Emergé à la faveur des émeutes d'avril dernier, le « bloc des 16 » - réduit aujourd'hui à 10 - au Sénat, gonfle ses muscles depuis la velléité prêtée au président René Préval d'écarter les partis politiques du prochain gouvernement. Les tombeurs d'Alexis serviront-ils de boucliers aux partis politiques ?
Ceux qui restent de la majorité de sénateurs ayant infligé un vote de censure en avril dernier au Premier ministre Jacques-Edouard Alexis se démènent comme un diable dans un bénitier pour éviter un camouflet aux partis politiques représentés au Parlement. « Face au vote anti-parti politique attribué récemment à Michèle Pierre-Louis par la Chambre des députés, nous avions convenu de nous réunir », a dit Andris Riché, vice-président du Sénat et coordonnateur national adjoint de l'Organisation du peuple en lutte (OPL).

Le hasard, a noté le sénateur Riché, veut que certains des dix sénateurs à l'origine du renvoi du gouvernement Alexis soient des dirigeants de partis politiques. « Le sénateur Youri Latortue est le chef de file de Latibonit an aksyon, mon collègue Edmonde Supplice Beauzile est du directoire de la Fusion des sociaux-démocrates et moi de l'OPL. Les discussions engagent les sénateurs ainsi que les partis politiques qu'ils représentent au Sénat, a précisé l'élu de la Grand'Anse. C'est important pour le Premier ministre désigné de savoir que les partis politiques constituent le pilier de la démocratie. »

Le sénateur Judnel Jean de la Fusion des sociaux-démocrates encourage, lui aussi, le Premier ministre désigné à engager des négociations avec les partis politiques représentés au Parlement avant même la présentation du rapport de la commission spéciale chargée d'étudier ses pièces. Même au-delà de la mésaventure de Rudolph Boulos et la fin de mandat de cinq des leurs en mai dernier, les tombeurs d'Alexis sont majoritaires au grand Corps. Rassurée du vote de Lespwa, l'économiste Michèle Pierre-Louis n'entend pas cependant minimiser le poids des partis politiques dans la longue marche vers la Villa d'accueil.

« Dans l'intérêt du pays, nous pouvons aboutir à un compromis », avait déclaré Michèle Duvivier Pierre-Louis après avoir déposé ses pièces au bureau du Sénat. L'OPL et la Fusion des sociaux-démocrates, le jour de la ratification de son choix à la Chambre des députés s'étaient abstenus. « Un signal clair, selon le député Eloun Doréus, que l'OPL n'est pas prêt à voter la déclaration de politique générale du Premier ministre désigné si le prochain gouvernement reste fermé aux partis politiques représentés au Parlement. »
« Abstention n'est pas synonyme d'opposition », a clamé Kély C. Bastien, président du Sénat et membre de la plateforme Lespwa, la coalition politique désertée par ses membres à la Chambre basse. Déçus, ces élus se sont regroupés au sein de la Concertation des parlementaires progressistes (CPP), déclarant sa rébellion contre la structure des partis politiques.
Le Sénat, fragilisé par quelque 12 sièges vacants, pourrait être redoutable pour Mme Pierre-Louis d'autant que le quorum requis est de 16. Lespwa, fort de 8 sénateurs, à lui seul, ne peut pas ouvrir les portes de la Primature à Michèle Pierre-Louis, le vote de ratification étant acquis à la majorité simple des 18 sénateurs en fonction. La déclaration de politique générale, l'étape suivante, à laquelle elle devra ensuite se soumettre parait être plus compliquée. Il faudra que le premier ministre désigné recueille le vote favorable de seize sénateurs, non inclus celui du président du grand Corps.
Source: Le Nouvelliste