Plusieurs institutions nationales et internationales sont intervenues au morne L'Hôpiotal. Elles ont toutes lamentablement échoué. A mesure que le temps passe, le problème s'amplifie et les autorités sont, apparemment, tantôt dépassées, tantôt surpassées par les évènements. Retour sur ces institutions et leurs échecs.
« La situation dans laquelle se trouve actuellement l'espace territorial dénommé morne L'Hôpital est le constat d'échec des différentes institutions vouées à la protection de l'environnement et à l'aménagement du territoire », c'est ce qu'a révélé au journal un expert en urbanisme.
« Le désordre et l'anarchie enregistrés, c'est le résultat de la faiblesse des institutions, de l'inaction de l'Etat et de l'individualisme de certains dirigeants haïtiens », a poursuivi notre interlocuteur sous couvert de l'anonymat.
Jusqu'à aujourd'hui, plus de cinq (5) institutions sont intervenues au morne L'Hôpital, et une législation assez dense traitant de la question de l'environnement en général et du morne L'Hôpital en particulier est actuellement en vigueur. Mais ces institutions, qui devraient travailler de concert, tenant compte de la transversalité du sujet, et qui devraient s'entraider dans le cadre de leur mission, ont fait cavalier seul, ce qui a eu pour conséquence de fragiliser leurs actions, estime notre informateur.
La loi et son application
Les lois en vigueur n'ont été non plus appliquées, a-t-il constaté en faisant référence à l'ensemble des textes déjà publiés et entrés en vigueur sur la question écologique en général et du morne L'Hôpital en particulier.
Le morne L'Hôpital, chaîne de montagnes du département de l'Ouest protégeant la ville de Port-au-Prince et ses environs, contient plusieurs sources d'eau dont la plupart alimentent la zone métropolitaine.
En 1936, une loi en date du 6 mai et publié au journal officiel le Moniteur # 44 (21 mai de la même année) avait déclaré « Zone réservée le bassin d'alimentation des sources Plaisance et Cerisier » situées au morne L'Hôpital. L'article 3 de la même loi avait déclaré cette zone d'utilité publique et prévu les travaux de reboisement nécessaires à la mise en application de cette loi.

Dans la même logique, une loi du 27 août 1963 avait décrété « zone sous protection le bassin hydraulique du morne L'Hôpital ». Et depuis, toute une kyrielle de lois vient augmenter cette législation sur la protection de l'environnement et sur le morne L'Hôpital. On peut citer, entre autres, la loi édictant des mesures pour arrêter la déforestation des montagnes et des plaines de la République (Loi du 26 mai 1936), la loi révisant l'organisme d'Etat dénommé « Les services hydrauliques de la Républiques d'Haïti » (Loi du 27 août 1963), la loi déclarant d'utilité publique les travaux déjà réalisés au morne L'Hôpital (publié le 27 novembre 1963), le décret instituant un système de délimitation dénommé « Bornes d'implantation ou bornes rouges » (2 mars 1977), la loi réglementant les servitudes publiques (Loi du 3 septembre 1979), la loi permettant à l'Etat haïtien de pénétrer provisoirement sur les propriétés privées en vue de faciliter l'exécution de certains travaux d'intérêt général (Loi du 5 septembre 1979), le décret réglementant les exploitations des carrières sur toute l'étendue du territoire national, pour ne citer que ceux-là. A cela il faut ajouter l'ensemble des décrets et autres décisions adoptés notamment par le gouvernement de transition du Premier ministre Gérard Latortue.

Cette législation, rappelons-le, a été renforcée par d'autres textes législatifs ainsi que par la création de plusieurs institutions, dont l'Office national du Cadastre (ONACA) et l'Organisme de Surveillance et d'Aménagement du morne L'Hôpital (OSAMH).
Le constat de l'échec
En dehors de cette législation, de nombreuses institutions nationales et internationales sont déjà intervenues sur la problématique du morne L'Hôpital. Il s'agit, selon l'un des responsables de l'OSAMH, du ministère de l'Agriculture (1967-1979), de la FAO, du ministère des Travaux publics, dans le cadre du grand projet de drainage de la ville de Port-au-Prince (1980-1985, projet en cours d'exécution), du Bureau des Mines et de l'Energie chargé de la gestion des carrières situées particulièrement au morne L'Hôpital. A côté de ces ministères et organisations, il y a aussi les mairies ayant le morne L'Hôpital en partage ainsi que le ministère de l'Intérieur chargé, entre autres, de l'aménagement du territoire et le ministère de l'Environnement.
« Toutes ces institutions, il faut le reconnaître, ont échoué dans leur mission », constate notre interlocuteur qui réclame des autorités actuelles « de la clairvoyance pour éviter la répétition des échecs déjà enregistrés ».

A signaler que l'agronome Gérard Nozine, coordonnateur assistant de l'OSAMH et chargé des Travaux d'Aménagement du Morne L'hôpital, qui reconnaît aussi l'échec des différents intervenants au morne L'Hôpital, est conscient que la situation de l'environnement au morne L'Hôpital est lamentable. Mais, assure-t-il, « le problème constaté au morne L'Hôpital est techniquement résolvable, mais qu'un aspect très important dudit problème échappe aux techniciens. « Le morne L'Hôpital est un défi national. Nous sommes techniquement en mesure de relever ce défi. Mais l'aspect politique, qui n'est pas des moindres, nous échappe. La solution du morne L'Hôpital n'est pas au morne L'Hôpital. Elle vient des provinces, car les gens qui habitent dans les bidonvilles du morne L'Hôpital viennent principalement des régions provinciales », soutient-il, sans oublier les grandes villas et les mastodontes construits sur les flancs des collines situées dans cet espace décrété « zone réservée et sous protection».


Source: Le Nouvelliste