Seul le vestige d'un mur en brique enfoncé dans la terre permet de croire qu'il existait une ancienne bâtisse à Fort-Mercredi envahi par des gens comme tombés du ciel. Dans un sombre tableau peint de petites maisons construites anarchiquement dans un sol inapproprié, une catastrophe en cette saison pluvieuse ne serait pas étonnante. Les habitants, eux, croient au ''Bondye Bon'' pour leur sécurité.

Situé dans les hauteurs de Port-au-Prince, Fort-Mercredi permet d'avoir une vue d'ensemble sur la capitale. Le sol de ce quartier de la section communale de Martissant, résultat de la dégradation sévère de l'environnement, ne peut résister aux averses qui ont provoqué plusieurs éboulements et détruit des maisons. La situation risque d'empirer pendant cette saison pluvieuse. « J'habite la zone depuis 1962, à l'époque il n'y avait que la maison de ma mère et celle d'un jardinier qui s'occupait du fort, fait remarquer Manmi Nicole, une vielle dame dans la soixantaine. Aujourd'hui, le quartier ressemble à un vaste dépôt où rien n'est à sa place, dit-elle avec mélancolie. »

Manmi Nicole habite sur le flanc du morne où plusieurs maisons près de la sienne ont déjà subi la loi d'un environnement dépouillé de ses arbres. « J'ai vu ces maisons s'en aller avec le sol après une pluie », explique-t-elle. Avec ses quatre enfants, Manmi Nicole vit quotidiennement sous la menace d'un éboulement. Alors que toutes les conditions sont réunies pour une catastrophe, les autorités ne font rien ou font semblant de ne rien voir. Consciente de sa situation, la vielle dame dit compter sur la la providence en cette saison pluvieuse.

Comme Manmi Nicole, plusieurs autres familles sont sous la menace d'éboulements. Dans cette zone de la capitale se transforment en bidonville, rien n'est respecté en termes d'urbanisation. Dans les ravins, les habitants n'hésitent pas à construire leurs maisons et les autorités ne disent et ne font rien. Selon Manmi Nicole, cette dérive à commencer dans les années 80 quand des gens commençaient à occuper illégalement des terres et à déboiser le morne.

Pour sa part, le responsable de l'Assemblée de la section communale (ASEC), Jean Louis Bodel, critique le comportement des responsables de l'Etat qui, selon lui, ne mettent à la disposition des autorités locales aucun moyen de fonctionnement. Il appelle les responsables à agir vite pour éviter le pire. M. Bodel fustige également le comportement de certaines Organisations non gouvernementales (ONG) qui exécutent des projets dans la zone sans consulter les élus locaux. « Ces ONG ne connaissent ni la réalité de la population ni ses besoins, elles se contentent de financer des projets qui ne répondent pas aux besoins réels de la population », s'insurge-t-il.
Fort-Mercredi transformé en terrain de football
Si la zone où était exigé jadis l'un des forts pour la défense de Port-au-Prince est transformée en un véritable bidonville, le fort, transformé en terrain de foot ball pour les jeunes en lui-même n'est que l'ombre d'une imagination lointaine. Selon Jean Louis Bodel, qui dit habiter la zone depuis 21 ans, trois pièces géantes de canon du fort sont sous les décombres. « A cause du laxisme des autorités, des gens ont vandalisé le Fort, ils ont tout emporté, même les briques », déplore M. Bodel.
Outre le terrain de football, Fort-Mercredi est utilisé également pour élever les porcs et des cabris. Une situation qui ne fait pas honneur à la première République noire du monde... à l'histoire tout court.
Source: Le Nouvelliste