La Chambre basse a formé, le mardi 1er juillet, la commission chargée d'étudier le dossier du Premier ministre désigné. Ce n'est en effet que le lundi 30 juin - huit jours après la confirmation du nom de madame Michèle Duvivier Pierre-Louis comme nouveau chef de gouvernement - que les présidents des deux Chambres ont reçu la lettre du président René Préval, les informant de la désignation officielle de madame Michèle Duvivier Pierre-Louis comme Premier ministre. La séance qui devait avoir lieu, hier mardi au Sénat, pour former la commission d'analyse du dossier du Premier ministre désigné, n'a pas eu lieu.

À la Chambre des députés, la Commission chargée de l'analyse du dossier du Premier ministre désigné est constituée de trois (3) membres de la Concertation des parlementaires progressistes (CPP) : Guy Gérard Georges (Torbeck-Chantal, Union), Joseph Nelson Pierre-Louis (Port-Salut, Alyans) et Patrick Domond (Jacmel, Lespwa). L'Union des parlementaires pour le développement national (UPDN) est représentée par Marie Clunie Dumay (Croix-des-Bouquets), l'Organisation du peuple en lutte (OPL) par Jean Rigaud Bélizaire (Abricots-Bonbon) et la Fusion des sociaux démocrates haïtiens (Fusion) par Joseph Saintilma (Ouanaminthe).
La vie privée de Michèle Pierre-Louis en question
La désignation de madame Michèle Duvivier Pierre-Louis a créé une sorte de mésentente au sein des pasteurs religieux impliqués dans la politique en Haïti. Ainsi, le leader du Mouvement chrétien pour une nouvelle Haïti dénonce le choix de madame Pierre-Louis dont, selon lui, certains aspects de la vie strictement privée paraîtraient troublants. Ce qui, de l'avis de Luc Mésadieu, pourrait occasionner l'échec du Premier ministre désigné à la tête d'un gouvernement.
Le leader du Mochrenha qui prône la moralité dans le pouvoir et dans la politique haïtiens, vante les capacités et les compétences du Premier ministre désigné, mais se demande cependant si Haïti, socialement conservatrice, est prête à l'accueillir. Et, déjà, Luc Mésadieu affirme que le Mochrenha ne participera pas à un gouvernement dirigé par madame Michèle Pierre-Louis.
Une autre lecture
Le sénateur Andrice Riché (OPL, Grand'Anse) a pris le contrepied de ceux qui, allègrement, font des explorations dans la vie intime du Premier ministre désigné. Le vice-président du Sénat, théologien et pasteur, a dit admettre que chacun vive sa vie à sa façon. Le sénateur de la Grand'Anse rejoint ceux qui présentent madame Michèle Duvivier Pierre-Louis comme une femme compétente dont les expériences seront utiles au pays. Le vice-président du Sénat a qualifié de jaloux ceux qui s'attardent à questionner la vie privée du Premier ministre désigné.

Par ailleurs, un groupe d'intellectuels, d'artistes et de professionnels de la communauté haïtienne de la diaspora a exprimé son soutien au Premier ministre désigné. Dans une pétition (lire en page 2), ce groupe dit avoir constaté que la désignation de madame Michèle Duvivier Pierre-Louis « a déclenché une campagne haineuse contre sa personne et ses proches. Au lieu d'aborder la compétence et l'intégrité indéniables de madame Duvivier Pierre-Louis, sa capacité de faire face, avec détermination et conviction, aux problèmes urgents auxquels est confrontée la société haïtienne (crise alimentaire, cherté de la vie, crise énergétique, désastre environnemental, kidnapping, corruption endémique, crise des valeurs, etc.), certains manoeuvrent pour chercher à réduire le débat à la diffamation et aux attaques personnelles, et tentent ainsi de détourner l'attention des véritables problèmes de la nation ».

Les premiers signataires de cette pétition condamnent donc « la campagne calomnieuse ». Et de soutenir : « La croisade citoyenne est aujourd'hui à une refondation éthique qui repose sur l'affirmation des droits de la personne, la reconnaissance de la diversité sous toutes ses formes et des principes de respect et de tolérance. Il est temps que cessent dans le pays les manoeuvres systématiques visant la perpétuation de la domination masculine, le renforcement de la misogynie et l'exclusion fondée tantôt sur l'origine sociale, tantôt sur la couleur de la peau, ou la nationalité (diaspora), sans égard aux valeurs intrinsèques et aux qualités humaines des personnes concernées ».
Source: Le Matin