Le président de la République, René Préval, a officiellement désigné ce lundi Ericq Pierre pour former et conduire le prochain gouvernement, seize jours après le vote de censure infligé à Jacques-Edouard Alexis par les 16 sénateurs interpellateurs.
Le chef de l'Etat s'est adressé par lettre aux deux présidents du Corps législatif conformément à la procédure.

Intervenant dans la presse aujourd'hui, le président du Sénat, Kelly C. Bastien, informe qu'une commission spéciale sera formée demain mardi en séance plénière afin de vérifier l'éligibilité de Ericq Pierre comme Premier ministre, selon les termes de l'article 157 de la Constitution. Cette commission, une fois formée, devra écrire au Premier ministre désigné pour qu'il vienne déposer ses pièces au bureau des membres de la commission. Ces pièces sont, entre autres, son acte de naissance ou un extrait des archives, l'acte de naissance ou un extrait des archives de son grand-père ou de sa grand-mère ou toute autre pièce capable de prouver l'identité haïtienne de l'un de ses grands-parents, deux photos d'identité de date récente, son passeport, un certificat de domicile et de résidence, un acte de propriété. Le 28 juillet 1997, René Préval l'avait choisi déjà comme Premier ministre après la démission de Rosny Smarth. Il avait été évincé par la Chambre des députés le 26 août 1997 parce qu'il ne pouvait pas présenter à cette époque une pièce d'identité de l'un de ses grands-parents d'ascendance haïtienne.

La semaine dernière, des voix se sont élevées pour demander au Président de la République d'accélérer les démarches devant aboutir à la nomination d'un Premier ministre. Les personnalités étrangères qui ont visité le pays pendant ces dix derniers jours n'avaient qu'un but : celui de faire croire à René Préval qu'il y a célérité dans l'urgence pour doter le pays d'un nouveau gouvernement. Ne voulant pas rééditer l'expérience du passé, le chef de l'Etat a rencontré en plusieurs occasions les partis politiques membres du gouvernement démissionnaire pluriel de Jacques-Edouard Alexis. Il s'agissait pour le président René Préval de trouver un accord avec les partis politiques membres du futur gouvernement de coalition nationale sur le DSNCRP (Document de Stratégie nationale pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté). Ce document, ajouté aux décisions à adopter sur les questions de sécurité, de justice, de production nationale et autres, servira de guide au nouveau Premier ministre dans la préparation de sa déclaration de politique générale. Il est question également de dégager une majorité dans les deux Chambres afin de soutenir le nouveau gouvernement dans ses démarches constitutionnelles. Et c'est au fil des discussions sur la représentativité de chaque parti au Parlement que le chef de l'Etat a pu se rendre à l'évidence que le nombre de parlementaires élus sous la bannière d'un parti politique n'implique pas réellement l'autorité du parti sur ses élus, à part quelques rares exceptions. Et le scandale a éclaté au sein de la Fusion des Sociaux-démocrates. Des députés membres de cette plate-forme ont préféré intégrer la CPP(Concertation des parlementaires progressistes) au détriment de leur parti politique. Il en est de même pour beaucoup d'autres partis politiques membres du gouvernement démissionnaire de Jacques-Edouard Alexis. René Préval a bien appris les leçons de cette conjoncture surprenante.

Et c'est sans doute pourquoi il a pris du temps avant de soumettre le choix de Ericq Pierre à la ratification des deux Chambres, après avoir négocié sans nul doute avec ce groupe majoritaire à la Chambre des députés.
M. Ericq Pierre est un fonctionnaire international de carrière qui a notamment travaillé comme représentant du gouvernement haïtien au Conseil d'administration de la Banque Interaméricaine de Développement (BID) à Washington depuis 1996.
M. Pierre avait alors pour tâche d'assurer le suivi des relations entre Haïti et cette institution, d'informer les autorités haïtiennes de toute décision susceptible d'avoir impact sur ces relations et participer aux négociations pour de nouvelles opérations de prêt et d'assistance technique.
Né le 11 novembre 1944 à Jérémie, M. Pierre a fait ses études primaires et secondaires respectivement à l'école des frères de l'Instruction Chrétienne de Jérémie, au lycée Nord Alexis et au lycée Alexandre Pétion de Port-au-Prince. Après avoir reçu une formation universitaire à la Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire (1967-1971), M. Pierre a suivi des cours notamment dans des Universités françaises et américaines, dans les domaines de l'économie et de gestion.
De 1977 à 1979, il a fait des études sur la commercialisation des produits agricoles et sur la gestion des entreprises industrielles, sur la gestion de la production et sur la création d'entreprises en milieu rural, respectivement à San Juan de Porto-Rico, à New York et à l'Ecole Internationale de Bordeaux (France).
Il a suivi également des séminaires à l'étranger de 1983 à 1995 sur des programmes de lutte contre la faim dans le monde, sur l'identification, la préparation, l'évaluation technique et économique des projets de développement, sur le financement du secteur privé, etc.
Il a occupé diverses fonctions: à la BID comme assistant des directeurs exécutifs pour Haïti, Honduras, Costa-Rica, Nicaragua (1991-1995); à l'ambassade américaine à Port-au-Prince (1976-1979), comme assistant du conseiller économique de l'attaché commercial et de l'attaché agricole, et comme superviseur à l'Institut du Café et de produits d'exportation (1975-1976).
Il a été de 1981 à 1982 membre du groupe technique sous-régional formé par la CARICOM pour faire des recommandations dans le cadre du programme de l'Initiative du bassin Caraïbe du président Ronald Reagan.
Il a été directeur de 1971 à 1973 du projet « Ferme pour l'animation du développement agricole coopératif», au Petit-Bourg de Borgne (nord d'Haïti) et a occupé le poste de surintendant des champs de l'usine de transformation du Sisal à la Plantation Dauphin de 1973 à 1975 (nord-est).
Source: Le Nouvelliste