque implication dans cette affaire,dans laquelle le juge instructeur a, selon lui, présenté un rapport tissé de mensonges. Dans son rapport au ministère de la Justice, a rappelé le président du Sénat, le juge d'instruction des Côteaux a noté n'avoir pas « trouvé de drogue, au moment de l'opération. ».

Dans ce même rapport, citant Dieusseul Bélizaire, l'une des personnes arrêtées sur les lieux du naufrage, le juge présente le président de l'Assemblée nationale, Joseph Lambert, comme le propriétaire du bateau. Selon Dieusseul Bélizaire, en effet, le bateau serait sorti des Gonaïves pour se rendre à Jacmel, le samedi 1er septembre 2007, où il devait procéder au dédouanement de la cargaison d'un bateau, lequel bateau appartiendrait au sénateur Joseph Lambert. Dans le rapport pourtant, on lit que les titres de ce bateau sont au nom d'un certain Joseph Jean-Pierre, dont Dieuseul Bélizaire serait le garde du corps .
Au Sénat, comme au tribunal
Mardi, au salon diplomatique du Sénat, l'ambiance n'était pas sans rappeler celle d'un tribunal, sauf qu'il n'y a pas eu de débats contradictoires. Lors de la rencontre, les accusations du député de Cayes Jacmel/Marigot, Jean Délouis Félix (Lespwa) et du juge instructeur, Me Jacques Saint-Jean, ont été facilement rejetées par le sénateur Joseph Lambert. Utilisant des extraits sonores des différentes interventions que Félix et SaintJean avaient faites dans la presse, un rapport de la douane et de l'APN des Gonaïves sur le processus du dédouanement et l'autorisation de partance du bateau en question, Joseph Lambert s'était muni de tout pour se défendre.

Pour la plus forte argumentation, le sénateur Joseph Lambert a projeté une vidéographie présentant des séquences d'une séance d'audition des personnes arrêtées, contredisant complètement le rapport du juge instructeur, Jacques SaintJean. Les assistants à cette rencontre ont vu le nommé Dieusseul Bélizaire infirmé avoir déclaré que le bateau appartient au sénateur Joseph Lambert, en dépit de l'insistance du juge d'instruction des Côteaux.
Au cours de cette rencontre, le ministre de la Justice a dit avoir été étonné de recevoir le rapport du juge instructeur. Me René Magloire a rappelé à la commission Justice et Sécurité qu'il ne peut pas s'ingérer dans le judiciaire. Il a souligné, que comme ministre, il n'a pas à recevoir de rapport d'un juge instructeur. Le garde des sceaux de la République a informé avoir saisi le Conseil supérieur de la Magistrature de la question.
L'intervention du ministre de l'Intérieur devant la commission Justice du Sénat s'était bornée à la lecture du rapport d'une équipe du ministère dépêchée sur les lieux. Paul Antoine Bien-Aimé a indiqué que des riverains ont rapporté que, du 1er au 4 septembre 2007, il y a eu à Bompart à la fois l'atterrissage de deux avions, la présence de deux véhicules, et le naufrage, par coïncidence, d'un bateau.
Le président de l'Assemblée nationale, le sénateur Joseph Lambert, a exigé du député de Cayes Jacmel/Marigot des excuses publiques dans la presse, ce que le parlementaire a refusé. « Le dossier est entre les mains de la justice. À la justice de faire le suivi », a rétorqué Jean Délouis Félix. À rappeler que le père du Sénateur serait mort d'indignation à la suite des accusations portées contre son fils, Joseph Lambert, dans le cadre de cette affaire.
Source: Le Matin