Situé au Boulevard Harry-Truman (Bicentenaire), le ministère des Affaires étrangères évolue dans un environnement choquant. En face de sa façade principale, s'élèvent, sur un terrain abandonné, des accumulations d'immondices, des montagnes de terres et de graviers, dont la laideur contraste mal avec la splendeur du bleu de la mer et la beauté architecturale de l'édifice. Envahi par des herbes sauvages, ce terrain, qui côtoie la mer, est également utilisé, par des passants ou de petits marchands ambulants ou établis aux alentours, pour, sans gêne aucune, satisfaire, à même le sol, de pressants besoins physiologiques. D'où les odeurs qui empestent, selon la direction du vent, tous les abords du ministère.

Mais il n'y a pas que cette situation, contraire aux normes élémentaires d'hygiène, qui dérange. À l'entrée du ministère, une cohorte de jeunes garçons s'adonne à la mendicité, manifestant, parfois, de l'agressivité vis-à-vis des sollicités peu généreux. « J'ai été surprise, un jour, d'être verbalement agressée par deux jeunes loubards un peu mal vêtus, qui m'ont couverte d'invectives après que j'eus négativement répondu à une demande d'argent.
J'ai été tellement stupéfaite par l'expression de leurs visages et leurs propos agressifs, que j'ai cru prudent de m'attarder à l'intérieur du ministère, de peur d'être physiquement agressée », raconte une dame.
De plus, des canettes vides, des bouteilles en plastique, des assiettes usagées en carton, des sachets d'eau vides, des haillons et d'autres objets hétéroclites sont remarqués dans le voisinage immédiat du ministère.
« Je ne comprends pas, s'interroge un homme dans la quarantaine, ce qui arrive à notre pays. Un ministère qui reçoit des dignitaires étrangers venus de toutes parts ! Si, chez nous, on est aussi mal foutu, que dire alors de nos ambassades accréditées dans les pays amis ? »
Plus d'un se plaint, et particulièrement ceux qui, quotidiennement, fréquentent les lieux. « On ne sait jusqu'à quand cette situation tant décriée durera », soupire un marchand de ces tableaux qui ornent le périmètre où se trouvent placés également la Poste, l'ambassade du Venezuela, l'hôtel de ville et le wharf de Port-au-Prince.

Les parages du ministère des Affaires étrangères, notamment le côté qui fait face à la Poste, accueillent des vendeurs de peinture naïve. Distante de deux pas, la Place des Nations unies attend des promeneurs qui ne viendront pas. « Je ne sais pas trop pourquoi cette place est peu fréquentée ces temps-ci. C'est peut-être à cause de son aspect sombre et isolé », dit Réginald, un jeune chômeur rencontré sur les lieux. « Après le départ du président Aristide en 2004, explique notre interlocuteur, des gens y ont été fort souvent l'objet d'agression de la part de certains éléments mal intentionnés ». Et depuis, personne n'ose s'aventurer sur la place au-delà de six heures du soir.
Œuvre du président Dumarsais Estimé, rénovée au cours du premier mandat du président René Préval dans le cadre du 250e anniversaire de Port-au-Prince, la Place des nations unies, située en face du Palais législatif, n'offre plus aucun attrait. Le jet d'eau ne fonctionne plus.
La fontaine lumineuse est remplie d'eau puante. Et les drapeaux des pays membres des Nations unies sont, pour la plupart, abîmés et déchirés par la pluie et les rayons du soleil, mais aussi par l'agression sauvage du vent de la mer.
Comme le ministère des Affaires étrangères voisin, cette place baigne dans un environnement qui défie l'hygiène publique.
Source: Le Matin