Pour les experts du Mouvement Paysan Papaye (MPP), la meilleure façon de faire face au problème de la vie chère est de relancer la production nationale. Pour y parvenir, le groupement paysan, très actif dans le Plateau central, suggère, entre autres, de réformer le système foncier et de mettre en place au plus tôt un système de crédit agricole. Pour le plus grand bien des paysans et celui du pays tout entier.
« Aba manje pèpè, viv pwodiksyon nasyonal ! » La formule, peinte en vert et rouge au frontispice du Centre national de formation cadre paysan (LAKAY) à Papaye, où s'est déroulé en mars le congrès national du mouvement de Chavannes Jean-Baptiste, illustre bien la lutte du Mouvement Paysan Papaye qui, depuis plus de 20 ans, ne jure que par la production nationale.

Créé en 1994, le centre de formation, une entité du MPP, assure la formation organisationnelle et agricole des animateurs travaillant au niveau national avec les paysans. Il est engagé dans l'agriculture durable, c'est-à-dire l'aménagement et la protection des bassins versants, la conservation du sol, la production et la mise en terre des plantules forestières et fruitières. « Nous ne faisons pas de l'agriculture conventionnelle », avertit l'agronome Mulaire Michel, coordonnateur de l'équipe technique du MPP. Il s'estime heureux d'accueillir à Papaye des stagiaires de la Faculté d'Agronomie et de Médecine vétérinaire (FAMV) de l'Université d'Etat d'Haïti et d'autres structures d'enseignement supérieur des Cayes et du Cap-Haïtien dans le domaine agricole. D'autant plus que les outils pédagogiques utilisés par les quelques dizaines de stagiaires qui, à chaque session, partagent pendant quelques semaines la vie des habitants de Papaye ont été élaborés par les experts paysans du MPP...

« L'agriculture est le moteur économique de tout pays qui marche », professe l'agronome Michel, qui s'est dit convaincu que le ventre des Haïtiens, vivant d'ailleurs dans un pays essentiellement agricole, ne peut dépendre totalement de l'extérieur.
Semi-désertique, mais riche en potentialités naturelles, le Plateau Central est connu pour ses nombreux cours d'eau. Ainsi, seulement pour aller à Maïssade (18 km de Hinche), on traverse quatre rivières: Maran, Passe-Bonbon, Rio Frio et Canot. Même chose entre Port-au-Prince et Mirebalais, avec les rivières Guayamouco, Inquit, Rivières Thomonde (I,II) et Fer-à-Cheval. «Ces eaux pourraient être utilisées pour l'agriculture», fait remarquer le technicien du MPP en attirant l'attention sur la nécessité d'investir dans le système de pompage pour l'arrosage des terres.
Plusieurs citernes ferro-ciment ont d'ailleurs été construites dans des zones difficiles avec une forte capacité de 15 000 à 20 000 litres. Ces citernes communautaires desservent les populations vivant dans les régions où l'accès à l'eau est difficile. «Les eaux de pluie sont utilisées pour la culture des légumes. Elles sont traitées avec des plantes pour l'usage domestique», explique l'agronome.
Relancer la production agricole
« L'agriculture organique, qui ne représente aucun danger pour la vie des gens ou pour les espèces, est notre modèle », soutient pour sa part l'agronome Moloche Dulaurier, membre de l'équipe technique du MPP dont les différentes pratiques agricoles sont basées sur l'engrais organique (compost, insecticides naturels, fertilisants organiques).

Poser la problématique cadastrale impliquant une réforme agraire intégrale, identifier les zones à vocation agricole, procéder à la distribution équitable des terres cultivables aux paysans, subventionner les produits agricoles, mettre en place un système de crédit agricole avec une boutique d'engrais agricoles dans les différentes sections communales sont autant d'initiatives suggérées pour une relance vigoureuse de la production agricole, de l'avis de l'agronome Dulaurier. « L'Artibonite est une zone rizicole, tandis que le Plateau Central a une vocation d'élevage: deux potentialités non exploitées », déplore l'expert du MPP, faisant état d'une étude de la FAO qui révèle que la plaine des Cayes pourrait nourrir 10 millions d'habitants, grâce au système d'irrigation de la Ravine du Sud.

Moloche Dulaurier ne mâche pas ses mots: « la relance de la production agricole n'aura qu'une valeur d'annonce si les initiatives nécessaires à sa matérialisation ne sont pas mises en place». Un voeu pieux, s'il en est,en attendant des actions concrètes comme le financement de l'agriculture et la recapitalisation des exploitations agricoles...

«L'agriculture vivrière, mais aussi la pêche et l'agriculture demeurent des domaines à fortes potentialités, mais peu et mal exploitées», juge de son côté André Roc Jolicoeur, du parti Konbit pou bati Ayiti (KONBA). Impressionné par les ateliers de transformation agricole du MPP, il enjoint les responsables de stimuler le développement de ces filières afin de générer des revenus appréciables et de renforcer la sécurité alimentaire. "Tout cela est possible, si on s'y met", clame M. Jolicoeur en préconisant la recherche de marchés niches pour nos produits de nature "bio", la concertation entre les associations nationales de producteurs et la promotion de nos produits dans les expositions internationales. Il juge aussi indispensable de prioriser les petits paysans et les petits producteurs afin d'améliorer leur train de vie.
Source: Le Nouvelliste