Les anciens et nouveaux adeptes de la politique anti-néolibérale
Jusqu'à une période récente, jusqu'à Leslie Delatour, ministre des Finances et de l'Economie du Conseil National de Gouvernement présidé par le général Henri Namphy, les Haïtiens n'aimaient pas beaucoup la politique néolibérale, garante de la stabilité macro-économique. Selon toute évidence, outre cette stabilité au triple point de vue de l'équilibre budgétaire et fiscal (assainissement des finances publiques ou austérité), de la monnaie et de l'inflation, le gouvernement Préval-Alexis, en regroupant six partis (OPL, UNION, FUSION, LESPWA, ALYANS DEMOKRATIK, LAVALAS), a fait l'expérience plus ou moins satisfaisante de la stabilité politique pendant plus de vingt mois. Mitigés ou mal perçus, enfermés dans des luttes de pouvoir haitiano-haïtiennes, ces résultats économiques et politiques n'ont pas eu des effets positifs malheureusement sur la stabilité sociale, autre volet de la septicémie haïtienne.

Aggravée par plus de vingt années de «bamboche démocratique» (dixit le général Henri Namphy) et de libéralisme économique aveugle, cette situation de crise alimentaire est perçue par les anciens et nouveaux adeptes de la politique anti-néolibérale (on n'a qu'à se référer à la Chambre des députés sous le premier mandat du président René Préval) comme un cuisant échec traduit violemment par les manifestations de rue du début d'avril 2008 et le renvoi par le Sénat du Premier ministre Jacques Edouard Alexis. Oui, mais quels sont les modes opératoires de cette fameuse politique anti-néolibérale ? L'agriculture, la promotion de la production nationale, le protectionnisme, l'économie auto-centrée (chère à Edmond Paul au XIXe siècle) constituent les soubassements du changement de cap, les règles sans lesquelles les «ajustements macro-économiques» ne pourraient opérer au profit de la nation toute entière, des plus pauvres, de la paysannerie, du développement national. Dans ce monde de libre concurrence effrénée ponctué aujourd'hui par des crises et des hausses épouvantables (alimentaire et énergétique, entre autres), elle attribue les crises sociales aux mesures économiques prises par les autorités politiques. Dictés effectivement par les principaux organismes internationaux de financement (le FMI et la Banque Mondiale) sous forme de recettes-miracles, aux gouvernements sous-développés et en voie de développement, les choix macro-économiques - de la privatisation des services publics à la libéralisation du marché - tendent à le penser.

Loin d'être une et continue, argumentée et sérieuse, l'opposition à la politique néolibérale reste confuse et passe d'un camp à l'autre. Economistes paresseux ou hommes d'Etat sans vision ni programme, les partisans de cette politique ne le sont pas. Au-delà des débats et enjeux propres à ''la politique de la terre'' (dixit le candidat malheureux à la présidence en 1957 Louis Déjoie), principal axe de la politique anti-néolibérale, Haïti est en butte à un déclin général qui remonte justement à la fin des années 50.
Pierre-Raymond DUMAS
E-mail : padreramonddumas@yahoo.fr Cell : 557-9628 A paraître prochainement : «Evolution de la Communication en Haïti et Promotion de la Culture» ; «D'une Armée dans la mêlée à une Police dans la tourmente» Source: Le Nouvelliste