Le mardi 25 mars 2008
Haïti : l'enfance malmenée
Nombre d'étrangers profitent de la faiblesse du système de justice haïtien pour commettre des crimes sexuels sur des mineurs sans être inquiétés. À l'heure actuelle, au moins trois «Blancs» sont recherchés, deux Américains et un Suisse, selon l'Institut du bien-être social, responsable de la surveillance des centres d'accueil.
«Ils vont dans un orphelinat, commettent leurs gestes et, avant que la police arrive, ils se sauvent pour recommencer ailleurs», résume Gabrielle Beaudin, directrice de l'IBESR.
Même quand ils sont pris, les étrangers réussissent souvent à s'en tirer. Arrêté pour avoir abusé des enfants, un Suisse a été blanchi avant d'être expulsé du pays où il a été déclaré persona non grata. Cela ne l'a pas empêché de revenir et de sévir de nouveau, au grand désarroi de Mme Beaudin, qui a lancé un nouvel avis de recherche.
«Ici, on a deux problèmes : la corruption, mais aussi le manque de moyens. Quand il y a un meurtre, les policiers peuvent seulement regarder le corps, ils ne peuvent pas faire d'examen médical», témoigne le journaliste Georges Valince, chef des nouvelles à Radio Macaya, aux Cayes. «Les enquêtes approfondies, il y en a très peu. Parfois, si un cas va au bout, c'est grâce à la présence de la UNPOL (police des Nations unies).»
Aussi, faut-il préciser, les viols sont rarement rapportés. Les parents préfèrent souvent s'arranger avec les «bandits», comme on surnomme les pédophiles. «Quand il y a entente avec la famille, il n'y a pas de plainte», confirme Bélas Jean Bénissel, responsable d'un groupe de défense des droits humains. «Ça peut coûter 30 000 gourdes (800 $). C'est bien peu pour une vie brisée», juge l'homme qui préférerait voir les criminels payer plus d'un million de gourdes (25 000 $).
Sombre ironie, le palais de justice de Camp-Perrin affiche fièrement son slogan à l'entrée : «Un compromis pour un nouveau départ.» Les juges de paix aimeraient bien que davantage s'en inspirent. Débordés de travail, ils ne peuvent pas enquêter lorsqu'ils ont vent de crimes sérieux. «On ne peut pas laisser le tribunal comme ça pour aller enquêter», déplore un juge de paix Osnel Louijeune Junior. Pendant l'entrevue qu'il accorde au Soleil, des dizaines de personnes patientent dans son bureau pour porter plainte.
Malgré les lacunes du système haïtien, Georges Valince se sent néanmoins rassuré de voir le Canada arrêter ses ressortissants qui commettent des crimes à Haïti. «On se sent fier de la justice, même si ce pas la nôtre.»