Tel est le message final adressé samedi par le secrétaire d'État à l'Alphabétisation, Carol Joseph, aux participants d'une journée de réflexion organisée à l'Hôtel Le Plazza en mémoire du fondateur du Pati Louvri Baryè (PLB). Pour l'occasion, amis du défunt et membres du parti ont préféré aborder, dans la convivialité, mais avec beaucoup d'objectivité, des thèmes d'intérêt national au lieu de faire le panégyrique de « l'ami inoubliable qui a consacré plus de quarante ans de sa vie au développement du pays » et à la chose politique. Cette démarche correspond mieux, à leur avis, à l'idéal du disparu.

Hermogène Durand, secrétaire général du PLB, explique le choix des organisateurs de cette journée de travail : « Renaud était un homme simple qui s'accommodait mal des éloges tout en étant un intellectuel de haute lignée qui privilégiait la réflexion, l'analyse et les discussions sur les sujets élévés d'intérêt politique, économiste et social. Aussi, avons-nous choisi des thèmes que Renaud aborderait aujourd'hui avec l'à-propos, la ferveur et la rigueur que nous lui connaissons ».

Les premiers panélistes, Carol Joseph, Francois Pierre-Louis et Joanel Mondestin ont dressé l'historique des crises politiques et des mutations politiques en Haïti. L'économiste Georges Werleigh a approfondi le débat en présentant et en analysant les causes fondamentales du déclin national. Selon le professeur Werleigh : 1825, année du début du paiement de la dette de l'indépendance ; 1860, année de la signature du Concordat de Damien et 1915, année du début de l'occupation américaine, sont des dates charnières qui ont accentué notre chute dans l'abîme. « Depuis 1915, Haïti est un pays écartelé qui est devenu une nouvelle colonie », a-t-il conclu après analyse des derniers mouvements sociaux qui ont secoué le pays et des luttes engagées par différents acteurs politiques et économiques sur la scène nationale. De l'avis des participants, le drame ne réside surtout pas dans les crises permanentes, mais dans le fait « que des acteurs nationaux et internationaux puissants oeuvrent constamment à la perte du pays et contribuent à ce qu'il garde son statut de nouvelle colonie ».

« Changer l'État pour changer la vie », tel a été le mot d'ordre final. Cette phrase constitue, rappelons-le, le crédo du PLB. Les amis de Renaud Bernardin et ses camarades de parti ont invité, au terme de la journée, tous les patriotes fervents à se joindre à eux dans la lutte pour le changement. « Nous devons continuer à espérer, les choses doivent changer », ont repris en choeur les participants.
Source: Le Matin