L'ambitieux projet du « Parc naturel de Martissant » avance lentement, mais sûrement. La rénovation de l'Habitation Leclerc paraît une réalité de plus en plus tangible, surtout pour les nombreux jeunes du quartier qui y trouvent du travail.
Cent seize jeunes des deux sexes ont reçu leur certificat de garde champêtre, lundi, lors d'une cérémonie tenue à Martissant dans les jardins de l'ancienne résidence de l'anthropologue et artiste militante américaine Katherine Dunham, au terme d'une formation de six semaines.
Ces agents de sécurité assureront la sécurité et la protection du Parc naturel de Martissant, une enclave boisée au milieu d'un habitat urbain très dense. Outre leur formation en matière de sécurité de l'espace, les agents ont également été sensibilisés à la gestion et à la protection de l'environnement.
D'après Valério Beaubrun, l'un des responsables de « Global Sécurité », la compagnie chargée de la formation des jeunes, 21 des 116 récipiendaires commenceront à travailler ce mardi. « Les autres seront appelés au fur et à mesure de l'avancement du projet », a-t-il dit, soulignant que toutes les personnes ayant suivi la formation intégreront coûte que coûte le projet.
« Durant six semaines d'entraînement, on a inculqué de bonnes notions sécuritaires aux jeunes, a dit l'instructeur Valério Beaubrun. On leur a montré comment se défendre et agir en cas d'un quelconque problème dans l'exercice de leurs fonctions. Ils ont reçu également des instructions devant leur permettre de protéger l'environnement dans lequel nous évoluons.» Afin de respecter l'inter-d iction de port d'arme décrété dans le contrat passé avec la Fondation connaissance et liberté (Fokal), les agents ne seront pas armés.
La cérémonie de remise des certificats s'est déroulée en présence des représentants de l'Union européenne, de la compagnie Global Sécurité, des membres de la Fokal dont Michèle Duvivier PierreLouis et Lorraine Mangonès. Des policiers affectés au commissariat de Martissant ainsi que des citoyens du quartier y ont également pris part.
Sauver le parc…
« Sauver le parc, c'est sauver Martissant. Et sauver Martissant, c'est aussi sauver les riverains qui y vivent. » C'est justement en ces termes que le maître de cérémonie a introduit une chorale composée de quelques membres des « gardes champêtres », et accompagnée du pasteur et maestro Wilème Abraham à la guitare.
Après des prestations musicale, théâtrale et une démonstration de karaté et de dextérité à manipuler le bâton exécutées par les récipiendaires, des intervenants ont rendu un hommage public à Katherine Dunham qui a eu, la première, l'idée d'implanter un jardin botanique en Haïti.
L'architecte Albert Mangonès, qui avait choisi de résider avec sa famille dans ce quartier pittoresque et en a fait un espace soigné, aménagé et protégé pendant des dizaines d'années, n'a pas non plus été oublié.
Prenant la parole, un récipiendaire a mis l'accent sur l'importance du projet dans le quartier de Martissant qui, autrefois, était pris dans la spirale de la violence. « Aujourd'hui, un vent d'espoir est en train de souffler sur ce quartier pittoresque, grâce à l'initiative prise par les membres de la Fokal de rénover l'Habitation Leclerc et sauvegarder l'une des dernières réserves végétales du pays. Nous, les gardes champêtres, faisons le serment de protéger ce périmètre ainsi que la flore qui s'y trouve. L'article premier de notre code de conduite stipule qu'abattre un arbre est un crime. Un crime qu'on doit prévenir et combattre. C'est l'essence même de notre mission. Membres de la Fokal, vous n'allez pas regretter d'avoir fait le choix de nos personnes », a-t-il promis.

Michèle Pierre-Louis, directrice de la Fokal, a mis l'accent une fois de plus sur l'importance de la participation de la population au projet, notamment les jeunes. « Lorsqu'il y a quatre mois, nous avons organisé notre première rencontre avec différents groupes et des notables du quartier pour leur annoncer la tenue du projet de création du Parc de Martissant, nous avons bien compris que l'espoir renaissait. Même si quelques-uns et quelquesunes d'entre vous ont encore des doutes, nous avons pris la peine d'insister qu'un tel projet n'est viable que si le quartier tout entier y participe. Nous avons essayé comme promis de répondre à une demande des organisations et des notables du quartier, à savoir : l'embauche d'abord des jeunes, quels que soient les travaux à effectuer. Et nous avons tenu parole ! »

Tout en félicitant les jeunes pour leur prestation, Michèle PierreLouis a laissé comprendre que le travail ne sera pas facile. « Nous allons construire au lieu de détruire. Nous allons construire, avec vous le premier jardin botanique du pays. Cela demande imagination, créativité, respect, honnêteté et discipline. Ce qui signifie que chacun et chacune d'entre vous va devoir faire des efforts et se servir, en plus de son sens civique, de tout ce que vous avez appris », a exhorté Michèle Pierre-Louis, avant d'affirmer, enthousiaste : « Martissant peut et doit être un modèle. »
Les squatters du domaine privé de l'Habitation Leclerc ont quitté les lieux, dans le cadre d'une solution négociée, a indiqué Michèle PierreLouis qui a rappelé que le projet n'est pas seulement touristique, mais aussi éducatif, culturel, économique et social.
Source: Le Matin