Le directeur général de la Police nationale d'Haïti (PNH) M. Mario Andrésol, presque incognito, s'est faufilé dans le carré du juge instructeur Bernard Sainvil. Même si l'instruction est secrète, des sources confient qu'il a été entendu dans le cadre de l'incident de Delmas 83 que l'on appelle « affaire Assad » dans la presse.

Un costard noir de la griffe de Versace sur le dos, la barbe impeccablement rasé, Mario Andrésol se faufile discrètement au bureau du juge d'instruction Bernard Sainvil, un peu après 10 heures, ce mercredi 20 août 2008. Au bout de quelques heures, il en ressort sous le regard interloqué d'amoureux du droit, de curieux et de quelques témoins venus assistés à une nouvelle journée des assises criminelles. Comme un sprinter, il dévale à vive allure les escaliers du Palais de justice de Port-au-Prince. Il ne pipe mot à des journalistes qui faisaient le pied de grue avant de monter à bord d'une Nissan Patrol. Me Eugène Pierre-Louis et Samuel Madistin qui l'accompagnent ne donneront, eux aussi, aucune information sur le but de la rencontre du chef de la police avec le juge instructeur.

Selon des sources judiciaires dignes de foi, le Directeur général de la PNH a été entendu dans le cadre de l'incident de Delmas 83 appelé « affaire Assad » dans la presse. Le 31 juillet dernier, une violente dispute avait en effet éclaté entre le chef du parquet de Port-au-Prince, Claudy Gassant, et le commissaire de police de Pétion-Ville, Frantz Georges, pour avoir le contrôle d'une Jeep blanche appartenant à M. Assad Volcy, à bord de laquelle se trouvaient deux individus vraisemblablement armés, pris en chasse par une patrouille policière. A l'exception de la plaque d'immatriculation, les signalements de ce véhicule correspondraient à ceux d'un autre qui serait utilisé la veille pour perpétrer un rapt quelque part à Pétion-Ville.

Quelque 10 jours après cet esclandre largement médiatisé, le commissaire Gassant s'était démis de ses fonctions à cause, selon ses dires, de la non exécution d'un mandat d'arrêt pour tentative d'assassinat, séquestration de magistrat et association de malfaiteurs décerné contre le commissaire Frantz Georges et une vingtaine de policiers du commissariat de Pétion-Ville.
Tenace, le successeur de Gassant, Joseph Manès Louis, avait annoncé la couleur : « Quand un policier transgresse la loi ou décide de faire obstacle à l'application de la loi, c'est le policier que cela engage et non l'institution policière. Nous sommes dans un Etat de droit. Le mandat doit être exécuté par la police si l'intéressé n'est pas en fuite », avait-il dit, laconiquement, en confiant, dans la foulée que le dossier a été transmis au juge Bernard Sainvil.

« L'instruction est secrète. Le chef de la police ne saurait révéler la teneur de ce qui a été dit et encore moins le motif de sa présence au cabinet d'instruction. Cependant, ces genres de rencontre avec des autorités judiciaires sont courantes. Elles permettent d'échanger des informations, confie Frantz Lerebours, le porte-parole de l'institution policière. La PNH s'est engagée à prendre des dispositions pour que le commissaire de police de Pétion-Ville, Frantz Georges, se présente au cabinet d'instruction s'il est convoqué par le juge Bernard Sainvil », conclut-il.
Source: Le Nouvelliste