Deux députés dissidents de la Fusion des sociaux-démocrates mènent la danse au sein de la Concertation des parlementaires progressistes (CPP). L'un d'eux fait d'ailleurs office de porte-parole du groupe majoritaire. Malgré tout, la Fusion demeure solide comme un bloc à la Chambre des députés. Prônant un gouvernement de coalition, comme pour tourner la page de l'expérience du gouvernement pluriel récemment évincé par le Sénat, le député Sorel Jacinthe répond aux questions de Le Nouvelliste.
Le Nouvelliste (L.N.): La plupart des têtes de pont de la Concertation des parlementaires progressistes sont des parlementaires de la Fusion, comment votre parti vit-il cette réalité ?

Sorel Jacinthe (S.J.) : C'est quand même un bon et un mauvais point pour la FUSION. Un bon point parce que la Fusion pour les élections de 2006 était non seulement à la recherche de belles têtes. Il y a eu certaines critiques au niveau de la 45e, 46e, 47e et aussi dans les autres législatures. Pour les élections de 2006, on a cherché partout, pas seulement des militants, mais aussi des têtes bien formées. Arriver à la 48e législature, on sait ce qui s'est passé. Il a eu d'abord le bloc 60 qui était dirigé par un député de la FUSION. Ce bloc a quand même fait couler beaucoup d'encre. Maintenant, après la chute du groupe 60, on a eu la CCP. C'est vrai il y a le député Lévaillant Louis-Jeune, qui n'est pas membre du bloc de la FUSION. Il a dit publiquement que la CPP est sa fille. Il y a le député Gasner Douze qui est aussi membre du directoire de la CPP. En fait, il faut parler des deux. Donc, il faut comprendre que la FUSION a fait de beaux choix. Mais quand même ça nous a donné beaucoup de problèmes.

Au niveau du bloc, il a eu un petit conflit. C'est ce qui, selon certain, a causé la formation de la CPP. Le parti après discussion a sorti une circulaire et a demandé à tous les députés de la FUSION de retrouver leur bloc. Donc, vous savez que les collègues Levaillant et Douze n'ont pas suivi le mot d'ordre du parti. Le parti s'est réuni et a dit s'ils ne veulent pas suivre la discipline du parti, ils ne font plus parti de la FUSION. Donc, je dois vous dire que ça nous a occasionné beaucoup de problèmes que ce soit au niveau du directoire, que ce soit au niveau du bloc, que ce soit au niveau du public. Mais, discipline du parti oblige, nous avons pris la décision de dire au grand publiquement, comme l'a si bien dire notre charte, si vous ne faites pas parti du bloc, vous ne faites non plus partie de la FUSION. On était au nombre de 19 députés, on est passé à 16.

L. N: On a aujourd'hui l'impression qu'il n'y a pas de l'ordre dans le camp de la Fusion. Certains élus en pleine séance remettent en question le mot d'ordre du directoire du parti lorsqu'on devrait sanctionner le choix de Robert Manuel. D'autres élus de la même Fusion respectent la discipline de la CPP au détriment du parti. Le parti est-il aujourd'hui affaibli ?

S.J: Tout le monde le sait le parti n'est pas du tout affaibli. Nous avons perdu quelques quatre députés, mais la FUSION reste un parti très fort. Comme vous l'aviez bien dit toutes les têtes de pont que ce soit au niveau de la CPP, que ce soit au niveau de la chambre en général, ce sont des députés de la FUSION. En terme de quantité, on peut dire que le parti c'est affaibli. Mais au niveau de la qualité, le parti n'est pas du tout affaibli. Avec notre discipline, notre principe, surtout les 16 députés qui ont suivi la discipline du parti, nous sommes vraiment sortis grandis. Parce que le public a vu chez nous qu'il y a de la discipline, qu'il y a de l'ordre. Donc, être député d'un parti ne veut pas dire qu'on peut tout faire sans suivre le mot d'ordre du parti. Dans un parti politique, les élus et les dirigeants doivent suivre les règles établies. Et c'est ce que le public réclame. A ce titre, je dois vous dire d'une certaine façon, ça nous a ébranlé, mais nous ne sommes pas du tout sortis affaiblis.

