La République attend depuis près d'un mois l'arrivée d'un nouveau Premier ministre. Désigné par le président Préval, Ericq Pierre vient de franchir, avec succès, la première des quatre étapes avec sa ratification par le Sénat. D'autres écueils l'attendent toujours : la ratification de son choix par la Chambre des députés ainsi que la présentation de sa politique générale devant les deux chambres.
« Je n'ai pas remporté une victoire, dit humblement Ericq Pierre, au lendemain de la ratification de son choix par le Sénat de la République. Le Sénat a tout simplement fait son travail. » Dix-sept des dix-neuf vingt sénateurs- le président n'a pas le droit de voter - qui ont répondu à l'appel nominal ont ratifié le choix du président René Préval.
Pour la première fois depuis sa désignation, Ericq Pierre s'est présenté en personne, jeudi, au Parlement pour soumettre ses pièces à la commission des députés chargée d'étudier son dossier. « Je ne pouvais pas soumettre de copies à la commission, c'est pourquoi j'ai dû attendre le vote des sénateurs pour pouvoir récupérer les originaux », explique « l'ex »-représentant d'Haïti auprès de la Banque interaméricaine de développement.
Interrogé sur les déclarations de certains sénateurs, dont Jean Hector Anacacis, qui faisaient état d'anomalies dans son dossier, Ericq Pierre dit n'avoir pas été contacté à ce sujet. « Je ne sais pas si mon dossier était incorrect, la commission sénatoriale ne m'en a pas informé », a indiqué Ericq Pierre, dans une courte déclaration aux journalistes qui le pressaient de questions.
Tous les membres de la commission sénatoriale chargée d'étudier le dossier, même Jean Hector Anacacis, ont finalement signé le rapport demandant à l'Assemblée de ratifier le choix d'Ericq Pierre. « Il y avait eu une entente et j'avais accepté de signer le rapport après l'avoir remanié, a déclaré le parlementaire. Je voulais que le rapport soit conforme aux pièces soumises par le Premier ministre désigné. »
Si le premier sénateur de l'Ouest a paraphé le rapport de la commission, il n'a pas pour autant assisté à la séance. « Nous devions nous mettre d'accord pour présenter le rapport ce jeudi, a indiqué le sénateur Anacacis. C'est à la radio que j'ai entendu que la séance a eu lieu hier soir. Je voudrais savoir pourquoi mes collègues sont si motivés. »
Chose certaine, tout le monde était au courant que le rapport allait être présenté ce jour-là devant l'Assemblée. Le sénateur Evallière Beauplan, l'un des membres de la commission, en avait fait l'annonce plus tôt dans la salle de séance du Sénat. « Nous n'allons pas lever la séance sans voter le rapport de la commission », avait-il alors déclaré.
Il revient maintenant aux députés de décider si Ericq Pierre doit rester dans la course. Une commission formée des députés Dorsonne Jean Beauvois, Levaillant Louis-Jeune, Marie Cluny Dumay Miracle, Berthold Jean Bastien et Luther King Marcadieu est chargée d'étudier le dossier du Premier ministre désigné.

La ratification du choix d'Ericq Pierre et le vote de la loi électorale sont les deux derniers actes officiels posés par les neuf sénateurs élus pour deux ans. Arrivés à l'échéance de leur mandat jeudi, ils ne peuvent continuer à siéger. En janvier dernier, un compromis avec l'Exécutif avait prorogé leur mandat en attendant la publication de la loi électorale. Avant le départ des neuf sénateurs, trois sièges étaient déjà vacants au Grand corps depuis la mort tragique d'Emmanuel Limage dans un accident de la route et la destitution de Rudolph Boulos et d'Ultimo Compère qui « savaient voyager tantôt avec un passeport américain, tantôt avec un passeport haïtien » selon une résolution sénatoriale. Le quorum nécessaire sera désormais un exercice périlleux au Sénat qui devra incessamment sanctionner la déclaration de politique générale du Premier ministre désigné, si le choix de ce dernier est ratifié à la Chambre basse.

« Vous avez fait honneur au Sénat. Vous pouvez partir avec la tête et l'esprit tranquilles, espérant que vous allez revenir au Grand corps», a dit le président du Sénat Kelly C. Bastien, qui s'adressait pour une dernière fois à ses collègues. S'ils gagnent évidemment les prochaines sénatoriales...
Source: Le Nouvelliste