Une hypothèse du professeur américain Michael Worobey laisse croire que les Haïtiens seraient à l'origine de la propagation du vih/sida aux Etats-Unis. Dans les années 80, on a répondu par des manifestations publiques. Aujourd'hui, pour anéantir tout doute, la réponse à Worobey doit être scientifique. Un task force s'est justement mobilisé en vue de réaliser une étude phylogénétique.
Suite à une rencontre de la délégation haïtienne le 1er mai aux Etats-Unis avec des experts américains et canadiens autour de l'article du professeur Michael Worobey paru dans un journal scientifique américain le 29 octobre 2007 et accusant les Haïtiens d'être à l'origine de la propagation du virus du sida aux Etats-Unis au début des années 1980, une équipe spéciale (task force) a été constituée afin de faire la lumière sur la question. Le ministère de la Santé publique a fait savoir, dans un point de presse donné lundi, qu'une réponse scientifique sera bientôt apportée à l'hypothèse du professeur Worobey.
La démarche du task force, selon le ministre de la Santé publique, le Dr Robert Auguste, vise à mobiliser des experts pour réaliser une étude phylogénétique approfondie.
La réponse doit être scientifique
« C'est la première fois que l'Etat haïtien donnera une réponse scientifique dénuée d'émotion à un problème crucial relevant de l'intérêt national », a déclaré le Dr Robert Auguste. Il a rappelé que l'épithète de quatre H (Hémophile, Homosexuel, Herpès, Haïtien) attribuée aux Haïtiens au début des années 80 avait provoqué un grand émoi. Des manifestations de protestation avaient eu lieu dans la communauté haïtienne aux Etats-Unis. Aujourd'hui, les mêmes accusations reviennent sous une couverture scientifique. Face à cette accusation basée sur le travail d'un scientifique, « il nous faut une réponse scientifique », affirme-t-il.
Le Dr Robert Auguste a expliqué que l'étude visant à explorer d'autres pistes de recherche en vue de mettre en doute ou de confirmer le travail du Dr Worobey va coûter entre 127 000 à 150 000 dollars américains. Il a précisé que Cornell University a déjà avancé une partie de ce montant affecté à ces recherches.
Les démarches sont en cours pour la mobilisation des autres ressources financières nécessaires auprès d'institutions publiques et privées.
Le ministre a signalé que les études, qui dureront environ un an, débuteront le 1er juin 2008 pour prendre fin probablement en mai 2009.
Le directeur exécutif des Centres GHESKIO, le Dr William Pape, a pour sa part jugé que « cette accusation est très grave » puisque ce n'est pas évident qu'un immigrant haïtien soit à l'origine de la propagation du vih, virus de l'immunodéficience acquise qui conduit à la maladie du sida. Le Dr Pape affirme que le professeur Worobey s'est basé sur des Haïtiens vivant à Miami pour conduire son étude qui, croit-il, « présente des biais ».
Le Dr Pape a souligné que, dans un article paru, il y a un mois, dans le journal américain Proceedings of the National Academy of Sciences (Annales de l'académie nationale américaine des sciences), une réponse a été donnée à Worobey. « Nous avons apporté des arguments épidémiologiques et cliniques », a-t-il dit. Cependant, relativise-t-il, « à partir du moment que nous n'avons pas trouvé d'autres empreintes du virus, l'argument de Worobey tiendra toujours ».
L'étude phylogénétique engagée arrivera-t-elle à étayer les recherches scientifiques de Worobey qui fait remonter la parenté du spécimen aux Haïtiens ou conduira-t-elle sur d'autres pistes ? Chose certaine, cette salutaire remise en question par le task force vient mettre un doute dans la certitude scientifique bien pensante du professeur Worobey. Comme dit le sage, la seule certitude, c'est qu'il n'existe pas de certitude.
Composition de la délégation :
Le Dr Gabriel Thimothé, directeur du Ministère de la Santé publique
Dr Jean William Pape, directeur exécutif de GHESKIO
Dr Claude Suréna, directeur exécutif de l'AMH
Dr Eric Jérôme, AMHE
Dr Roger Duvivier, AMHE
Experts:
Dr Jean Carr, université du Maryland
Dr Marc Wainberg, université Mc Gill
Dr Robert Dessale, musée d'Histoire naturelle de New York
Dr James Goedert, NIH
Dr Warren Johnson, Cornell University
Dr Serena Koenig, Harvard University
Dr Dan Fritzgerald, Cornell University
Institutions ayant aidé à retrouver les specimens : GHESKIO NIH, Cornell, Mc Gill University, CDC
Source: Le Nouvelliste