Le procès de l'un des plus redoutables chefs de gangs de Cité Soleil est ouvert.
Le visage fatigué et passablement creusé, Evens Jeune, alias Ti Kouto, soutient le regard du juge Yves Altidor, mercredi 20 août 2008 alors qu'il décline,selon le voeu de la loi, son identité à l'entame de son procès. Dans le box des accusés avec quatre de ses complices écroués pour association de malfaiteurs, enlèvements et détention illégale d'armes à feu, l'ancien homme fort de Boston, l'un des 34 quartiers de Cité Soleil, ne semble avoir aucun remords. Il est resté égal à lui-même, le caïd, le dur à cuire qui ne s'est jamais plié même après son arrestation aux Cayes, le 13 mars 2007.

Agé seulement de 24 ans, Evens Jeune, présenté comme un tueur froid, un psychopathe, avait pourtant des admirateurs. Contraste. A Boston, dans le quartier où il a grandi, on avait déploré la « perte d'un protecteur » au lendemain de son interpellation. « Il redistribuait une partie des rançons à des gens nécessiteux. Chaque jour, 400 personnes avaient droit à un plat chaud. Certains d'entre nous recevaient de l'argent de lui pour payer l'écolage de nos enfants», avaient expliqué d'anciens voisins. On ne sait pas s'ils avaient peur des représailles d'anciens lieutenants d'Evens ou si cette admiration était sincère.

Reste cependant, selon la PNH et la MINUSTAH le fait que ce dernier a été l'un des chefs de gangs les plus redoutables de ce bidonville où des maisons trouées de balles renseignent encore aujourd'hui sur la violence des combats entre bandes armées et les forces de l'ordre. A l'instigation du CNDDR, mi- février 2007, il avait, à travers ses subalternes, remis plusieurs fusils d'assauts. Cependant, cette remise d'armes était loin de lui garantir l'impunité. Plusieurs militants des défenses des droits humains se sont toujours prononcés en faveur de l'application d'une peine exemplaire contre ces genres d'individus responsables de tant de méfaits au sein de la société. Régnant sur son fief jadis, l'avenir de Evens Jeune dépend aujourd'hui du juge Yves Altidor ou mieux, de la justice haïtienne. Le ministère public représenté par le substitut Félix Léger est en passe de réclamer la peine maximale : les travaux forcés à perpétuité. Le verdict ?...Suspension d'audience...
Source: Le Nouvelliste