L.N: Le directoire de la Fusion avait demandé à ses parlementaires de voter en faveur des deux ex-Premiers ministres désignés, mais ils ont tous deux échoués. Etes-vous prêts à continuer à suivre le mot d'ordre du directoire du parti ?
S.J: Les 15 députés et moi personnellement, nous allons suivre le mot d'ordre du parti. Il est vrai que je connais bien Madame Pierre-Louis, c'est une dame très compétente, qui connaît bien le milieu haïtien, mais je vais suivre le mot d'ordre de mon parti. Malgré les deux ex-Premiers ministres qui ont échoué, je peux dire que nous allons, à l'unanimité suivre le mot d'ordre du parti.
L.N: La CPP se déclare en rébellion contre la structure des partis politiques. L'UPDN a, pour sa part, souhaité le regroupement des partis en deux ou trois grands partis selon le modèle américain ou dominicain. Au niveau de la Fusion, est-ce que vous vous sentez concernés par les critiques acerbes lancées contre les partis politiques en Haïti ?
S.J: Je crois que le parti FUSION est le pionnier de cette idée. Parce que la FUSION c'est le regroupement de trois partis politiques : KONAKOM, PANPRA et Haïti CAPABLE. Donc, depuis avril 2005, on a bien compris qu'on ne peut pas avoir tous ces partis politiques dans ce pays. Donc, nous nous sommes fusionnés pour avoir la Fusion des Sociaux démocrates. Il est vrai qu'on a jusqu'à présent trop de partis politiques. Normalement, fusionner les tendances nous sommes pour, mais la FUSION n'est pas du tout concernée. Car, nous sommes le pionnier de cette idée.
L.N: Quelle est la position officielle de la Fusion par rapport au choix de Michèle Pierre-Louis, nouveau Premier ministre désigné ?
S.J: La FUSION ne s'est pas encore positionnée en tant que parti politique. Cependant, la FUISON comprend que le pays a besoin d'un Premier ministre. Près de trois mois de vacance gouvernementale, je crois si on veut franchement aller de l'avant, on doit avoir un autre gouvernement. La FUSION ne sait pas encore positionnée, mais nous avons eu une première réunion avec le président sur le profil, mais pas sur le choix. Nous avons quand même donné notre mot au président, nous allons regarder et voir après la ratification si on doit aller vers un gouvernement de coalition parce que le gouvernement pluriel a échoué. Nous attendons pour nous positionner. Car après deux échecs, nous ne pouvons pas nous lancer à l'avant-garde de n'importe quelle manière.
L.N: La Fusion serait-elle prête à intégrer un nouveau gouvernement pluriel ?
S.J: Non. La FUSION n'est pas prête à intégrer un gouvernement pluriel. Nous avons participé à un gouvernement pluriel et le parti était le premier à dire que ce gouvernement a échoué. Nous sommes maintenant pour un gouvernement de coalition avec une responsabilité collective.
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Représentant de la circonscription Chambellan/Moron à la Chambre basse, Sorel Jacinthe n'est pas novice en politique. Aux premières élections organisées après le départ des Duvalier en 1986, il était candidat à la députation. Battu, il s'est replié sans pourtant abandonner la lutte. Au lendemain des élections de 1988, il est allé renforcer l'équipe du Centre oeucuménique des Droits humains de Jean Claude Bajeux. Il a laissé sa fonction à l'annonce des élections de 1990 pour se porter candidat au poste de député pour la circonscription Chambellan/Moron. Cette fois-ci, il a remporté la compétition haut la main.
Gestionnaire-comptable de formation, le député Jacinthe a été élu questeur de la Chambre basse. « Les bureaux que vous voyez encore à la salle de séance et les quelques arbres qu'il y a sur la cour sont mes oeuvres, souligne-t-il. En plus, j'ai réorganisé le bureau du président. »
Né le 12 septembre 1955, Sorel Jacinthe est père de cinq enfants. Il a travaillé comme comptable aux Etats-Unis et comme cadre ou consultant au près de plusieurs entreprises haïtiennes. Il se dit fier d'avoir contribué à la construction de plusieurs écoles publiques dans son département et d'avoir initié plusieurs projets de développement.
Source: Le Nouvelliste