Anse-à-Galets, l'une des deux communes de l'île de La Gonâve, est à nouveau électrifiée 12 ans après. Un premier pas vers la prise en charge de cet arrondissement du département de l'Ouest, traité depuis toujours en parent pauvre.
Les maisons ainsi que les rues poussiéreuses et défoncées de Anse-à-Galets sont éclairées depuis le week-end écoulé. Les neuf millions de gourdes décaissées par l'Electricité d'Haïti ont permis de faire fonctionner le moteur de 500 kw offert à la commune, il y a sept ans, sous l'ancienne administration de Jacques-Edouard Alexis. La joie et la satisfaction se lisaient sur le visage du député de La Gonâve, Fleuriné Elou Saint-Louis, du maire de Anse-à-Galets Joseph Constant, des notables et des centaines de personnes ayant participé à l'inauguration du réseau électrique en présence du chef du gouvernement et du directeur général de l'ED'H.
« Les enfants âgés de douze ans vont pour la première fois voir le courant électrique », a dit le maire Constant avant de féliciter les responsables de l'ED'H pour avoir aidé les Gonaviens à concrétiser un rêve. Il a, par ailleurs, invité les autorités à étendre le projet à toutes les sections communales de La Gonâve.
Pour sa part, le député Elou Fleuriné Saint-Louis a salué le dévouement du directeur de l'Electricité d'Haïti, Serge Raphaël, qui a permis l'exécution du projet dans un délai raisonnable. « Le directeur était toujours disposé à me recevoir et à répondre à mes appels téléphoniques, a dit le député en remettant au nom de la population une plaque d'honneur au directeur Raphaël et au Premier ministre Alexis. Nous remercions ces autorités qui, par leur dynamisme, ont permis à La Gonâve de faire un pas vers le développement. »

« Vous avez tous la responsabilité de travailler pour ne pas laisser La Gonâve replonger dans le noir, a recommandé le directeur de l'ED'H, Serge Raphaël, faisant allusion à la longue période que les gonaviens viennent de vivre sans électricité. Assurez-vous que le carburant et le matériel seront bien utilisés. » Le vol du courant étant l'un des obstacles au bon fonctionnement de l'ED'H, M. Raphaël a invité la population gonavienne à se démarquer de cette mauvaise pratique. « Tout le monde doit payer le courant consommé », a-t-il lancé en promettant d'agrandir le réseau au profit de toute la population.
Il n'y a pas que l'électricité...
Parallèlement, un forum de deux jours axé sur le thème « Quel avenir pour La Gonâve ? » a été organisé au cours du week-end à Anse-à-Galets par le bureau du député Fleuriné Elou Saint-Louis. Les autorités locales, des parlementaires, des hommes d'affaires de la diaspora et des centaines de gonaviens y ont pris part. Ils ont également profité du passage du chef du gouvernement pour lui présenter leurs revendications.
L'adoquinage de la ville est une nécessité qui saute aux yeux. Le maire Constant l'a bien expliqué au Premier ministre. « En période de sécheresse comme aujourd'hui, la population doit affronter la poussière tandis que, en saison pluvieuse, elle doit jouer à la marelle, a-t-il ajouté sous un tonnerre d'applaudissements. Nous sommes prêts à nous contenter de 11 km de route adoquinée, soit sept à Anse-à-Galets et quatre à Pointe-à-Raquettes. »
Pas de soin de santé et comme un désert...
Les infrastructures sanitaires constituent une autre priorité pour les gonaviens. Il n'existe aucun centre hospitalier digne de ce nom sur l'île. « A Pointe-à-Raquettes, on ne recense qu'un centre de santé avec un médecin haïtien et deux médecins cubains », a affirmé le maire Mikélange Paul. Cependant, le manque criant de matériel handicape leur travail. Un autre centre de santé à vocation hospitalière implanté à Anse-à-Galets par des religieux n'est pas mieux équipé.
Le secteur éducatif est sans doute le mieux représenté à La Gonâve. Près d'une quinzaine d'écoles nationales, quatre lycées et plusieurs écoles privées desservent la population. Cependant, avoir un centre professionnel public et une université font partie des rêves des 49 mille habitants de La Gonâve.
Les activités économiques tournent au ralenti dans les deux communes de La Gonâve. Pour survivre, les gens pratiquent l'agriculture, la pêche et l'élevage. La coupe des arbres est très répandue. « Beaucoup de régions de La Gonâve sont aujourd'hui transformées en désert », se désole le premier citoyen de Pointe-à-Raquettes.
En dépit de tout, les visiteurs qui se rendent sur l'île peuvent trouver quelque chose à contempler. « La région dispose de belles plages, de magnifiques grottes, beaucoup de cocotiers, de multiples flamants roses, s'enorgueillit Paul Mikélange. C'est une véritable destination touristique. »
Les gonaviens regardent l'avenir en face
Transformer La Gonâve en une zone économique spéciale (ZES) est un projet cher aux Gonaviens. Des hommes d'affaires de la diaspora haïtienne aux États-Unis réunis au sein de Gonave Development Corporation (GDC) se disent prêts à investir dans la zone sur trente ans quelque cinq milliards de dollars américains.
Pour commencer avec les opérations, la GDC ne réclame qu'une chose: l'adoption d'une loi par le Parlement sur la Zone économique spéciale. Le député de La Gonave annonce pour bientôt le dépôt au Parlement du projet de loi relatif au projet de la GDC. Un autre projet de loi visant à faire de La Gonave le 11e département du pays sera aussi soumis aux parlementaires.
Les démarches pour transformer La Gonâve en un important pôle économique vont bon train. Selon des informations fournies récemment lors d'un débat en Floride, ses prometteurs avaient indiqué qu'une quinzaine de compagnies évoluant dans des secteurs économiques prennent déjà l'engagement formel d'aller s'établir à La Gonâve. Un accord de principe est déjà signé entre la GDC et l'administration Préval/Alexis.
Le Premier ministre Jacques-Edouard Alexis applaudit le projet des Haïtiens de la diaspora. A ce sujet, il dit déjà discuter avec plusieurs groupes d'investisseurs. « Nous devons annoncer bientôt une décision devant permettre le démarrage des projets », a-t-il promis.
Transformer la Gonâve en une zone économique spéciale et en département géographique sont deux projets chers aux Gonaviens. Et ils ont de quoi rêver.
Source: Le Nouvelliste