Haiti : Un Lotus dans le bourbier
Par Nancy Roc

Depuis le renvoi du gouvernement Alexis par le Sénat le 12 avril dernier, toute l'attention des médias et de la société haïtienne est focalisée sur le choix d'un nouveau Premier ministre. Entre-temps, la cherté de la vie et la multiplication des cas de kidnapping affectent toutes les catégories sociales. « La méthode d'isoler l'un de l'autre, les différents éléments qui composent la conjoncture, fait partie d'une vieille méthode métaphysique pour tromper la vigilance des masses populaires », a dénoncé Marc Arthur Fils Aimé, Directeur Général de l'Institut Culturel Karl Levêque (ICKL), dans son dernier texte intitulé « Haïti : Valse de l'insécurité et politique néolibérale » [1]. Le 23 juin dernier, le Chef de l'État, René Préval, a désigné pour la troisième fois consécutive un Premier ministre en la personne de Michèle Duvivier Pierre-Louis, Directrice de la Fondasyon Konesans ak Libète (Fondation Connaissance et Liberté -FOKAL). Alors qu'il a fallu attendre près d'une dizaine de jours avant que la Chambre des Députés ne procède à la formation de la commission spéciale chargée de l'examen du dossier du Premier ministre désigné, des moralistes qui font honte, comme les a qualifiés Lyonel Trouillot [2], ont déclenché une campagne haineuse contre Michèle Duvivier Pierre-Louis et ses proches. « Qu'est-ce donc que cette pensée républicaine qui abandonne le terrain de la politique pour chercher dans la vie privée, avec l'ardeur des charognards et le sans-gêne du voyeurisme, prétexte à détruire une personne ? », questionne judicieusement l'écrivain. À cette question nous ajouterons celles-ci : que démontrent ces attaques systématiques et avilissantes pour toute notre société ? Comment peut-on descendre si bas dans la fange, tant dans les médias que sur le Net, alors que le pays se convulse douloureusement en plein coeur d'une crise politique et institutionnelle qui pourrait entraîner une implosion sociale sans précédent ? Qu'arrivera-t-il si Michèle Duvivier Pierre-Louis est ratifiée ou pas ? Telles sont les questions auxquelles nous tenterons de répondre dans ce texte.

