Pour corriger les faiblesses institutionnelles et éviter que le pays essuie d'autres échecs sociopolitiques, Marie-Laurence Jocelyn Lassègue prône, au cours d'une conférence de presse donnée ce mardi, une harmonisation systématique des diverses instances de l'appareil d'Etat.
« Si le gouvernement pluriel de Jacques-Edouard Alexis n'a pas su répondre aux besoins urgents de la population, c'est parce qu'il a eu très peu de marge de manoeuvre : coincé entre un Parlement fort de ses prérogatives constitutionnelles et un président imbu de sa légitimité électorale.» C'est la conclusion que tire la ministre sortante à la Condition féminine et aux Droits de la femme, Marie-Laurence Jocelyn Lassègue, de ses deux années passées au sein du gouvernement censuré le 12 avril dernier.
D'après Mme Lassègue, René Préval n'a encouragé aucun changement « qui aurait fragilisé la stabilité politique essentielle au développement économique et au renforcement de la sécurité dans le pays.»
L'échec du gouvernement, soutient Mme Lassègue, doit être attribué non à l'incapacité du Premier ministre Alexis, mais à l'absence de mécanisme favorisant la collaboration systématique des diverses instances de l'appareil d'Etat. « Desservi par une faiblesse institutionnelle généralisée, le Premier ministre s'est fort souvent retrouvé dans des situations difficiles, voire inextricables », a-t-elle révélé avant de prôner une autre gouvernance politique en Haïti.
« Un gouvernement doit être une équipe solidairement responsable des décisions prises collectivement. Or, constate-t-elle, les faits nous ont souvent montré le contraire. »
La ministre fustige le comportement des responsables des partis politiques qui n'ont rien fait pour éviter la débâcle du 12 avril au Sénat de la République. « Les partis politiques auraient pu, eux-mêmes, faire au chef de l'Etat et au chef du gouvernement des propositions concrètes de réorientation stratégique, de remaniement des personnels », déplore-t-elle. Pour éviter que cet épisode ne se répète, Marie-Laurence Jocelyn Lassègue invite le prochain Premier ministre à implémenter son action politique avec le soutien déclaré et réel du chef de l'Etat dans le libre respect des prérogatives constitutionnelles de l'un et de l'autre.

A la question des journalistes lui demandant si elle serait prête à intégrer la nouvelle équipe gouvernementale, Mme Lassègue a dit n'être pas « forcément » intéressée. « Je ne suis pas obligée d'être dans les sphères du pouvoir pour être utile à mon pays », a-t-elle répondu d'un ton serein voilant à peine sa déception. « Ce fut un honneur de pouvoir contribuer à la conduite des affaires de mon pays, dans une phase particulièrement délicate », a t-elle clamé avant de remercier le président de la République et le Chef du gouvernement, Jacques Edouard Alexis, pour la confiance placée en elle pendant ces deux années.
Source: Le Nouvelliste