Le président de la République, René Préval, déclare avoir décidé de laisser plus souvent le confort du Palais présidentiel pour se rendre sur le terrain dans les zones rurales en vue de rencontrer les paysans et autres opérateurs agricoles dans le cadre des efforts de l'exécutif visant à donner un second souffle à la production de denrées alimentaires, quelques semaines après les émeutes de la faim ayant fait au moins 6 morts en Haiti.
En effet, le président Préval - accompagné du président du Sénat, le Dr Kelly C. Bastien - s'est rendu à Port-Margot, dans le département du Nord, où s'étaient réunis des centaines de paysans venus des 10 départements géographiques du pays, à l'initiative de l'organisation paysanne, KOZEPEP basée dans l'Artibonite et coordonnée par le leader paysan Charles Suffrard.
A l'ordre du jour, un seul point : la production nationale et plus particulièrement la production agricole.
Le Chef de l'Etat a expliqué qu'au cours de la première partie de son mandat, il a dû prioriser le rétablissement de la sécurité et de la stabilité et qu'il entendait consacrer le reste de son mandat à la relance de la production agricole, à la construction de routes et à l'électrification, notamment dans les zones de production.
"J'ai décidé d'investir le terrain au cours de la seconde moitié de mon mandat en vue d'écouter vos revendications et de voir avec vous comment vous encadrer et vous assister afin que vous puissiez produire plus et dans de meilleures conditions", a déclaré le président Préval devant une assistance déjà acquise à sa cause.
M. Préval et le Secrétaire d'Etat à l'Agriculture, Joanas Gué, ont annoncé un arrivage d'ici à la semaine prochaine d'une cargaison de 65,000 sacs d'engrais et de 50 tracteurs d'un lot de 400 commandés par l'Etat Haitien pour être distribués aux agriculteurs. Des démarches sont en cours avec des partenaires étrangers pour faire acquisition de quelque 40,000 tonnes d'engrais et d'autres produits dérivés pour alimenter le marché, selon le Secrétaire d'Etat Joanas Gué.
Haiti importe près de 400,000 tonnes de riz par an pour près de 300 millions de dollars US et en produit quelque 90,000 tonnes, selon les statistiques rendues publiques par les autorités haitiennes, tandis qu'il y a quelques décennies le pays avait atteint un certain niveau d'autosuffisance en denrées alimentaires, rapporte-t-on.
Les prix de l'engrais seront subventionnés à plus de 50%, un service de crédit agricole sera mis à la disposition des cultivateurs, des équipements et outils seront distribués et des opportunités de commercialisation seront également offertes aux paysans producteurs, selon le président Préval."C'est à vous de dire ce que vous voulez et nous sommes là pour vous accompagner", a-t-il indiqué
Le président Préval a sollicité l'aide du Parlement dans le cadre de ses efforts visant la relance de la production agricole. "Sans le Parlement, nous ne pouvons réussir, car c'est lui qui vote le budget", a souligné M. Préval qui s'est félicité de la présence du président du Sénat à ses côtés dans ce coin encore vert du département du Nord.
Le Sénateur Kelly Bastien a promis d'user de son influence pour convaincre les parlementaires à tenir compte de cette priorité qu'est la production agricole.
"Je prends l'engagement de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que le Parlement octroie les moyens nécessaires pour financer ces efforts de relance de la production", a assuré le président du Sénat.
"Un peuple ne peut pas être souverain et indépendant quand son ventre dépend de l'étranger", a fait remarquer M. Bastien appelant du même coup les paysans à attirer l'attention des parlementaires qui les représentent sur la nécessité d'allouer les ressources financières nécessaires à l'augmentation de la production des produits alimentaires.
Le président Préval a appelé le Parlement à soutenir la réalisation de ce qu'il qualifie de "grands projets" comme ceux de jeter des barrages sur certaines rivières à haut débit de la région du Nord et de l'Artibonite en vue de produire de l'énergie hydro-électrique pour faire marcher les pompes d'irrigation et autres machineries utilisées dans la chaine de la production agricole. Il a pris l'exemple du barrage de Péligre érigé sous le gouvernement d'Estimé et achevé sous Magloire.
Le leader paysan Charles Suffrard a, pour sa part, présenté le secteur paysan comme le plus grand secteur privé du pays et a, par conséquent, demandé que ce statut lui soit reconnu.
Source: Le Nouvelliste