Claudy Gassant reste imperturbable alors que la garde à vue du commissariat de Pétion-ville compte quelque 30 personnes que le parquet refuse de recevoir. Par rapport à sa citation à comparaitre par-devant le tribunal correctionnel de Saint-Marc, il est aussi de marbre en soulignant que cette citation n'est que du bruit, de l'agitation médiatique. Et la société civile, à travers Lunak, affiche ses préoccupations face au spectre d'une nouvelle recrudescence des enlèvements.

« Le parquet ne reçoit plus de dossiers du commissariat de Pétion-Ville. La décision est maintenue. Je ne fais pas confiance à un commissaire de police qui monte des dossiers pour incriminer des gens », confie, imperturbable, le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Me Claudy Gassant, ce vendredi 8 août 2008, alors que plus de trente personnes, arrêtées pour différents motifs, sont en garde à vue à Pétion-Ville. Le chef de la poursuite, qui cite le cas d'un homme d'affaires de Pétion-Ville victime de manoeuvres déloyales de la police de Pétion-Ville, ne bronche pas. « Le parquet ne peut pas recevoir de dossiers d'un commissaire recherché par la justice », a renchéri l'enfant terrible de la magistrature haïtienne. « Frantz Georges est recherché par la justice pour séquestration, tentative d'assassinat de magistrats et association de malfaiteurs. Outre ce mandat, il est aussi frappé d'une mesure d'interdiction de départ », a ajouté le commissaire du gouvernement, qui estime que le comportement du commissaire Frantz Georges à Delmas 83, le 31 juillet dernier, est une dérive grave.

Claudy Gassant a, par ailleurs, qualifié de bruit, d'agitations médiatiques, les déclarations de Me Samuel Madistin qui avait annoncé la veille que le chef du parquet de Port-au-Prince est cité à comparaître par-devant le tribunal correctionnel de Saint-Marc pour coup au visage du commissaire de police de Pétion-Ville, Frantz Georges, lors d'un bal au Club Indigo, à Montrouis, dans la nuit du 2 au 3 août 2008. « Quand un magistrat dans ses fonctions ou hors de ses fonctions commet une infraction, on écrit d'abord le ministère de la justice qui saisit le conseil de la magistrature. Le conseil déterminera s'il y a lieu de transmettre le dossier à un juge d'instruction », a réagi le commissaire Gassant en martelant que l'annonce de sa citation à comparaître au correctionnel n'est que du bruit.
LUNAK scandalisé
« C'est un vrai scandale. On ne peut pas résoudre par le scandale les problèmes de sécurité dans un pays, a déploré le cinéaste Arnold Antonin, le numéro un d'une plate-forme de la société contre le kidnapping, LUNAK. Indépendamment de qui a raison ou qui a tort, ces agissements nuisent à la sécurité des citoyens et de la cité », a-t-il souligné en réaction à cette saga qui défraie la chronique depuis plusieurs jours.

Le comédien et homme d'affaires Ashley Laraque du Groupe des citoyens concernés, membre de LUNAK, a qualifié de bizarre le comportement du commissaire Claudy Gassant dans cette affaire. « C'est bizarre. Ce n'est pas dans les habitudes du commissaire Gassant de prendre ces positions qui suscitent tant de suspicions », a poursuivi M. Laraque qui souhaite que l'identité et le casier judiciaire des occupants du véhicule de M. Assad soient révélés. MM. Antonin et Laraque ont, d'un autre côté, indiqué que le Premier ministre et le président de la République doivent intervenir dans ce dossier.

Le président de la République, René Préval, le Premier ministre sortant, Jacques E Alexis, le ministre de la Justice, Me René Magloire, auraient eu une réunion, mercredi soir, selon des sources généralement bien informées. On ne sait pas si la saga provoquée par « l'affaire Assad » y a été évoquée. Entre-temps, le citoyen ordinaire est préoccupé face au spectre d'une nouvelle recrudescence des enlèvements.
Source: Le Nouvelliste