Des agences de l'Organisation des Nations unies (Onu) ont élaboré un plan d'urgence pour aider Haïti à sortir de la crise alimentaire. « À la demande du gouvernement haïtien, une mission inter-agence a été dépêchée sur place et travaille depuis quinze jours pour aider l'Exécutif à mettre en place un programme national à court terme », a-t-on appris. Au cours d'une conférence de presse, mardi, à l'hôtel Montana, les responsables de plusieurs agences onusiennes ont informé des mesures prises pour enrayer, à court terme, la grave crise alimentaire que connaît le pays. Joël Boutroue, coordonnateur / résident du système des Nations unies en Haïti, a indiqué que les stratégies ont déjà été élaborées « mais que la persistance de la crise politique n'a pas permis d'avoir un seul cadre de réponse ». « Nous avons lancé un appel sous forme de lettre à la communauté internationale », a-t-il dit, se félicitant de la réponse de certains bailleurs de fonds internationaux. À ce jour, 55 millions de dollars ont été réunis par l'agence. Mais pour Joël Boutroue, il manque 76 millions de dollars complémentaires.

Quatre grands axes d'intervention ont été identifiés par le responsable : l'aide alimentaire qui sera intensifiée autour des mois charnières de la rentrée scolaire (septembre, octobre…) ; la relance de la production agricole ; les travaux à haute intensité de maind'oeuvre qui visent les « Haïtiens les plus pauvres », et qui seront centrés sur la réhabilitation de l'environnement ; enfin un filet de protection sociale qui portera sur l'éducation et la santé. « Nous essayons de jouer pleinement notre rôle et de soutenir l'État haïtien. Les activités que nous allons mettre en place vont poser les premières pierres d'une stratégie à plus long terme », a déclaré M. Boutroue, déplorant que, dans un pays pauvre comme Haïti, rien ne soit gratuit et que tout soit cher. « Ce qui est un fardeau insoutenable pour les Haïtiens les plus pauvres », a soutenu le diplomate onusien. Il voit dans la volonté politique affichée par les responsables haïtiens « une opportunité qu'il faut traduire dans des initiatives dans le court et le long termes avec notre soutien entier ».


Relancer l'agriculture
Pour sa part, Mamadou M'Baye, représentant du Programme alimentaire mondial (Pam), faisant allusion aux émeutes de la faim du mois d'avril dernier, a précisé que les problèmes existaient déjà dans le pays. Il a annoncé la distribution, par son organisme, de denrées alimentaires à plusieurs dizaines de milliers de familles à travers tous le pays. Pour la période estivale, des distributions de nourriture seront organisées à l'intention des enfants dans des camps d'été. En ce qui concerne la rentrée des classes, le responsable a informé que le Pam est prêt à aider un million de personnes en leur offrant une ration alimentaire pour « soulager le coût de la nourriture qui pèse lourd sur les dépenses des parents au moment de la rentrée ».

Dans le cadre des activités du Pam, plusieurs actions ont été réalisées : 300 000 enfants bénéficient de plats chauds par jour. Environ 250 000 femmes enceintes et des enfants de moins de 5 ans ont accès à un programme de santé et d'urgence en prévision des saisons cycloniques et des désastres. « Nous pouvons intervenir en moins de vingt-quatre heures. Le Pam travaille également sur le long terme puisque nous faisons des achats locaux vers les producteurs haïtiens pour simuler la production », a-t-il fait savoir.
Concernant l'utilisation du sel iodé, il a rappelé qu'en Haïti, seuls 2 % de la population en consomment. Toutefois il a insisté sur l'importance de ce sel dans l'alimentation, « surtout pour les enfants ». « Depuis deux ans, nous avons commencé à supporter la production du sel iodé avec des moyens très rudimentaires », a dit Mamadou M'Baye. Il a parlé de l'expérience indienne qui, « avec un vaporisateur, arrive à ioder le sel ».

« Le pays importe annuellement 45 % de ses besoins alimentaires. La production nationale est inférieure à 50 % des besoins », a affirmé pour sa part Aritoubo Ibrahim, représentant de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), pour qui l'acquisition des intrants agricoles est un obstacle pour le petit paysan. À cet effet, 4 millions de dollars ont été mobilisés pour aider ces paysans. Et 50 000 familles en seront bénéficiaires. « Il s'agit pour ces paysans de disposer de semences de haricots, de pois, de boutures de tubercules de patates douces, de maniocs. Mais aussi d'outillage agricole. Le tout pour le mois de juillet ».

Aritoubo Ibrahim a également informé que, pour le mois de novembre, le gouvernement a accepté de programmer dix millions de dollars pour l'achat d'intrants agricoles. La pisciculture, l'élevage porcin, la production d'oeufs seront également pris en compte, a-t-il expliqué, tout en soulignant aussi les travaux de réhabilitation des systèmes d'irrigation. « Des travaux à haute intensité de main-d'oeuvre qui vont créer des emplois ».
Parmi les organisations des Nations unies qui font partie de ladite commission inter-agence, on compte l'Organisation panaméricaine de la Santé/Organisation mondiale de la santé (OPS/OMS), le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), le Bureau des Nations unies pour des services d'appui aux projets (Unops), le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud).
Source: Le Matin