Avec la désignation de Michèle Duvivier Pierre-Louis, beaucoup de questions se posent quant aux étapes devant conduire à sa ratification, ainsi que le profil du prochain gouvernement. Le leader du Grand rassemblement pour l'évolution d'Haïti (Greh), Himmler Rébu, livre sa lecture dans une interview au Matin. Il juge que l'une des priorités du nouveau gouvernement doit être le développement des communes, laissées à l'abandon par les autorités.
Le Matin : Comment voyez-vous le choix de Madame Pierre-Louis ? Est-elle la personnalité du moment ? Quelles sont, d'après vous, ses chances d'accéder à la primature ?
Himmler Rébu : J'ai accueilli le choix de Madame Pierre-Louis avec soulagement d'autant que je suis certain qu'elle n'aurait pas dit oui si elle n'était pas sûre de pouvoir passer tranquillement l'étape dite « des pièces ». La conjoncture étant ce qu'elle est, il serait difficile qu'elle ne passe le premier tour au regard justement de l'aspect strictement politique de la question. Une reculade à ce niveau grignoterait beaucoup sur la belle assurance et la force réelle de la Concertation des parlementaires progressistes (CPP).
Ce moment historique nous renvoie à l'accession à la magistrature suprême de Madame Ertha Pascal Trouillot. Madame Pierre-Louis va arriver à la primature dans une conjoncture nationale et internationale particulièrement difficile. Le profil des membres de son cabinet (au double plan compétence et sérieux) va compter pour beaucoup.
LM : Dans le cas où le Parlement ratifie le choix de Madame Pierre-Louis, à quoi devra-t-elle s'attaquer le premier ? Quelle ligne politique devra-t-elle suivre ? Quel type de gouvernement adopter : pluriel ? unitaire ? de coalition ?
H.R. : Très certainement au dossier de la triple déstructuration de l'Etat haïtien : physique, humaine et morale. Tout le drame national est dans ce triptyque. Je reviens d'un périple dans la Grand'Anse à travers les communes de Beaumont, Léon, Moron, Chambellan, Dame-Marie et Anse d'Hainault. Les gens vivent dans une misère visible à côté d'énormes richesses. Il y a le mythe de la super-pauvreté d'Haïti auquel il faut s'attaquer en offrant de l'emploi intelligent au niveau des communes reculées à désenclaver.
La ligne politique ? Sortir du mensonge national et international faisant la promotion de la faiblesse et de la pauvreté.
Le type de gouvernement ? Là, il faut attendre et voir les pulsions du président de la République, vrai maître à jouer sur le clavier de la question politique. La publicité faite autour du premier gouvernement était un terrible mensonge. Les partis ont simplement joué un rôle de laquais dans cette bouffonnerie qu'était le gouvernement baptisé de pluriel.
LM : Quel devrait être, selon vous, les critères à satisfaire pour devenir ministre au prochain gouvernement ? Comment traiter avec les partis politiques présents au gouvernement démissionnaire : les renvoyer purement et simplement ? ou garder certains d'entre eux ?
H.R. : Être capable de combattre l'inertie qui caractérise l'administration haïtienne, la suspicion, l'attentisme et aussi le machisme. Il faudra à madame Pierre-Louis l'image de ministres mâles proprement virils, mais collaborant avec franchise, loyauté dans un cadre strictement hiérarchique. Il est certain que les partis politiques qui ont fait partie du gouvernement d'Alexis seront à nouveau présents, question de consolider un équilibre somme toute fragile. Cela ne veut pas dire nécessairement garder les mêmes têtes, bien que je sois sûr que le président Préval reconduira ses ministres à lui.
LM : Quel égard le prochain Premier ministre devra-t-il avoir, selon vous, envers les politiciens ? les intégrer dans certains postes de décisions ou les ignorer ?
H.R. : À ce niveau, je crois que tout sera décidé, au fond, par le président Préval.
LM : Comment le prochain Premier ministre devra-t-il s'attaquer aux priorités de l'heure : grangou, ledikasyon, ensekirite, etc.
H.R. : En créant des emplois surtout au niveau des 121 communes délaissées. Il faut absolument avoir une politique qui permette, dans un premier temps, de dégonfler les espaces urbains totalement ingérables dans l'état actuel des choses.
LM : À quoi doit-on s'attendre au cas où le Parlement rejetterait une fois de plus le Premier ministre désigné ?
H.R. : Politiquement, je ne crois pas ce cas de figure envisageable tout en reconnaissant que les négociations politiques pour la formation du cabinet ministériel seront ardues, voire cauchemardesques. Un vrai parcours du combattant, de quoi la vider de toute son énergie au départ.
Interview réalisée par Ladenson Fleurival
Source: Le Matin