« L'union fait la force. » René Préval y croit et semble en faire un slogan de ralliement à un moment où le pays fait face au spectre d'une double crise politique et alimentaire.
La classe politique et les parlementaires en particulier doivent s'unir pour monter un « gouvernement d'union ». Unis, tous les fils et les filles du pays sont appelés au front pour gagner la « bataille pacifique » pour la production nationale, l'indépendance économique afin de réduire la cherté de la vie, a, en substance, déclaré le président René Préval, au Palais national, le 18 mai 2008, lors de la commémoration des 205 années du drapeau haïtien.

Quelque six jours après la mésaventure du Premier ministre désigné Pierre Ericq Pierre à la Chambre des députés, René Préval, affichant sa tristesse face à une crise politique sur fond de crise alimentaire provoquée par la hausse vertigineuse des prix des produits de première nécessité dans le monde, a, en effet, appelé, sur un ton grave et solennel, « à l'union et à l'unité ». Alors qu'un « nuage politique » augurant d'une crise semble poindre pour obscurcir l'horizon, j'invite tous les partenaires politiques et spécialement les parlementaires à s'unir en vue de monter un gouvernement, a ajouté le président.

« L'histoire demande au peuple haïtien d'avoir du courage, l'esprit de sacrifice et l'union qui fait la force pour qu'il sorte victorieux de la bataille pour l'indépendance économique, la production nationale et contre la vie chère », a -t-il dit soulignant, avec une rhétorique altermondialiste, que la dépendance avec sa cohorte d'effets pervers pour les PMA est l'une des caractéristiques de la mondialisation.
Selon le chef de l'Etat, comme la guerre de l'Indépendance menée par nos ancêtres, la bataille contre la dépendance sera longue et difficile. « Tous les jours, les prix du fer, des produits alimentaires et du pétrole grimpent. S'agissant du pétrole qui est passé de 10 $ en 1998 à 125 $, personne ne peut dire quand cette flambée inflationniste va s'arrêter », a fait remarquer René Préval qui n'a pas manqué de rappeler que la hausse des prix des produits alimentaires est un phénomène mondial qui préoccupe tous les Etats.
René Préval a, au cours de cette commémoration sans faste, remercié le Premier ministre démissionnaire et son cabinet, qui, en dépit des difficultés, étaient parvenus, après trois années tumultueuses (2004-2207), à l'établissement d'un climat de stabilité et de tranquillité dans le pays.
Les bravos d'Alexis
En marge de cette cérémonie où le Président de République a exprimé tristesse et préoccupation face aux défis qui attend le pays, le premier ministre démissionnaire, Jacques Edouard Alexis, fuyant les questions des journalistes, a, comme un spectateur au théâtre, applaudi. Des applaudissements accompagnés de bravos, bravos qui ont contrasté avec l'esprit et le ton grave de cette commémoration qui s'est déroulée sur fond d'une relative indifférence.
Dans les parages du Palais national, on n'a pas vu grand monde. Les rares observateurs, qui ne réclamaient pas le retour d'Aristide, trouvaient indécent de fêter le drapeau alors que le pays a des militaires étrangers sur son territoire. Sans faste, sobre, sincère, le président a prêché l'unité. Espérons qu'il sera écouté par la population affamée, a indiqué un enseignant assistant à la commémoration des 205 ans du drapeau.
Source: Le Nouvelliste