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De peine et de misère, gouverner (1), (2) et (3)

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Published by TiCam- 01-20-08
news De peine et de misère, gouverner (1), (2) et (3)

 
Table of Contents
1 - De peine et de misère, gouverner (1), (2) et (3)
2 - De peine et de misère, gouverner (2)
Editorial du quotidien Le Matin par Claude Moise
La semaine politique a commencé par l'ouverture en Assemblée nationale, le lundi 14 janvier, de la première session législative de l'année 2008. Les semaines précédentes ont vu se développer une controverse sur la fin du mandat des troisièmes sénateurs élus, en avril 2006, sous l'égide du décret électoral de 2005 avec en arrière-plan les prescrits constitutionnels afférents. Pour ma part, j'avais abordé le problème dans deux éditoriaux, les 18 décembre 2007 et 4 janvier 2008, en rappelant le précédent de 1999 et en cherchant à mettre en évidence ce qui, à mon avis, constitue le casse-tête du renouvellement d'un tiers du Sénat tous les deux ans.
À la veille de la rentrée parlementaire, deux positions apparemment irréductibles, s'inspirant de leur lecture du texte constitutionnel, s'affrontèrent : d'un côté les partisans du départ immédiat des sénateurs élus pour deux ans, de l'autre les promoteurs de l'épuisement du temps électoral, soit le 8 mai 2008. Le débat avait déjà altéré le climat politique au point que l'on appréhendait une crise au sein du Sénat avec des répercussions sur les travaux parlementaires. Le problème est que si toutes les opinions sont recevables et valablement débattues personne - institution ou personnalité - n'est constitutionnellement autorisé à trancher le litige. D'où les démarches initiées par le président de la République en vue de trouver une solution politique consensuelle. Ce qui fut fait. La logique de la négociation a donc prévalu. Mais comme rien dans ce monde n'est simple, on devait s'attendre à d'autres manifestations d'intérêt inavoué. J'avoue être passé à côté des enjeux que pouvaient masquer les prises de position des uns et des autres.
Comment faire le lien entre l'entente du 12 janvier acceptant que les troisièmes sénateurs continuent d'exercer leur fonction jusqu'au vote définitif de la loi électorale et le déboulonnage du Bureau du Sénat obtenu par une majorité de sénateurs dans une atmosphère tendue? L'affrontement qui en résulte contredit les termes de la Déclaration du 12 janvier faisant état de l'esprit d'ouverture et de recherche de compromis manifestés par les signataires, sénateurs et chefs de partis représentés au Sénat. Dans la presse, on a parlé de séance houleuse, d'échanges d'invectives. Face à face deux positions encore irréductibles : d'un côté, renouvellement immédiat du Bureau, de l'autre, respect des règlements intérieurs voulant que ce renouvellement ait lieu après l'arrivée des nouveaux élus dans environ quatre mois. Une majorité s'étant dessinée en faveur du renouvellement immédiat, les honorables sénateurs ont cru bon de réviser les règlements sur le champ de manière à encadrer légalement ce déboulonnage.
Il n'est pas difficile d'imaginer que les accusations fusent de part et d'autre et qu'il se répète, dans le public, des histoires de coups fourrés, de combinaisons sordides. Tout en évitant de donner dans les « zen », je ne peux m'empêcher de m'interroger sur le sens réel des comportements et les motivations profondes des acteurs de premier plan de la gouvernance du pays. Le président Préval, qui fait du dialogue et de la recherche de compromis les garants de la gouvernabilité, donc de la stabilité politique, s'est-il félicité trop tôt des résultats de ses démarches consensuelles ? Les chefs de partis qui vont partir bientôt en campagne électorale prennent-ils toute la mesure de leur responsabilité en s'associant à cette manière de gouverner un pays sinistré ? Même si je crois à la nécessité de l'implication des acteurs sociaux, économiques et politiques dans la recherche de solution aux problèmes de notre société abîmée, même si je persiste à promouvoir le dialogue national, je ne peux pas ignorer que le gouvernement des hommes et des choses passe par la reconnaissance des intérêts avoués et inavouables et obéit à des exigences qui se situent en deçà de la solidarité sociale et de la rigueur. C'est ne pas en tenir compte qui serait irresponsable.
Le sénateur Kelly Bastien, candidat au poste de président de la Haute assemblée et assuré d'y parvenir, affirme-t-on, interrogé par Radio Métropole, a le mérite de reconnaître que le Sénat, institution politique d'envergure, doté de pouvoirs et privilèges considérables, est traversé par des courants divers et des intérêts opposés. Dans ce contexte, la présidence du grand corps constitue une position stratégique dans le jeu politique. Il est de bonne guerre que les groupes et personnalités qui la constituent se positionnent sur les enjeux à court, moyen et long termes. Enjeux électoraux et attraction du pouvoir génèrent des luttes parfois féroces. Mais, à côté des enjeux politiques partisans, il y a l'intérêt national dont les pouvoirs institués (le Sénat notamment) ne sauraient faire fi. Il y a des lois importantes à voter dans les meilleurs délais, à commencer par la loi électorale, il y a les discours et programmes électoraux à proposer. C'est à quoi doivent veiller les citoyens, le mouvement associatif et les électeurs. Les prochaines compétitions qui couvriront tout le pays devraient pouvoir nous édifier sur la capacité des uns et des autres à se définir par rapport aux grands enjeux nationaux.

