Au rond-point de Gérald Bataille, l'intersection qui conduit à Delmas 33, Petite Place Cazeau, Croix-des-Missions… le blocus fait partie du décor quotidien. Des dizaines de tap-tap stationnent à la queue leu leu, dans toutes les directions, dans une véritable anarchie de laquelle automobilistes et piétons essaient de s'extraire tant bien que mal. Un véritable parcours de combattant ponctué d'insultes échangées entre chauffeurs, passagers ou piétons, sur fond d'un tonitruant concert de klaxons animé par des camions dont les tuyaux d'échappement crachent une asphyxiante fumée noire.

À même la chaussée, aux alentours du rond-point, des marchands n'hésitent pas à exposer leurs produits. Fruits et légumes, souliers usagers, friandises, « pèpè », tout s'y mêle, dans un parfait désordre, dans un parfait déni de l'hygiène. Les marchands se protègent du soleil avec de larges parasols, aux couleurs vives, accentuant ainsi le pittoresque effrayant des lieux. Les trottoirs sont aussi pris d'assaut, ce qui ne laisse plus de place à la marée de piétons qui se bousculent et pestent comme des charretiers.
« Toujours la même histoire, je me serais bien passé de cette route, mais je n'ai pas le choix. Avec l'ouverture des classes, la situation s'est compliquée », lance un automobiliste qui trouve l'occasion idéale pour dénoncer les autorités, « ces autorités qui ne font rien pour régler le problème des marchands qui prennent la place des voitures » et « ces chauffards qui ont appris à conduire au Bicentenaire et qui ne respectent rien ».
Assise devant son étal, une boisson rafraîchissante en main, une vendeuse de fruits déplore : « Les autorités ne prennent pas notre cas en considération. Nous, marchands, sommes livrés à nousmêmes». Mais, philosophet-elle, « il faut bien vivre », tout en se disant consciente des risques d'accidents auxquels elle s'expose en installant son négoce sur la chaussée.
« Je ne peux regarder mes deux enfants dans les yeux. Je suis seule, que puis-je faire d'autre », se demande sa voisine, marchande des quatre saisons.
Les véhicules qui tombent en panne - ce qui est assez courant - ne sont pas remorqués. Des mécaniciens aux blouses cireuses entreprennent sur place les réparations nécessaires. Pourtant, une voiture de police est stationnée en permanence dans les alentours. Les agents effectuent des contrôles occasionnels et pénalisent parfois les conducteurs de véhicules en mauvais état. Eux aussi, ils font partie du décor.
Source: Le Matin