29 personnes ont été emportées par les eaux en furie, à Cabaret, en octobre 2007. A Garichée,les habitants vivant près de la mer sont toujours hantés par le spectre de nouvelles catastrophes alors qu'arrive la saison pluvieuse.
A Garichée, une petite localité de Cabaret en bordure de la mer, on ne dort que d'un oeil quand les nuages s'amoncellent à l'horizon. Le traumatisme provoqué par l'inondation catastrophique du 10 octobre 2007 hante encore les esprits. « C'est comme si on nous avait balancé une bombe atomique », explique Ferdinand Guillaume, un septuagénaire, en parcourant un dédale de maisonnettes encore endommagées après le passage des eaux en furie ayant causé la mort de 29 personnes dans cette commune située au nord de Port-au-Prince.

« Depuis la catastrophe, ajoute-t-il, nous avons tout perdu. Les promesses d'aide et de relocalisation des sinistrés sont restées lettre morte», poursuit le vieil homme qui a encore toute sa vigueur. Malgré ses critiques cinglantes à l'égard des responsables de l'Etat qui n'ont eu cure des victimes de ces intempéries, Ferdinand adresse des remerciements à Oxfam GB. Une ONG qui, selon lui, a distribué des plants et des cabris à Garichée afin d'aider les gens à sortir du dénuement total.

Alors que la saison des pluies approche - certains disent même qu'elle est arrivée depuis trois semaines, tant la météo est capricieuse -, le vieux griot aux yeux noirs appelle au curage immédiat de la rivière Béthel, responsable en grande partie des dommages subis en octobre dernier. Selon Ferdinand Guillaume, les alluvions accumulées dans le lit de la rivière provoquent des inondations à la moindre averse. En haut, des « diaspora » se sont cotisés pour louer un tracteur afin de curer la rivière ; et nous, en bas, on n'a pas d'argent, se plaint-il sous les yeux de «Nan ranyon », une mère de quatre enfants qui, elle aussi, avait tout perdu.
La croisade du maire
« Je multiplie les démarches afin de porter l 'Exécutif à tenir ses promesses. En ce qui concerne les 10 hectares de terre offerts pour construire des logis en vue de la relocalisation des gens vivant dans des zones à risque, j'ai pratiquement été roulé. »
Le ministère des Finances n'a toujours pas donné l'ordre à la DGI de réaliser l'arpentage, une formalité pourtant indispensable au lancement des travaux, se plaint le maire de Cabaret, Thomas Joseph Wills. Dans l'ancien Duvalier-Ville, on a ainsi dénombré 29 morts, 1 285 sinistrés, 985 personnes hébergées, 574 maisons détruites et 711 maisons endommagées le 10 octobre 2007», poursuit-il , soulignant la nécessité pour que les promesses soient tenues.
Par ailleurs, le premier citoyen de Cabaret se dit satisfait du début des travaux de curage de certains canaux d'évacuation obstrués depuis plus d'une décennie. Au niveau de la protection civile, le maire indique que des unités locales ont été mises sur pied afin d'aider la population en cas d'intempéries, mais les moyens sont très limités.
« En plus des interventions consistant à assainir la ville, il faut aussi penser à des programmes de réhabilitation des bassins versants avoisinant Cabaret, ajoute le maire Wills. Sinon, la prochaine grosse pluie risque d'être aussi meurtrière ! »
En attendant l'action concrète des pouvoirs publics, à Garichée, la population ne dort que d'un oeil.
Source: Le Nouvelliste