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  #1  
By TiCam on 01-23-08, 01:11 PM
news De peine et de misère, gouverner (3)

Par Claude Moise
Il faut gouverner certes, et on ne peut le faire qu’avec ce que l’on a, reconnaissais-je dans mon dernier éditorial. Un gouvernement évolue au milieu de contraintes intérieures et extérieures et doit les affronter au jour le jour. C’est tout autant le cas du gouvernement central que des pouvoirs locaux et des institutions indépendantes.
Cela ne veut nullement dire regarder et laisser faire ceux qui nous gouvernent. Gouverner, c’est choisir. Choisir ses orientations, sa voie, ses politiques et ses méthodes en dépit des contraintes tout en en tenant compte. Mais c’est aussi se soucier d’expliquer sinon de persuader, de rendre des comptes. Toute fonction gestionnaire implique une part d’imputabilité. C’est précisément le laisser-aller au jour le jour, les bavardages sans objet, les projets sans issue, la couardise des uns, l’arrogance des autres qui donnent la mesure de l’irresponsabilité vis-à-vis des attentes des citoyens.
Des exemples ne manquent pas. Du lieu où je suis, point n’est besoin de faire le tour du pays pour avoir une idée de l’ampleur de la mal-gouvernance, au niveau des ministères aussi bien que des municipalités. Les trous, par-ci, les casse-cou, casse-gueule par-là. Le chroniqueur itinérant de Radio Métropole, John Chéry, passe son temps, tous les jours, à informer de l’état des rues de la région métropolitaine. Aucune mesure de protection, aucune signalisation des dangers à l’attention des piétons et des automobilistes. Le citoyen Maurice Depestre, dont la voiture a chuté dans un trou de l’avenue Panaméricaine, à proximité du « Ti Saint Pierre », le 6 janvier dernier, a du mal à se relever des commotions subies à la colonne vertébrale. Quels sont les services responsables? La mairie? Le ministère des Travaux publics?
Ce ministère n’arrête pas de faire des siennes. Voilà plus d’un mois qu’il entreprend des travaux à la rue Goulard, cassant l’entrée du parking du local de notre journal, entreposant, quasiment à l’entrée de la Clinique maternité de Pétion-Ville , des matériaux qui ne laissent qu’un sentier de passage pour une voiture au coin de la rue Geffrard. Depuis cette date, le 17 décembre, rien. On a beau pester, le directeur général que nous avons contacté a beau promettre que les travaux vont être repris. Rien.
Ah!, cela me rappelle le cas du dalot, appelé le pont de Nérette, qui relie ce quartier à Pétion-Ville. Quelle honte! Après de nombreuses années de détérioration, le danger d’effondrement dans la ravine était devenu évident jusqu’au jour où, de guerre lasse, les responsables de l’ambassade de Chine Taïwan, dont le local se situe sur cette route, ont décidé de procéder, l’année dernière, à des réparations avec, bien en vue, un panneau d’affichage indiquant le réalisateur des travaux. Vite fait et bien fait. On se souvient du pont de Grand-Goâve effondré en 2004. Je ne sais pas après combien de tergiversations on a fini par confier à une compagnie taïwanaise la reconstruction de cet ouvrage qui facilite la circulation des véhicules entre les quatre départements du grand Sud et la capitale. Vite fait, bien fait.
On ne va pas nous raconter des histoires de contrainte de marché public ni nous endormir avec des théories fumeuses et des discours lénifiants. L’État a des responsabilités, il lui faut les prendre. C’est aux gestionnaires de trouver les moyens de fournir à la population les services dont elle a besoin, dans les meilleures conditions possibles de temps et de qualité. L’art de gouverner, c’est donc savoir prendre des risques par rapport aux contraintes. Comment expliquer aux citoyens du Cap-Haïtien que l’Hôpital Justinien est paralysé quelquefois faute de moyens à la portée des administrateurs obligés de toujours référer à Port-au-Prince pour que le ministère de la Santé débloque des fonds nécessaires au fonctionnement de l’institution? Comme quoi, on ne peut pas établir un système de contrôle a posteriori des dépenses courantes.
Le 15 décembre 2007, nous avons eu droit au grand déploiement de la municipalité de Pétion-Ville : mairesses, inspecteur de police et syndicats de chauffeurs au premier plan pour informer des nouvelles dispositions de réglementation du trafic routier dans la commune. Un reportage de l'un de nos journalistes (texte et photo) en page 3 se passe de commentaires. Nous aurions encore bien des histoires à raconter au sujet d’initiatives d’autres municipalités, comme celle des Gonaïves par exemple vers où déferlent des projets de réhabilitation. Bon, on verra.
La gouvernance locale est d’autant plus sensible qu’elle est de proximité. Et pourtant nos maires prennent le large et donnent à fond dans ce que l’on appelle maintenant la coopération décentralisée. Les jumelages qui se multiplient, le récent Congrès mondial des maires (appellation abusive) sur la côte des Arcadins, puis, en décembre dernier, le protocole d’accord ente les villes de Montréal et de Port-au-Prince (lire ci-contre), tout cela est bien exaltant, comme les feux d’artifice. Mais ces initiatives, quelque prometteuses et gratifiantes soient-elles, ne pourront jamais occulter l’exigence d’une gestion au jour le jour réussie. C’est par là que les citoyens se rendront d’abord compte du sens des responsabilités et du sérieux de ceux qui nous gouvernent.
Source: Le matin
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